Le 13e vu en 1860



Notice administrative, historique et municipale sur le XIIIe Arrondissement

Par Philippe Doré

Propriétaire, Ex - Préparateur de chimie à l'École Polytechnique, Professeur des Cours publics et gratuits de Chimie et de Physique aux ouvriers du XIIIe arrondissement, Professeur à l'École préparatoire à la Marine, à l'Institution Pompée, etc. , etc.

 

AUX HABITANTS DU TREIZIÈME ARRONDISSEMENT

Permettez à l'un de vos concitoyens de vous dédier ces quelques pages. J'ai pensé qu'au moment de la formation d'un nouvel arrondissement, il serait utile de jeter les yeux sur le passé de ses diverses parties, de faire le bilan, pour ainsi dire, de ce que chacune apporte en partage et des améliorations dont elles me paraissent susceptibles. [...]

 

État actuel de l'Arrondissement

Le treizième arrondissement de Paris, arrondissement des Gobelins, est situé sur la rive gauche de la Seine, en amont du fleuve, à la partie sud-est de la grande ville.

Il est limité par la Seine depuis le pont d'Austerlitz jusqu'aux fortifications ; du côté de Paris, par une ligne brisée partant du pont d'Austerlitz suivant le boulevard de l'Hôpital jusqu'au Marché aux Chevaux, et le boulevard Saint-Marcel jusqu'à la rencontre de ce dernier avec la rue de la Santé ; sa séparation du quatorzième arrondissement est la rue de la Santé tout entière ; et enfin l'enceinte fortifiée en forme le quatrième côté, du bastion 84 au bastion 94.

Dix ouvertures existent dans la partie des fortifications qui le bordent.

Ce sont les portes (1) de la Gare, de Vitry, d'Ivry, de Choisy, d'Italie, de Bicêtre et de Gentilly ; les passages (2) du Chemin de fer d’Orléans et de la Bièvre vive, enfin la poterne (3) des Peupliers.

Sa superficie est d'environ 550 hectares.

C'est l'un des plus grands arrondissements de Paris.

Le treizième arrondissement se compose de trois parties bien distinctes :

1 ° Le quartier Saint-Marcel, portion de l'ancien douzième arrondissement ;
2 ° La Gare ;
3 ° La Maison-Blanche.

Le quartier Saint-Marcel, qui est le plus peuplé de ces parties, se compose d'un des versants de la Seine et d'une partie de la vallée de la Bièvre ; son point culminant est l'ancienne barrière de Fontainebleau.

La Gare est formée par le versant de la Seine qui se trouve bordé par la route de Choisy-le-Roi.

La Maison-Blanche enfin est constituée par une autre partie de la vallée de la Bièvre.

On voit, d'après ce qui précède, que le treizième arrondissement est des plus pittoresques ; traversé dans toute son étendue par un vaste boulevard planté d'arbres (les anciens chemins de ronde et les anciens boulevards extérieurs), ayant d'un côté la Seine et de l'autre la rivière de Bièvre, d'une eau peu limpide, cela est vrai, quelquefois même trop odorante, mais qui est une des forces industrielles de cette partie de Paris.

Les monuments du treizième arrondissement, à l'exception de la chapelle Saint-Marcel (de la Maison-Blanche) et de la nouvelle église Notre-Dame de la Gare, ses monuments, disons-nous, lui sont apportés par le quartier Saint-Marcel.

Ainsi, partant du pont d'Austerlitz, nous rencontrons d'abord la gare du chemin de fer d'Orléans, laquelle, quoique d'une architecture très-simple, présente un agréable coup d'œil, puis l'hospice de la Salpêtrière, vaste établissement d'assistance publique, dont le dôme domine une grande partie du treizième arrondissement ; un peu plus haut et du côté opposé, nous voyons l'église Saint-Marcel, édifice modeste, mais d'un très-bon goût, érigé, il y a quelques années, par M. l'abbé Morisot, curé de cette partie du treizième arrondissement. Viennent ensuite l'abattoir de Villejuif, qui, comme originalité de construction, mérite d'être signalé, et les bâtiments de l'octroi des barrières de la Gare et de Fontainebleau, le premier, de construction récente, et les seconds bâtis avant la révolution française (1784), alors qu'on construisit l'enceinte récemment abandonnée.

