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UNE ÉVOCATION DU 13e ARRONDISSEMENT DE 1860 AUX ANNÉES 30

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Une évocation du 13e arrondissement de 1860 aux années 30

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Le 13e dans la littérature

Littérature

Le 13e en littérature

L'octroi de la porte d'Italie

Le drame de Bicêtre

par
Eveling Rambaud et E. Piron

Grâce à l'or du faux baron de Roncières, Paul apporta l'abondance dans la maison de la rue du Moulinet.
On y fit une noce qui dura huit jours.
Perrine avait déserté son atelier de blanchisseuse. Elle tenait tête aux deux hommes, le verre en main.

(1894)

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De la ruelle des Reculettes au passage Moret via la ruelle des Gobelins

Le faiseur de momies

par
Georges Spitzmuller et Armand Le Gay

Il était arrivé à l'angle pointu formé par la manufacture des Gobelins où la voie bifurquait ; à droite la rue Croulebarbe continuait, à gauche c'était la ruelle des Gobelins.

(1912)

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La Butte-aux-Cailles

Coeur d'enfant

par
Charles de Vitis

— Voyons d’abord du côté de la Butte-aux-Cailles, pour tâcher de trouver un logement.
Jacques connaissait l’endroit pour y être venu avec Fifine, une fois ou deux, du temps qu’il vivait chez ses parents.
C’était un quartier misérable situé à proximité de la place et du boulevard d’Italie ; on y arrivait par la rue du Moulin-des-Prés.

(1899)

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L'entrée de la Bièvre dans Paris en 1859

L'oeuvre du démon

par
Adolphe Favre

Effectivement, le lendemain de la mort du marguiller, la police retirait un cadavre de la Bièvre, au point où elle entre à Paris ; ce cadavre, c’était celui d’Armand Lambert...

(1859)

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La rue du Banquier

Madame Gil-Blas

par
Paul Féval

Le fiacre tournait court l'angle de la rue du Banquier.
Cela s'appelle une rue, mais c'est en réalité une manière de chemin pratiqué entre des murs de jardins. Il n'y a pas une âme en plein jour.

(1856)

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La Barrière des Deux-Moulins

Les Chifffonniers de Paris

par
Turpin de Sansay

En suivant les rues Saint-Victor, du Marché-aux-Chevaux et de Campo-Formio, on arrivait à la barrière des Deux-Moulins, située de l'autre côté du boulevard extérieur.

(1861)

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La Barrière des Deux-Moulins

Causerie d'un camarade

par
Jean Loyseau

Allez un dimanche, ou , même , un lundi soir , du côté de l'ancienne barrière des Deux-Moulins : regardez, respirez et écoutez, si vous en êtes capables , tout ce qui frappe à la porte de vos cinq sens : votre odorat percevra je ne sais quelle odeur nauséabonde et méphitique, dans laquelle se mêlent indistinctement la fumée de tabac ; les exhalaisons du cabaret, qui forment , à elles seules, tout un arsenal d'infection...

(1862)

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A. Arnoux - Zizine - 1938

Zizine

par Alexandre ARNOUX

Dans le quartier des Gobelins, un gymnase. Des athlètes donnent une représentation suivie par une foule fervente. Dans cette foule un couple a attiré l’attention du narrateur. Elle, Zizine, femme superbe ; lui, petit, contrefait, douloureux. Milarot, champion du monde, est dans la salle.

Léonce s’assujettissait solidement à son adversaire de métal, assurait le contact et la domination. Ses bras verticaux, pareils à des bielles pendantes, l’angle d’appui de ses membres inférieurs, sa tête fauve au cou rose dessinaient un schéma de contraction, une épure, de forces agencés pour l’offensive. Une onde le parcourut, annonciatrice de la résolution ; mais aussitôt il mollit ; sa chair et sa carcasse trahirent une inquiétude ; sa musculature se relâcha ; son regard abandonna la prise et, trouble, gris-bleu, pareil à celui de l’enfant égaré, vagua de notre côté, me sembla-t-il, quêtant et fuyant à la fois celui de Zizine dont la bouche ne remuait plus. Puis, soudain, au milieu de la stupeur de l’assemblée, d’une vocifération qui n’aboutit pas et demeura larvée, presque muette, il s’effondra en sanglotant, en prononçant des syllabes sans suite où je distinguai ces mots terribles, qui me glaçaient l’âme : « Je peux pas, je peux pas... je pourrai jamais... » Pauvre panthère au ressort cassé, à l’échine de guimauve ! Le Breton, le bœuf gras, avait redressé le front ; la lumière d’un triomphe auquel il avait peine à croire envahissait l’eau morte de ses prunelles.

