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UNE ÉVOCATION DU 13ÈME ARRONDISSEMENT DE 1860 AUX ANNÉES 30

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SAVIEZ-VOUS QUE...

La rue Gustave Geffroy, avant de recevoir le nom de administrateur de la manufacture nationale des Gobelins, s'appela rue Léon Durand jusqu'en 1937. Cette rue fut créée en 1906.


Au sein de l'hôpital de la Salpétrière, on remarque la jolie chapelle surmontée d'un dôme, que l'architecte Libéral Bruant bâtit en 1687.


L'asile Nicolas-Flamel, 71 rue du Château-des-Rentiers, fut inauguré le 18 mai 1889.

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 Les gosses en marge - 1

Les gosses en marge

1 - Dans l'ombre de la Cité Jeanne-d'Arc

C'est rue Baudricourt que j'ai rencontré Mimile. Il était deux heures après midi. À ce moment de la journée les enfants sages sont à l'école; mais si l'on veut voir Mimile, ce n'est pas à l'école qu'il faut aller. Mimile n'a jamais ressenti le besoin de lire, il compte assez bien pour voler les marchands ; qu'irait-il donc faire à l'école ? Apprendre la géographie peut-être ? Oh ! là là ! Mimile connaît son quartier, ça lui suffit.

Donc c'est, rue Baudricourt que nous nous rencontrâmes. Mais peut-être ignorez-vous la rue Baudricourt ; les Parisiens sérieux ne fréquentent guère les « au-delà » de la place d'Italie, cette espèce de faubourg de province avec ses maisons basses, plantées de guingois parmi des terrains vagues, ses enfilades de palissades et de murs que le printemps hérisse d'une chevelure de feuilles, ses granges qui, à même la rue, vous déversent de la paille et des poules. La rue Baudricourt est perdue quelque part là-dedans. Presque à l'entrée s'avancent deux bicoques entre lesquelles se déverse l'impasse des Hautes-Formes, torrent de pavés tumultueux qui descend des hauteurs de la rue de Tolbiac; sous l'aisselle d'une de ces masures se cache une fontaine.

Une fontaine ! On ne s'imagine pas quel jouet merveilleux c'est, pour un gosse, une fontaine. A l'instant où je passai, Mimile était monté sur celle-là et, son doigt habilement placé sous le jet, il aspergeait la chaussée. Vous le voyez d'ici : dix ans à peine, une petite tête rouge  aux poils ras, trois dents de moins sur le devant, un nez qui se mouche tout seul, quand il y songe, et des yeux… Passe une vieille femme. Les vieilles gens grognent à propos de tout ; le jeu de Mimile l'irrite ; elle grommelle. Mieux eût valu qu'elle se tût !

— Que qu'tu dis. vieux trognon ? hurle le petit môme. Tu veux que j' t'en f. plein la g., pour te la fermer ?

C'est alors que je me suis approché :

—  Qu'est-ce que tu fais là ?

— J'arrose.

— Et l'école ? elle est donc fermée ?

— M… !

Et Mimile, dégringolé de sa fontaine, s'est enfui dans un fracas de galoches jusqu'au coin de la rue Nationale, d'où il m'a lancé un pied-de-nez.

*             *

Je l'ai retrouvé le soir même, place Jeanne-d'Arc, devant l'église où tourne et chantonne toute l'année un manège de chevaux de bois. Cyniquement, à quelques pas de l'école, il jouait aux billes avec d'autres gamins.