Si de la barrière de Fontainebleau nous descendons la rue Mouffetard, nous rencontrons les Gobelins, la célèbre manufacture de tapisseries de l'État, visitée constamment par un grand nombre d'étrangers.

Le nouvel arrondissement est divisé en quatre quartiers, savoir : 1 ° De la Salpêtrière ; 2 ° de la Gare ; 3 ° de la Maison Blanche, et 4 ° de Croule-Barbe (4), constituant les 49e, 50e   51e  et 52e  quartiers de la ville de Paris ; suivant leur grandeur superficielle, ces quartiers peuvent être classés dans l'ordre suivant : Croule-Barbe, Salpêtrière, Maison Blanche et Gare.

Dans les dénominations des quartiers nouveaux, on a cherché à faire disparaître les anciens noms, et pour le cas particulier qui nous occupe, nous voyons se perdre le très-antique nom Saint-Marcel ; nous avouons que, pour notre part, nous eussions préféré ce nom à celui de la Salpêtrière, ne partageant pas cette opinion, assez répandue cependant, que le nom d'une rue, d'un quartier peut, avoir de l'influence sur son avenir. Selon nous, les soins assidus de l'administration ont une influence beaucoup plus sensible sur l'amélioration de telle ou telle de tel ou tel quartier ; mais nous aimons à nous déguiser les choses sous des couleurs brillantes. Le quartier Saint Marcel, diront ceux-ci, c'est le quartier de la misère ! Hélas ! nous ne saurions prouver qu'il est un quartier riche ; mais ce titre, demi-méprisant, demi-bienveillant, qu'on attache au quartier Saint-Marcel, le quartier de la misère, est pour nous ridicule, et changer le nom ne changera pas la situation des populations. Or, cette population est des plus intéressantes, et mérite certainement bien plus les sympathies que le mépris. En effet, c'est un des sanctuaires du travail ; il est habité en grande partie par des travailleurs qui ne connaissent de la vie sur cette terre que les privations et les pénibles labeurs !

Quant au nom de Croule-Barbe, donné au quatrième quartier du treizième arrondissement, il nous semble que le nom de la Bièvre, cette rivière qui, depuis si longtemps, fait l'importance de cet emplacement, eût mieux convenu à ce quartier que le nom de Croule-Barbe, qui, bien qu'ancien, n'a aucune signification sérieuse.

Occupons-nous maintenant de l'état de chacune des parties de l'arrondissement ; essayons d'en esquisser l'histoire et les mœurs en commençant par le quartier de Croule-Barbe.


1 - On désigne sous le nom de porte, toute ouverture à ciel ouvert donnant passage à une route.

2 - On appelle passage, une ouverture voûtée ou à ciel ouvert servant de passage à un chemin de fer ou à un cours d'eau.

3 - Une ouverture voûtée, pratiquée pour une route, est désignée sous le nom de poterne.

4 - L'orthographe utilisée par l'auteur a été respectée (NdE)



Saviez-vous que... ?

La rue du Tibre, dans le quartier Maison-Blanche, a été ouverte sur l'emplacement d'une voirie d'équarrissage, elle a porté le nom de rue de la Fosse-aux-Chevaux, puis du Tibre, à cause de la Bièvre autour de laquelle ont été groupés des noms de fleuves.

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La rue Gustave Geffroy, avant de recevoir le nom de administrateur de la manufacture nationale des Gobelins, s'appela rue Léon Durand jusqu'en 1937. Cette rue fut créée en 1906.

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C'est le 11 juillet 1906 que le conseil municipal de Paris vota le transfert du marché aux chevaux du boulevard de l'hôpital à Brancion, nouveau marché ouvert depuis 1904.

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C'est le 14 juillet 1863 que le premier coup de pioche, — car les premieres dizaines de mètres ont été creusés à la pioche par des puisatiers et non par un forage — du puits artésien de la Butte-aux-Cailles a été donné.

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