Je serais bien en peine de vous apprendre par le menu comment cela s’était fait ; Léonce se trouvait chez moi, en face de moi, dans ma chambre-studio, au sommet de la Butte-aux-Cailles, près de la piscine où nage le faubourg d’Italie, du bistrot où Verlaine, jadis, buvait son absinthe. Je n’ai gardé que le souvenir d’une bousculade. On se précipite autour de Léonce ; on le relève ; un médecin le tâte ; il se laisse tripoter comme une chiffe. Martinet retient Zizine qui veut voler à l’aide du copain écroulé : « Non, non, dit-il d’une voix sourde, profonde et blessée, il ne faut pas qu’il nous voie ; c’est à cause de nous... —- A cause de nous ! Tu dérailles, Martinet... — Non, non filons. » Il l’entraîne avec une violence qui étonne de la part de ce bossu timide ; la fille ne résiste pas, comme noyée par l’évènement, sans énergie dans le désastre. Je flairais un de ces drames ingénus et compliqués qui dévastent les âmes simples, qu’elles ne traduisent pas par des mots, dont le secret irrité si malignement ma curiosité. A la sortie, je guette Léonce qui s’éloigne solitaire, abandonné de tous, ainsi que le pestiféré. Habillé à la hâte, la tête nue, le chandail roulé, de travers, il porte sa petite valise d’athlète, à demi-fermée, d’où s’échappe un coin de serviette, de caleçon aux armes du club. La nuit tombe ; Zizine s’élance vers lui, suivie de Martinet. Une scène brève et confuse. Le boscot s’efforce d’arrêter Zizine ; Léonce la toise sans paraître là voir, lève le bras à la manière d’un fou et court vers l’avenue.

L’échange de quelques phrases incompréhensibles, qui défient la mémoire, qui ne sont que des bruits destinés à donner le change. Je cours après le pauvre Léonce Pillet ; je le rattrape ; je saisis son bras ; aucune réaction de sa part ; il irait n’importe où ; il suffit qu’il sente une volonté pour lui obéir. Ce beau levier de chair, d’os et de cordes musculeuses, longues et exactement attachées, mes doigts le pressent il ne reste plus en lui que l’inertie d’une matière dont l’âme s’est retirée, qui n’a plus de source de vie. Le voici devant moi, ce manieur d’haltères, affalé au fond d’un fauteuil, à la débandade, sa mallette à ses pieds, ahuri, gobelotant un verre de porto, chipotant un biscuit, suçotant une cigarette toujours éteinte, crachotant les brindilles.

Je me promène de long en large ; j’ai oublié en route le discours que je préparais. Mon hôte n’ouvre pas le bec ; la chatte rôde près de lui ; sa moustache sensible se heurte au malheur ; elle s’écarte, s’accroupit, ronronne. J’ouvre la bouche, une fois, deux fois. Mais Léonce se débride.

