Dans la presse...

 La place d'Italie - 1

Extrait des Mémoires de la Société de l'histoire de Paris et de l'Ile-de-France (Tome 48 - 1925)

La place d'Italie

I. — Topographie.

C’est un des ronds-points les plus élevés de Paris, « 36 m. 04 au-dessus de la marque tracée au pont de la Tournelle ». C’est un des plus vieux emplacements utilisés comme routes par les Parisiens, car la voie de Lutèce à Lugdunum y passait. Elle suivait le tracé actuel de l’avenue de Choisy, de l’avenue des Gobelins, des rues Mouffetard, Descartes, de la Montagne-Sainte-Geneviève, place Maubert, et enfin des rues Lagrange et Galande.

C’est, peut-être, le coin parisien ayant changé le plus souvent de nom ; il fut appelé : barrière des Gobelins, d’Italie, Mouffetard, Fontainebleau, puis place Marengo, place Pinel, place de la Barrière-d’Italie et place Duval, avant de revenir place d’Italie. Soit huit désignations pour un seul emplacement.

Si la place d’Italie n’a pas la notoriété des grandes places de l’intérieur de Paris, comme celles de la Bastille, de la Concorde, etc.., dont l’histoire demanderait un volume, elle mérite cependant de tenter la plume d’un historiographe parisien.

Avant 1784, Paris était limité soit par d’informes murailles, soit, le plus souvent, par de faibles cloisons de planches permettant de frauder facilement l’administration des droits d’entrée. Les fermiers généraux, pour arrêter les progrès toujours croissants de la contrebande, obtinrent, en 1784, de M. de Calonne, ministre des Finances, l’autorisation d’enfermer les faubourgs dans un nouveau mur d’enceinte ; ce fut le fameux « mur murant Paris ». Les travaux de construction furent commencés au mois de mai de la susdite année, mais seulement du côté de l’hôpital général (de la Salpêtrière actuellement). En 1786, l’enceinte méridionale était terminée et Ledoux, architecte de la ferme générale, fut chargé de l’édification de plus de soixante monuments pour servir d’entrées à la capitale.

« Les portes ou barrières d’entrée, élevées sur les dessins de l’architecte Ledoux, le furent avec une magnificence très déplacée, parce que pour des bureaux et des commis de barrières, il ne faut ni vaste édifice, ni temple, ni palais; d’ailleurs, cette magnificence était intempestive à une époque où les finances de l’État se trouvaient dans une situation défavorable; elle devenait insultante pour le peuple qui se voyait forcé de payer les frais des instrumens de son supplice et d’en admirer les formes. »

La barrière d'Italie ou barrière de Fontainebleau

Or, la barrière construite au rond-point qui nous occupe était une des plus majestueuses de celles conçues par Ledoux. Elle se composait de deux corps de bâtiments pareils, placés en regard, de chaque côté de la route ; chacun d’eux était orné d’arcades de face avec colonne, formant un porche couvert. On accédait au péristyle par six marches aboutissant à l’arcade du milieu ; une balustrade de fer courait le long de ces marches. Les arcades extrêmes, c’est-à-dire celle tout à fait à droite et celle tout à fait à gauche, étaient fermées par des portes vitrées.

Elèvation de la Barrière de Fontainebleau

Une Elévation de la Barrière de Fontainebleau (Landon di- rex.) représente l’un des deux corps de bâtiments avec ses cinq arcades correspondant à cinq portes, avec escalier de huit marches ; il est éclairé par cinq fenêtres et cinq lucarnes, ces dernières presque sur le toit.

Entre ces deux pavillons, s’étendait la barrière proprement dite, avec, en son milieu, un petit bâtiment où se trouvaient les employés. Somme toute, l’ensemble était gracieux et cette barrière pouvait lutter d’élégance avec les plus célèbres, savoir : Saint-Martin, Reuilly, Montmartre, Roule, Neuilly, Maine, d’Enfer et même celle du Trône.

