Dans la presse...

 La maison des fiançailles était là... - Descaves 1927

La maison des fiançailles était là...

L’Intransigeant — 28 aout 1927

 

Je la trouvais sur mon chemin tous les dimanches et je lui donnais un coup d’œil affectueux en passant.

Elle était sordide et branlante ; elle présentait tous les stigmates de la vieillesse et de l’abandon, et elle me plaisait ainsi ; car je la parais de toutes les grâces de la jeunesse et de l’amour.

Qu’elle était belle... sous la Restauration ! Qu’elle était riante au bord de la Bièvre en 1822, lorsque la prairie se couvrait « de jeunes époux qui, assis sur le gazon, participaient aux jeux folâtres auxquels se livraient leurs enfants », dit l’abbé Detruissart, curé de la paroisse, dans ses Promenades au centre du Grand Gentilly.

Les fiances n’étaient pas non plus à plaindre là, et il y en avait deux qui, bien qu’étroitement surveillés, n’eussent échangé leur sort contre aucun autre. Ils avaient lui vingt ans, elle dix- neuf. Il s’appelait Victor-Marie Hugo et elle avait nom. Adèle-Julie Foucher. Ils se promenaient la main dans la main dans le jardin de l’habitation que la famille Foucher avait louée pour l’été, ou dans les allées de peupliers qui bordaient le terrain.

*
*     *

Des fenêtres de la maison rebâtie et qui était un ancien presbytère, Mme Foucher ne perdait pas de vue Adèle et Victor, fiancés enfin. Il avait obtenu de se rapprocher d’elle. Il était l’hôte de ses parents. On lui avait aménagé une chambre, ou plutôt une cellule, dans la tourelle restée debout de l’ancienne construction, et il s’y retirait pour travailler à Han d’Islande.

II n’était plus un débutant. Lauréat des Jeux floraux, il apportait un jour à sa fiancée, « à mon Adèle bien-aimée, à l’ange qui est ma seule gloire comme mon seul bonheur » — ce sont les ternes de la dédicace — le premier exemplaire des Odes et Poésies diverses.

C’est un roman d’amour exquis. On peut aisément le reconstituer à l’aide des Lettres à la fiancée et du Victor Hugo raconté par un témoin de sa vie.

Des visites que la famille Foucher recevait à Gentilly, une seule est à retenir...

Le jeune Foucher, âgé de douze ans, avait un camarade de collège qu’il amenait parfois, un « gentil garçon à la taille déliée, aux cheveux d’un blond de lin, au regard ferme et clair, aux narines dilatées, aux lèvres vermillonnées et béantes. Sa figure colorée, ovale et un peu chevaline, était bizarre en ce qu’elle avait, en place de sourcils, un cercle sanguin. Il se nommait Alfred de Musset. Il égaya un après-midi d’une bouffonnerie dans laquelle il imitait... un ivrogne avec une facilité et une vérité extraordinaires... ».

Douloureuse anticipation dont il faut se hâter de pleurer, de peur d’être obligé d’en rire.

La vieille maison de Gentilly, chaque jour plus délabrée, avait conservé son perron à deux rampes et l’on voyait encore la tourelle, « le colombier » où le jeune poète s’enfermait pour écrire et rêver. Une pièce du cinquième livre des Odes, datée d’avril 1822, et intitulée La Chauve-Souris, fut certainement composée à Gentilly.

*
*     *

Victor Hugo se souvient qu’il a erré par là, en écrivant Le Dernier jour d’un condamné et le chapitre des Misérables sur les bords de la Bièvre, au Champ de l’Alouette.

Mariés au mois d’octobre 1822, Victor et Adèle retournèrent à Gentilly au moins une fois, pendant leur lune de miel. Adèle était enceinte. Un an auparavant, c’était sa mère, Mme Foucher, qui, au même endroit, se trouvait au terme d’une grossesse.

La maison délabrée existait encore il y a un mois... Elle n’existe plus ; elle ne masque plus l’église, à présent dégagée. Les démolisseurs sont venus pendant mon absence et ont fait place nette.

En 1922, la commission du Vieux-Paris avait manifesté le désir que la Maison des fiançailles demeurât, pour les hugolâtres, un lieu de pèlerinage. Ce fut en vain. La municipalité de Gentilly n’accorda qu’un sursis. J’en profitai pour prendre des photographies et pour faire faire une peinture qui fixent les traits d’un visage aimé, ravagé par le temps — et le regret qui ronge aussi les pierres.

C’est égal, la commune de Gentilly eût pu choisir, pour exécuter la condamnation à mort, une autre année que celle où l’on célèbre l’anniversaire du romantisme. Le génie, heureusement, survit à la maison.

Lucien Descaves


A lire également

Victor Hugo à Gentilly en 1822 (Fernand Bournon - 1906)

Saviez-vous que ...

Alors que la voie de 15 mètres de large qui devait remplacer la ruelle des Reculettes dont la largeur variait de 2 à 7 mètres, aurait pu recevoir un autre nom, c'est sur l'insistance de la commission du vieux Paris pour conserver ce nom pittoresque cinq fois séculaire et sur l'intervention de M. Émile Deslandes conseiller municipal du XIIIè arrondissement que le conseil municipal de Paris décida, en 1930, de substituer simplement la dénomination de rue à celle de ruelle, pour constater cet élargissement décidé en 1910.