Pourquoi est-ce que vous m’avez amené chez vous ? Pourquoi est-ce que je vous ai suivi ? Qu’est-ce que vous me voulez ? Il a bien fallu que je vous suive. Où que je serais allé ? J’habite au diable, vers la porte de Vitry, rue de Patay, à deux pas des ateliers du chemin de fer. Oh ! c’est pas aussi bourgeois que chez -vous ; c’est ouvrier. J’habite en hôtel, mais j’ai la T.S.F. Ce que je dis... Et puis, qu’est-ce que ça peut vous faire ? Enfin... Votre chauffage central, c’est le système Ribor, à eau, circulation accélérée. Je m’y connais. J’ai été dans la tôlerie-plomberie, avant le cuir où je travaille maintenant. Je gagne ma croûte. Pour le sport, je suis un amateur, un pur... Martinet et Zizine étaient là ; alors je ne pouvais plus, ça n’était plus possible. Pourquoi ? Est-ce qu’on sait ? Si on savait, on serait pas des hommes. Je leur avais défendu pourtant. Zizine a une tête de cochon. Et le pauvre Martinet… Les femmes, monsieur, il faudrait que... On ne sait pas non plus ce qu’il faudrait... Je bafouille... Pourquoi vous faites pas marcher votre T.S.F. ? Ça empêche de penser, c’est une belle invention. Sept lampes ! Vous captez Moscou, hein ! en ondes courtes... L’antenne est au radiateur... ».

J’allumai les lampes ; je n’avais pas touché le bouton de l’aiguille qui nous donnait Prague et avec assez peu d’éclat pour que la harangue tchèque meublât la chambre sans en détruire l’intimité. Un moment s’écoula ; Léonce se leva brusquement du fauteuil.

« J’ai pas confiance en vous ; je pars. Qu’est-ce que vous faites dans le quartier ? C’est pas que vous ayez l’air riche ; mais vous n’avez pas l’air du patelin. Y a des Italiens, des sidis, des crouillats quoi ! qui sont d’ici ; pas vous. Je pars. »

Il ramassa son bagage. Je le maîtrisai d’un coup d’œil paternel et impératif ; il lâcha la mallette qui s’ouvrit et répandit une bouffée d’embrocation et de serviette humide. II se rassit ; ses paupières papillotaient, quoique l’éclairage fût doux. Le Tchèque jabotait toujours en sourdine.

« Drôle de langue, reprit Léonce. Ça berce. Des fois je voudrais me vider, comme qui dirait, me cracher jusqu’à qu’il y ait plus rien de moi en moi, me dégonfler de tout. Oui, Martinet, on se fréquente depuis l’école, d’avant le certificat. Des copains, des frères. Il a étudié, lui. Toujours dans les livres, et de l’encre aux doigts. Oh ! bien sûr, c’est pas un costaud, un malabar ; mais il a une bonne cervelle. Tout mon contraire. Il est bureaucrate, expéditionnaire à la mairie. Il écrit aussi des histoires   il les porte aux journaux. Je l’accompagne ; sans moi il oserait pas. Jusqu’à maintenant, ça n’a guère réussi ; il faut le temps ; les vieux occupent toutes les places. Mais il sera célèbre. Vous verrez. Chacun a dans la peau quelque chose qu’il faut que ça sorte. Martinet, c’est des lignes, des narrations. Et sans manques d’orthographe, avec tous les participes, les pluriels règlementaires. Je le connais. Eh bien ! des fois, je jurerais que c’est un autre qui a écrit ; ça me bouleverse. Moi, mon fourbi, c’est la force. Tout môme je portais des chaises, je soulevais le sac à charbon. Et puis je suis entré à l’Union Sportive. Mon club ; ma famille... Il a fini le type de Prague... Heureusement-que la musique le remplace... Sans ça, je la bouclerais... Ça vaudrait peut-être mieux... Les femmes, je m’en occupe guère, à cause de l’entraînement. Ni alcool, ni tabac non plus. Martinet, il a pas le temps. Le bureau, le jour ; la nuit, les livres, les pattes de mouches. Les ambitieux, les recordmen, ça pense pas aux femmes, ou bien on est frit.