Une particularité digne d’être signalée à propos de notre barrière, c’est le creusement, en 1786, année où Ledoux achevait les deux pavillons, d’un puits de service en maçonnerie pour les catacombes, situé tout près de cette entrée de Paris. Ce puits avait 22 m 58 de profondeur, comportant 106 marches. Plus tard, non loin de ce puits, on en fit un second de 20 m 79 de profondeur. Il est assez singulier de constater qu’un puits, servant actuellement d’entrée aux catacombes, est, lui aussi, placé près d’une barrière de Ledoux, celle aux deux pavillons, existant encore sur la place Denfert-Rochereau et formant une pittoresque entrée à l’avenue d’Orléans.

La barrière ou place faisant partie de cette étude est, avons- nous dit, fort élevée ; elle est, en effet, le sommet du Mons Cetarius ou Mons Cetardus, d’où l’abbé Lebœuf fait venir le mot Mouffetard, la rue de ce nom finissant au sommet en question.

Quoi qu’il en soit de l’étymologie, il est certain que jadis en regardant Paris, le dos tourné à la barrière, on jouissait d’une vue splendide sur tous les monuments de la capitale, ainsi qu’en font foi d’anciennes représentations graphiques. Autrefois cette place était entourée de moulins.

En comparant un plan de 1742 avec un plan actuel, on constate que la tour et le moulin Saint-Marcel se trouvaient, à peu près, à l’angle de l’avenue des Gobelins et de la place d’Italie, à moitié chemin entre l’avenue des Gobelins et l’avenue de la Sœur-Rosalie. Un autre moulin se dressait en face de la ruelle des Reculettes, à l’endroit où l’avenue de la Sœur-Rosalie débouche dans la circulaire rue Hovelacque.

Dans le dictionnaire des rues de Paris, des frères Lazare, on lit que notre place prit le nom de barrière d’Italie en 1806. Cette place est indiquée, mais sans aucune dénomination, sur le fameux plan de Verniquet. Un arrêt du Conseil du 9 août 1760 en prescrivit l’ouverture et l’ordonnance royale du 27 janvier 1837 en détermina les alignements.

Prud’homme, dans le Miroir de Paris désigne cette barrière, elle 41e de Paris, sous les noms de Marengo, Fontainebleau, Gobelins. La dénomination actuelle et, espérons-le, définitive, a été donnée par arrêté préfectoral du 30 décembre 1864.

Cette barrière était une des plus populaires et des plus célèbres de Paris ; trois boulevards, trois avenues, une rue démesurément longue y aboutissaient. « C’était, sous la royauté, à la fois le Grand chemin de Bicêtre, le passage de la Chaîne et le vestibule du bagne, la route royale menant au palais de François 1er à Fontainebleau, à Lyon et à Marseille. Les chaises de postes, relayées par de forts percherons, conduites à brides abattues par des postillons multicolores, se pressaient à la grille d’octroi pour entrer à Paris, ou pour en sortir. »

L’ouverture des lignes d’Orléans et de Lyon, en 1843 et 1847, diminua, dans une forte proportion, le transit par notre barrière et par la route d’Italie, actuelle Route nationale n° 7. À partir de cette époque, la barrière perdit de son animation, mais fut, comme beaucoup d’autres, fort fréquentée les dimanches et fêtes, par la population ouvrière, venant oublier dans les guinguettes foisonnant en ce lieu les durs labeurs de la semaine.

Suite...


Saviez-vous que ...

Selon Le Petit Parisien du 24 juin 1923, qui rappelait qu'entre le pont National et le pont de Bercy, deux voies seulement sont ouvertes : la rue Watt et la rue de Tolbiac; il était question de réaliser un projet qui supprimerait la rue Watt. La mesure a soulevé dans le quartier une assez vive émotion : un comité de défense s'est constitué dont le président a fait une démarche auprès du préfet de la Seine.

L'image du jour

La caserne Lourcine, boulevard de Port-Royal

Vu dans la presse...

