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UNE ÉVOCATION DU 13e ARRONDISSEMENT DE 1860 AUX ANNÉES 30

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Une évocation du 13e arrondissement de 1860 aux années 30

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Le 13e dans la littérature

Littérature

LA FILLE DU FUSILLÉ - 1

1

LA FILLE
DU FUSILLÉ

par
Paul SAMY
(1924)


PREMIÈRE PARTIE


I
L’étrange vacation

La grande salle des ventes publiques de la rue Drouot était, dans cet après-midi de juin, remplie d’une foule de riches amateurs

Ils y étaient attirés par les annonces que les journaux avaient publiées, et qui donnaient, avec de somptueux détails, la nomenclature d’une série de meubles artistiques de grande valeur.

Le catalogue n’en précisait la provenance immédiate que sous de vagues indications, et les successions de MM. B... et G..., laissaient aux curieux un vaste champ de recherches, ces initiales répondant à celles de nombreux collectionneurs.

Le mystère même de ces origines n’eût pas suffi cependant à susciter l’attrait de cette vente si les objets, rares et précieux qu’on allait livrer à la lutte des enchères, n’avaient pas été authentiques par les experts les plus renommés de la capitale et dont les noms soulignaient chaque numéro.

Il y avait là des pièces dont de savants antiquaires avaient noté les sources premières, les époques, ainsi que les artistes célèbres qui les avaient estampillées.

Deux journées d’exposition avaient permis aux visiteurs d’admirer des décorations sur toile attribuées à Watteau et à J. Pillement; des fauteuils en bois sculpté signés G. Jacob ; des ameublements de salon Louis XVI recouverts de tapisserie d’Aubusson ; des mobiliers estampillés de Séné, des tables-liseuses estampillées de Migeon, des bureaux Louis XV estampillés de Dubois, des tapisseries, des verdures et surtout un ravissant bureau Bonheur-du-jour, en marquèterie de bois de couleur, panneaux d’ancienne laque avec appliques en ivoire, estampillé Roger Vanderuze-Lacroix, époque Louis XV. Au total cent numéros que Me Fair-Doreuil, assisté de l’expert Baulne, était chargé de mettre en vente.

Cette vente fut longue et les enchères se disputèrent avec animation.

Quelques enchérisseurs se déplaçaient parfois pour revoir de près, le long de la galerie n°6, les meubles difficilement transportables. D’autres objets plus légers : chaises, fauteuils, bergères, coffrets, portés par les garçons de salle, étaient placés sur une table élevée qui permettait au public de les admirer.

Quatre-vingt-cinq lots avaient été adjugés, et Me Fair-Doreuil appela le numéro quatre-vingt-six du catalogue.

Toutes les têtes se baissèrent sur les brochures et se relevèrent pour voir le Bonheur-du-jour que le commissaire-priseur avait fait signe à l’expert de mettre en évidence.

C’était la pièce la plus curieuse de ces collections, et on ne doutait pas qu’elle atteignit un prix élevé.

Il y eut un instant de silence. Me FairDoreuil parcourut des yeux la salle, comme pour deviner l’assaut des enchères dans les regards tendus.

Mais l’expert revenant, accompagné des garçons les mains vides, se pencha à son oreille et lui glissa :

— Le meuble a disparu.

— Comment disparu ? ne put s’empêcher de crier le commissaire-priseur. C’est le numéro 86, voyons !

Un des garçons lui tendit la carte qui portait ce numéro.

— Eh bien ? demanda Me Fair-Doreuil.

— Elle était accrochée à un fauteuil voisin, mais le meuble n’y est pas et sa place est libre, répondit l’expert.

— Il y était encore hier soir. II ne s’est pas envolé !

— Certainement !... Je l’ai vu...

— Nous aussi, dirent plusieurs voix. Et un remue-ménage se fit dans la salle. On s’exclamait, on s’interpelait.