Tout de même, un soir, Martinet a rencontré Zizine, boulevard Saint-Marcel. Elle pleurait. Sa-mère l’avait, flanquée dehors. Parce que la rombière a un amant, et qui en pinçait pour la fille, qu’il paraît. Zizine a jamais cédé, qu’elle dit. Allez vérifier ! Bref, vacarme et trafalgar. Martinet a recueilli Zizine. C’est une de ces filles que les hommes se retournent. C’est pas sa faute ; elle fait des touches à chaque coup, sans s’en apercevoir. Sa nature. Entre Martinet et moi, ça s’est refroidi. Quand un copain, un frère, a une femme, il vous lâche ; sans trop avoir l’air d’en avoir l’air ; tout de même, il vous lâche. Bien sûr, on le voit toujours, mais de plus loin. Une espèce de nuage, de gaz entre lui et vous, un petit malentendu qu’on n’essaie même pas d’éclaircir, parce qu’on risquerait trop de bousculer les sentiments, de se dire les choses qu’on n’a pas le droit.

Comme la vieille, j’étais jaloux de Zizine. Et j’en voulais à Zizine ; je lui en voulais trop ; je pensais trop que je l’aimais pas ; je rêvais d’elle. Ces rêves-là, c’est méchant, ça finit mal. On n’est pas responsable de ses rêves, hein ! Heureusement. Autrement, ça serait à se foutre à l’eau. Et, peu à peu, j’ai soupçonné une chose qui me dégoûtait et qui me flattait en même temps. C’est pas de Zizine que j’étais jaloux par amitié pour Martinet. Au contraire. J’avais comme de la rancune contre. Martinet. Et Zizine... elle... Ah ! est-ce qu’on sait ?... Tenez, une fois, elle m’a dit qu’elle trouvait ridicule un homme à moustache. Le lendemain, sans savoir comme, j’avais rasé la mienne, une petite moustache à l’américaine. Quand j’ai vu ma face dans la glacé, j’ai eu peur ; il me semblait que je regardais une face de traître. Une autre fois, à la salle, à l’entraînement, à la minute de tirer la barre à disque... Ah ! ça, ça... »

Il s’interrompit, sans doute parce que la T.S.F. ne chantait plus. Je mis l’aiguille sur un jazz, un fox-blues, et réglai la sonorité au plus bas ; on percevait à peine la danse obstinée, onduleuse et mélancolique. Léonce poursuivit, dès que le silence eût cessé de l’intimider :

« Vous n’avez jamais travaillé les haltères, vous. On se figure que les poids,' c’est brutal, c’est inerte. Bien sûr, mais pas tant que ça. Quand vous avancez, ils se tassent, ils se défendent, ils se cramponnent au plancher, ils se font lourds. Que vous soyez mal luné, distrait, alors vous les battrez pas. Mais si vous vous concentrez comme un magnétiseur, que vous faites boule, alors vous lés arrangez. Vous gagnez du poids et ils en perdent. C’est comme si cet état, où vous êtes en dehors de vous... Oh ! c’est pas commode à expliquer... C’est comme si cet état où vous êtes les handicapait, leur ôtait quelque chose, les démoralisait. Voilà ce qu’on appelle la forme. Mais c’est fragile. Alors, votre effort de quatre-vingt-quinze kilos, il en arrache cent. Parce que vous les avez hypnotisés, vous les avez obligés à en céder cinq. Et vous enlevez le morceau... C’est correct et régulier. La Fédération, l’arbitre ont rien à opposer... Bref, pour en revenir à Zizine, une fois, à la salle, à l’entraînement, devant la barre à disques, j’ai pensé à elle, je l’ai vue. Pas comme je vous vois, bien sûr.

Elle était contre le mur, transparente, comme au cinéma, quand les gens se rappellent quelqu’un. Elle me regardait. Alors, monsieur, alors la barre a pesé mille tonnés. Elle avait repris confiance, je ne l’hypnotisais plus, parce que je m’occupais d’autre chose que d’elle. Elle se rattrapait ; elle se vengeait ; elle s’accrochait ; plus moyen de la déraciner. Il faut choisir. Je me suis guéri ; j’étais sûr d’avoir guéri. J’ai évité Martinet, Zizine et mes idées de l’autre monde, mon cafard. Mais, hier, Martinet m’a abordé, devant la Manufacture. Il avait l’air triste. Il m’a dit que Zizine se plaignait que je boude, que je fasse bande à part, qu’elle s’intéressait à moi et à l’haltérophilie, qu’elle lisait les journaux qui s’en occupent et même qu’elle avait acheté un petit livre là-dessus, qu’elle devenait une compétence, qu’ils viendraient tous les deux, le lendemain, à la séance du gymnase, à la réunion où je rencontrerais Faouët, que j’étais leur favori. J’ai défendu à Martinet d’assister à la compétition. Je voulais pas d’amis ; ça m’impressionne, ça me gêne.