1863

Travaux parisiens

Les anciens boulevards extérieurs de la rive gauche sont, depuis plusieurs mois, l'objet de travaux analogues à ceux qui ont été entrepris sur les boulevards de la rive droite. Ces travaux ont trait à la zone comprise entre le pont de Bercy et la place de l'ex-barrière d'Enfer. (1863)

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1869

Le point sur les travaux de la place d'Italie

On entreprend en ce moment à la place d'Italie des travaux de voirie analogues à ceux de la place de l'Arc-de-l'Etoile et de la place du Trône. On établit un plateau circulaire avec huit boulevards, squares, maisons monumentales, si l'industrie toutefois veut se risquer à les édifier. (1869)

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1871

Mille ans sous la terre

Dans un quartier de Paris, renommé par ses tanneries, ses peausseries, et surtout par la manufacture des Gobelins, hélas ! incendiée en partie, est un vaste terrain, où s'élevait jadis une église dédiée à saint Martin, au faubourg Saint-Marcel. (1871)

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1868

Les chasseurs de cabots

Un jour, j'entre au marché... aux chiens, situé sur le boulevard de l'Hôpital. Il y avait environ cent-cinquante ou deux cents de ces intéressants animaux les uns aboyaient, les autres jappaient, quelques-uns mêmes gémissaient. (1868)

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1867

L’ouverture du chemin de fer de ceinture

Le terrain s'abaisse et la vue s'élargit ; voici le chemin de fer de Sceaux, puis la Glacière, Gentilly et en face une échappée de Paris, puis un coin tranquille, tout champêtre, presque silencieux, où coule la Bièvre, cette rivière parisienne ignorée. (1867)

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1903

Les eaux thermales de la Butte-aux-Cailles

Nous avons pu rencontrer ce matin le sympathique conseiller municipal du treizième arrondissement, M. Henri Rousselle, sur l'initiative de qui les travaux avaient été poursuivis et qui, tout heureux du résultat obtenu, nous a donné sur le puits artésien de la Butte-aux-Cailles les renseignements suivants... (1903)

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1905

Le dispensaire Emile-Loubet

Le quartier de la Gare était en fête hier, et la population de travailleurs qui l'habite a chaleureusement manifesté au Président de la République les sentiments de gratitude qu'elle nourrit à son égard pour la nouvelle preuve de sollicitude qu'il vient de lui donner en faisant édifier l'établissement philanthropique qui portera désormais son nom. (1905)

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1923

Trois îlots à détruire d'urgence

Avant que d'être un égout, la Bièvre, semblable en cela à tant d'autres cours d'eau avait eu ses caprices, et avait formé, entre ce qui est maintenant le boulevard Arago et l'avenue des Gobelins, un îlot coquet, au milieu duquel poussait, au hasard des apports du vent, une flore des plus variées. (1923)

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1938

L'inauguration du monument aux Mères Françaises

En présence de M. et Mme Albert Lebrun a été inauguré hier, boulevard Kellermann, près de la porte d’Italie, le monument élevé à la gloire des mères françaises, œuvre des sculpteurs Bouchard et Dalcatone et des architectes Greber et Bigot. (1938)

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1900

Une nouvelle église paroissiale à Paris

Le quartier populeux de la Maison-Blanche, dans le treizième arrondissement, était hier en fête. (1900)

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1921

La piscine de la Butte-aux-Cailles sera le type des piscines futures

D'une architecture utilitaire, le bâtiment accolé aux bains-douches, place Paul-Verlaine, aura son entrée spéciale conduisant à trois étages de 50 cabines chacun. Chaque étage aura sa couleur particulière, à laquelle répondront les couleurs des caleçons. (1921)

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1883

Effondrement d'une maison place Pinel

Mercredi matin, vers dix heures, a eu lieu un accident qui aurait pu prendre les proportions d'une véritable catastrophe.
Une maison à plusieurs étages, située place Pinel, près de la barrière d'Italie, et portant le numéro 3, a subi soudain un affaissement assez considérable, et une profonde excavation s'est produite.
On sait que tout ce quartier est construit sur les catacombes... (1883)

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