L'image du jour

Abattoirs de Villejuif, boulevard de l'Hôpital

Vu dans la presse...

1912

Un Meeting des Locataires de la Cité Jeanne-d’Arc

L'on sait que l'Assistance Publique a racheté la cité Jeanne-d'Arc pour faire démolir les noires masures qui la composent et édifier à leur place, sur les cinq mille mètres carrés qui s'étendent là, au fond de ce populeux quartier de la Gare, entre les rue Jeanne-d'Arc et Nationale, des maisons ouvrières à bon marché, gaies, saines et claires. (1912)

Lire

1923

Tonneaux !... Tonneaux !...

Cet après-midi, à 15 heures, boulevard de la Gare, s'est disputée une originale compétition : la course des « rouleurs de futailles ». (1923)

Lire

1901

L'orage

Un orage d'une violence extraordinaire s'est abattu hier après-midi sur Paris. Vers une heure, des nuages lourds venant du Sud-Est s'amoncelaient, et à deux heures et demie de grosses gouttes de pluie commençaient à tomber. (1901)

Lire

1929

La transformation de Paris-Austerlitz

Depuis la mise en service, pour les messageries de Paris-Austerlitz, des vastes hangars, d'aspect solide, modernes, édifiés en bordure de la rue du Chevaleret, et dont l'entrée se trouve, ainsi que, nous l'avons dit, boulevard de la Gare, à Paris, une armée de travailleurs fait disparaître les anciens quais couverts de la rue Sauvage, ce qui aura pour, avantage de donner à ce coin plus d'air et, avec de petits bâtiments coquets, un cachet plus artistique. (1929)

Lire

1873

De Paris à Paris par le chemin de fer de ceinture

La ligne de fer se relève aux environs de la MAISON BLANCHE, nom charmant qui s'applique à une contrée peu connue et d'un aspect étrange. C'est assurément le coin de Paris le moins fréquenté Ces solitudes attendent un historien et un géographe, et nous espérons les explorer un jour avec nos lecteurs (1873)

Lire

1934

Les trains de voyageurs de la Petite Ceinture cesseront de fonctionner dimanche prochain

Le train à voyageurs dont le terminus est la station Maison-Blanche, qu'il atteint un peu avant 23 heures, sera le dernier à rouler sur ces voies, dimanche soir. Saluons-le, nous ne le reverrons plus ! (1934)

Lire

1926

Un abreuvoir pour chevaux et pour chiens a été inauguré ce matin

Les badauds sont rares dans le quartier de la Gare et lorsqu'une inauguration y amène des officiels et dû « beau monde », l'assistance est aussi clairsemée que pittoresque : c'est devant une dizaine de marmots, quelques garçons bouchers et deux ou trois ménagères que la fontaine, offerte par la S.P.A. à la Ville de Paris pour étancher la soif des chevaux et des chiens, a été remise à M. Morain, préfet de police. (1926)

Lire

1906

Le foyer d’infection de l’avenue de Choisy

Signalons, en plein Paris, un foyer d'infection « qui défie toute concurrence : 15, avenue de Choisy, entre le boulevard Masséna et la rue Gandon, existe un dépôt d'ordures ménagères. Les chats et les chiens crevés y achèvent paisiblement leur transformation dernière sous les chauds rayons du soleil de juillet. (1906)

Lire

1883

L’accident de la place Pinel

Hier matin, vers dix heures, la concierge de la maison du n° 3 de la place Pinel descendait à la cave, une bougie à la main. Arrivée à la dernière marche de l'escalier, le sol céda sous ses pieds, et elle disparut tout à coup dans une profonde excavation. (1883)

Lire

1877

Un nouveau pont

Un nouveau pont vient d'être construit sur la route militaire qui entoure Paris, entre la porte de la Gare et celle de Vitry. Il est parallèle au boulevard Masséna, et franchit la ligne du chemin de fer d'Orléans. De cette façon, on peut parcourir la ligne stratégique sans rencontrer d'obstacles. (1877)

Lire

1911

Pour les Petits Ménages, Maisons et jardins

C'est aujourd'hui qu'on inaugure la « fondation Singer-Polignac » devant un nombreux et élégant public d'invités.
À vrai dire, ce n'est pas « tout près d'ici ». C'est à l'autre bout de Paris, à la Glacière, tout près des « fortifs » dans un quartier essentiellement populaire, où l'on vient d'achever une nouvelle église, une nouvelle paroisse, Sainte-Anne, qui succède à la chapelle Bréa. Rue de la Colonie, entre les baraques en planches d'une population inconnue et une usine ; on y arrive par la place d'Italie et la rue Bobillot. (1911)

Lire

1906

La mort de M. Curie

Les obsèques de M. Curie ont été célébrées, hier, avec la plus grande simplicité et sans aucune cérémonie.
Dès trois heures arrivèrent à la maison mortuaire, 108, boulevard Kellermann, des professeurs de la Sorbonne et du Collège de France, ainsi que des membres de l'Institut. Tour à tour ils pénétraient dans la petite maison... (1906)

Lire

Ailleurs sur Paris-Treizieme