« Pas même nous, qu’il m’a dit, si peiné, si chagrin que j’ai failli pas pouvoir répondre. — Pas même toi, que j’y ai répondu, la gorge malade, pas même toi, ni Zizine, ni personne. » Il a promis. On aurait voulu se dire des choses ; on trouvait pas le joint. On s’est quitté comme après un enterrement, quand on se défile comme si on avait peur de la mort. On s’est séparé, on a pas tourné la tête... Et aujourd’hui, vous avez vu, vous avez vu... Ça devait arriver... Pourtant j’avais bien dormi, j’avais écarté le souci, l’idée fixe, l’araignée... Rien à faire... Vous avez vu... Ah ! vous pouvez arrêter la T.S.F. maintenant. J’ai lâché mon paquet. »

Une grosse larme coulait sur sa joue. Spectacle pitoyable que ce garçon bâti à chaux et à sable qui se désunissait. Je l’invitai à partager mon repas froid des dimanches, tout préparé, qui m’attendait à la kitchenette. Il était avec moi par anxiété de la solitude, par crainte des grands boulevards ravagés de bise ; il accepta volontiers cette prolongation de ma compagnie. Il mangeait du bout des doigts, le gosier serré ; nous n’échangions que peu de mots, inutiles du reste. Vers onze heures, je lui pro posai d’aller boire un café. Au bar de la place d’Italie où nous entrâmes, il n’y avait que deux ou trois consommateurs qui jouaient au billard russe et Martinet. Les yeux mi-clos, oscillant et désarticulé, il sirotait un petit verre.

« Ah ! fit Léonce, qu’est-ce que tu fais là ? Et Zizine ?

— Partie, répondit l’autre sans lever la tête, partie.

— Où ça ?

— Va le lui demander.

— Partie, répéta mon ami.

— Oui. A la maison, après la scène du gymnase, elle a éclaté de chagrin. Et puis elle m’a agoni. C’était ma faute ; c’était la sienne ; c’était la tienne aussi. Elle ne pouvait plus vivre de cette manière. Il fallait qu’elle s’en aille. Elle pleurait, elle trépignait, elle emballait son linge. Elle m’a avoué, comme si elle me le reprochait, avoir couché avec l’homme de sa mère. Elle criait que je n’aurais jamais dû me mettre avec elle, ni elle avec-moi, que des hommes, ça ne manque pas, que justement un peintre de Montparnasse lui demandait de poser l’académie, qu’il lui procurerait un engagement de femme nue dans une boîte de nuit. Elle en avait assez de la mouise, du boscot sans le sou et de l’hercule à la noix. Des folies ! Et puis elle a eu du remords ; elle m’a demandé pardon, elle m’a embrassé. Ce n’est pas une mauvaise fille. Seulement pas faite pour nous. Ni pour moi ni pour toi, Léonce. Et alors...

— Alors, Martinet ?

— Alors, rien. Elle est partie.

— Et tu ne l’as pas retenue ?

— Non, à quoi bon ?