Des irréguliers comme lui, cela va sans dire. J'ai su depuis leurs noms et leur histoire. Il y avait là Totor et Tintin, treize et douze ans, deux frères dont l'un est estropié ; la bande à Bébert, trois gosses de la classe 1940, spécialisés dans le vol aux étalages ; Auguste le clown, et l'un des fils de « Nez Rongé », chiffonnier, cité Jeanne-d'Arc. La jolie troupe ! Totalisent-ils, à eux huit, cinq cents jours de présence annuelle à l'école ? De quels péchés enfantins n'est pas chargée leur petite conscience ? Mais que leur importe ! Ils perpétuent une tradition. Leurs aînés ont vécu ainsi, en marge des lois puériles, rôdant, chapardant, ignares, mais libres. Libres de cette liberté que donnent l'insouciance et la misère… Ce n'est pas Mimile et Auguste que j'ai suivis dans leurs aventures; ce sont des générations d'Augustes et de Mimiles qui, depuis soixante ans que la cité Jeanne-d'Arc fait peser sur tout ce quartier son ombre et sa puanteur, mènent l'a même existence d'outlaws de la rue. Cinq étages de crasse et de vice les lâchent sur le pavé.

Quand nous verrons ces petits indomptables s'adonner à des travaux que l'a morale réprouve, quand nous les prendrons la main dans le sac, quand nous les entendrons jurer comme des hommes, n'oublions pas, même s'ils nous font rire, d'évoquer en fond de tableau la sordide forteresse, grillée comme une prison, sombre et malsaine comme une cave, qui les a faits ce qu'ils sont.

R. Archambault.

A lire également

1 - Dans l'ombre de la Cité Jeanne-d'Arc.

2 - Une leçon d'école… charbonnière.

3 - Ici on est nourri gratis.

4 - La naissance d’un clown.

5 - Petites fugues sur un thème banal

6 - Ceux de la Glacière, rois des chapardeurs.

7 - Les bonnes opinions sont celles qui font vivre.

8 - Et quand ils seront grands.

Menu faits divers

Faits divers

Rivalité d'amour. - 1895

Combat de dames dans un bal public de l'avenue de Choisy

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Rue de Tolbiac, un voyageur est tué par des Apaches - 1908

Une scène sanglante, qui a eu pour épilogue la mort d'un homme, s'est déroulée, hier soir, rue de Tolbiac.

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Le drame de la rue Corvisart - 1905

Un drame particulièrement navrant s'est déroulé hier, rue Corvisart, 4, dans le quartier Croulebarbe.

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Tentative d’assassinat - 1903

Il est certains quartiers excentriques de Paris où il est dangereux de s'aventurer passé minuit. Les rôdeurs et malfaiteurs de toute espèce s'y conduisent comme en pays conquis ils dévalisent sans vergogne le passant attardé et, si celui-ci leur oppose la moindre insistance, ils ont vite fait de lui imposer silence en le frappant avec leurs armes.

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Un mari meurtier - 1903

Un employé la recette principale des postes, Pierre Jamais, âgé de quarante-huit ans, demeurant 19, rue Croulebarbe, avait de fréquentes querelles avec sa femme, de dix ans plus jeune que lui.

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Précoces Criminels - 1895

Une tentative criminelle que ne renieraient pas des scélérats endurcis a été commise par trois gamins de douze à treize ans contre un autre enfant, le jeune Lucien Delagne, âgé de douze ans, écolier, demeurant chez ses parents, honnêtes ouvriers, rue du Champ-de-l’Alouette.

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Le perroquet enlevé - 1896

Dans le quartier Croulebarbe vit un perroquet centenaire, nommé Jacquot, magnifique ara gris, à queue rouge-pourpre, comme la trame d'un cardinal. Ce vénérable personnage habite depuis plus de quatre-vingts ans au sein de la même famille.

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Une scène scandaleuse - 1894


Une mère tue sa fillette et tente de se suicider - 1912


La lune de miel fut de courte durée - 1923


Un pickpocket - 1885


La bagarre de la cité Jeanne-d'Arc - 1902


Une femme étranglée - 1898


Le drame de la Cité Jeanne-d'Arc - 1865


Étrange fait divers - 1890


Le drame de la rue Mouffetard - 1875


Un ménage devenu la terreur des environs - 1875


Mauvaise surprise - 1875


De chute en chute - 1895


La chasse aux indésirables - 1938


Champion de boxe - 1916


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