— Oui. À quoi bon ? »

Nous errions à l’aveuglette dans cette région déshéritée, montueuse qui surveille les plaines mornes où les zoniers reculent, laminés entre les immeubles neufs, les usines, les asiles de vieillards, les cimetières, où les derniers biffins étouffent, assassinés par l’hygiène et l’urbanisme. Nous poussions notre vagabondage à travers les espaces d’asphalte, les bâtisses de ciment armé, les larges éventrations, les voies ouvertes aux migrations de fourmis humaines. Nous longions des boulevards géants, sans voyageurs ; nous atteignîmes la poterne des Peupliers où la Bièvre coule en cage, la Bièvre des castors, des Gobelins, des tanneries, des lavandières romantiques, la rivière déchue au rang d’égout. J’évoquais assez stupidement les bisons, les aurochs disparus, l’hippopotame des siècles où l’homme croyait déjà soulever le monde et se cassait les reins à cause d’une femme. Et Zizine ? Née de Saint-Marcel comme ces reines du Paris galant de jadis, comme ces filles dont les appâts décorent tant de trumeaux et de tapisseries, Zizine, fruit impudique, velouté, irresponsable... Mes deux amis me précédaient. La rafale nous coupait le souffle. Martinet dit avec une sorte de joie amère et résignée : « Voilà, c’est fini et ça recommence. » Léonce répliqua du même ton : « Voilà, on redémarre, et du pied gauche. Voilà. » Je demeurai en arrière ; ils m’oubliaient ; la nuit et la bourrasque les enveloppèrent. Où se dirigeaient-ils ? Ils marchaient pour marcher, pour embrouiller le destin, pour revenir à leur point de départ.

L'Intransigeant — 23 avril 1938

Le 13e en littérature

De la ruelle des Reculettes au passage Moret via la ruelle des Gobelins

Le faiseur de momies

par
Georges Spitzmuller et Armand Le Gay

Il était arrivé à l'angle pointu formé par la manufacture des Gobelins où la voie bifurquait ; à droite la rue Croulebarbe continuait, à gauche c'était la ruelle des Gobelins.

(1912)

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La Butte-aux-Cailles

Coeur d'enfant

par
Charles de Vitis

— Voyons d’abord du côté de la Butte-aux-Cailles, pour tâcher de trouver un logement.
Jacques connaissait l’endroit pour y être venu avec Fifine, une fois ou deux, du temps qu’il vivait chez ses parents.
C’était un quartier misérable situé à proximité de la place et du boulevard d’Italie ; on y arrivait par la rue du Moulin-des-Prés.

(1899)

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L'entrée de la Bièvre dans Paris en 1859

L'oeuvre du démon

par
Adolphe Favre

Effectivement, le lendemain de la mort du marguiller, la police retirait un cadavre de la Bièvre, au point où elle entre à Paris ; ce cadavre, c’était celui d’Armand Lambert...

(1859)

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La rue du Banquier

Madame Gil-Blas

par
Paul Féval

Le fiacre tournait court l'angle de la rue du Banquier.
Cela s'appelle une rue, mais c'est en réalité une manière de chemin pratiqué entre des murs de jardins. Il n'y a pas une âme en plein jour.

(1856)

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La Barrière des Deux-Moulins

Les Chifffonniers de Paris

par
Turpin de Sansay

En suivant les rues Saint-Victor, du Marché-aux-Chevaux et de Campo-Formio, on arrivait à la barrière des Deux-Moulins, située de l'autre côté du boulevard extérieur.

(1861)

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La Barrière des Deux-Moulins

Causerie d'un camarade

par
Jean Loyseau

Allez un dimanche, ou , même , un lundi soir , du côté de l'ancienne barrière des Deux-Moulins : regardez, respirez et écoutez, si vous en êtes capables , tout ce qui frappe à la porte de vos cinq sens : votre odorat percevra je ne sais quelle odeur nauséabonde et méphitique, dans laquelle se mêlent indistinctement la fumée de tabac ; les exhalaisons du cabaret, qui forment , à elles seules, tout un arsenal d'infection...

(1862)

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Le boulevard Saint-Marcel

Les Baisers rouges

par
Montfermeil

A travers Paris jusqu'à la rue Coypel...

(1900)

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Saviez-vous que... ?

En janvier 1904, la Préfecture de police interdisait à la « Goulue » (Mme Louise Weber épouse Droxeler), dont la ménagerie était installée boulevard Kellermann, de continuer ses exercices, tant qu'elle n'aurait pas procédé aux réparations qui lui avaient été prescrites. La sécurité des cages n'était pas, paraît-il, suffisante.

*
*     *

Gustave Geffroy (1855-1926) fut directeur de la Manufactures des Gobelins. Il n'est donc pas anormal que la rue qui porte son nom soit située tout près de celle-ci.

*
*     *

Selon le Figaro du 9 septembre 1899, sur les 266 vieilles lanternes à huile destinées à l'éclairage public que comptait encore Paris, 139 étaient allumées tous les soirs autour de la Butte-aux- Cailles.

*
*     *

Une jeune fille du village d’Ivry avait coutume de faire brouter ses chèvres sur le boulevard de la Glacière, auprès de la rivière des Gobelins. Hier soir, à sept heures, au moment où elle se disposait à regagner son domicile, elle a été accostée par un individu qui, après une assez courte conversation, l’a frappée de quatre coups de couteau. La jeune bergère est morte sur la place, et son assassin a été presque aussitôt arrêté. À neuf heures, le cadavre gisait encore dans un champ, au coin de la rue Croulebarbe, où M. Roger, commissaire de police du quartier, dressait son procès-verbal.
C’est ainsi que les lecteurs de la Gazette de France apprirent la mort d’Aimée Millot, le bergère d’Ivry. La vérité impose de dire que le véritable auteur des faits n’avait pas été immédiatement arrêté.

L'image du jour

L'image du jour
Une crue de la Seine, quai de la Gare, en janvier 1920

La vue est orientée vers l'aval. On distingue le viaduc du métro du pont de Bercy.

© paris-treizieme.fr pour la transcription du texte

HISTOIRE DES QUARTIERS

  • La Salpêtrière
  • La Gare
  • Maison Blanche
  • Croulebarbe

ACCES PAR NOM

  • Nomenclature des rues
  • Liste des auteurs

LES DRAMES DU 13e

  • Le drame de la rue Albert
  • Le drame de la rue de l'Espérance
  • Le drame de la rue Vandrezanne
  • Le drame du quartier de la Gare
  • Un drame du terme
  • Tous les drames...

LE TREIZIÈME AVANT LE 13e

  • Le Petit-Gentilly (1820)
  • De la difficulté d’être le treizième arrondissement
  • La bergère d'Ivry (1827)
  • L'abattoir de Villejuif (1812)
  • Sommaire complet

LE TREIZIÈME EN 1860

  • Notice administrative, historique et municipale sur le XIIIe Arrondissement par Ph. Doré fils

ACCÈS THÉMATIQUES

  • L'aménagement du 13e
  • Les grandes voies du 13e
  • La petite ceinture dans le 13e
  • Le Métropolitain dans le 13e
  • Les tramways dans le 13e
  • La gare d'Austerlitz
  • Le puits artésien de la Butte-aux-Cailles
  • La place d'Italie
  • La cité Doré
  • La cité Jeanne d'Arc
  • Le passage Moret
  • L'asile Nicolas-Flamel
  • Les hôpitaux de la Pitié et de la Salpêtrière
  • Les fouilles archéologiques dans le 13e
  • Le Siège de Paris (1870-71)
  • Le 13e sous la Commune
  • La catastrophe de la rue de Tolbiac (20 oct. 1915)
  • Le jardin des Gobelins
  • La manufacture des Gobelins
  • La "Folie Neubourg"
  • Le marché aux chevaux
  • Les grandes eaux du boulevard Kellermann
  • Ateliers, fabriques et petits métiers du XIIIe
  • Chiffons et chiffonniers
  • Bals de Paris, bals de barrière, cabarets, bouges et assommoirs
  • L'épidémie de la Maison-Blanche (1890)
  • Les étrangleurs des Gobelins
  • Sur les communes limitrophes
  • La zone dans le 13e

VIDÉOS

  • Auguste Lançon et le 13e
  • Marville, la rue de Tolbiac
  • Quai de la Gare, janvier 1910
  • La place Nationale
  • Le marché aux chevaux

L'image du jour


Les feuilletons de paris-treizieme.fr

  • Assassins !!!
  • Le cadavre de la Maison-Blanche

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