Le commissaire-priseur, descendu de son estrade, courut à la galerie, à l’endroit où il avait lui-même fait placer le Bonheur-du-jour, entre une commode Louis XVI, n°85, et un bureau à cylindre, n°87.

Il leva les bras dans un geste d’étonnement et de stupéfaction. C’était bien vrai. Le petit meuble n’était plus là.

Et, revenant vers le public qui restait dans une attente curieuse, non sans anxiété, il prononça d’une voix qui tremblait :

— Messieurs, je ne puis continuer la vacation avant que ce mystère soit éclairci. Il nous reste encore quatorze numéros. Ce sera pour une autre séance. Celle-ci est levée.

Ce furent un brouhaha de conversations et un bruit de chaises renversées dans l’assistance qui se retirait, commentant à haute voix l’incident.

— C’est le coup de la galerie Georges Petit s'exclama près de Me Fair-Doreuil le journaliste Brondel, en refermant le carnet sur lequel il notait les enchères pour la rubrique qu’il tenait dans l’Etoile ».

— Que voulez-vous dire, Brondel ? demanda l’expert Baulme.

— Comment, vous ne savez pas ? Vous ignorez la plainte que M. de Poldi a déposée au Parquet ?

— M. de Poldi, l’acquéreur du bureau-secrétaire de la succession de Bothmann ?

— Parfaitement, fit le journaliste, bureau qu’il a payé, entre parenthèses, cinquante mille francs. Eh bien ! hier, dans la soirée, on lui expédiait le petit meuble à son domicile du Cours-la-Reine... Et ce matin il avait disparu.

— Oh ! s’écrièrent à la fois l’expert et le commissaire-priseur.

— Oui, dit Brondel. Et une enquête est ouverte, selon la formule. Mais ces Bonheurs-du-jour jouent décidément de malheur. Tiens ! un mot pour ma chronique, fit-il en riant et en enjambant les banquettes vers la sortie.

La salle vidée, les portes en furent fermées et Me Fair-Doreuil se précipita au téléphone de son bureau pour aviser la Sûreté du vol surprenant qu’on venait de constater.

Du quai des Orfèvres on répondit par une exclamation à la communication du commissaire-priseur, exclamation qui s’expliquait sans doute par le rapprochement que faisait le directeur des recherches avec la disparition du meuble à peu près semblable de M. de Poldi.

Peu d’instants après une automobile déposait devant l’immeuble de la rue Drouot l’inspecteur principal Pratti, de la police judiciaire.

C’était un petit homme trapu, tout en muscles, au teint basané, aux yeux noirs, ardents, au parler bref.

II interrogea le commissaire-priseur, les garçons de salle, qui confirmèrent que le meuble était encore à sa place dans la soirée de la veille.

— Et dans la matinée ? demanda-t-il.

Personne ne put l’affirmer. On avait passé et repassé devant les lots alignés, et un peu pressés les uns contre les autres, sans s’apercevoir d’un vide que le déplacement d’un fauteuil comblait presque entièrement,

Des soupçons ? On n’en avait pas. Il ne parut pas non plus à l’inspecteur que le coup eût pu s’accomplir durant la nuit, car les portes ne laissaient voir aucune trace d’effraction, et le concierge, dont la loge donnait directement sur la principale entrée, déclarait n’avoir entendu aucun bruit.

Des traces de pas, il y en avait trop pour qu’on pût y chercher la moindre piste, et l’hypothèse la plus vraisemblable, à laquelle s’arrêta l’inspecteur, fut que le vol avait dû être commis dans la matinée, au cours des allées et venues des déchargeurs de meubles à travers les différentes salles de rétablissement.

Un manque de surveillance de quelques instants avait suffi pour faciliter l’opération à des individus qui n’appartenaient peut-être pas au service ordinaire des déménagements.

Des camions se succédaient devant la grande porte des galeries, des hommes en blouse montaient et descendaient chargés d’objets, se croisaient dans les escaliers. Une housse jetée sur le meuble, une automobile recevant le vol et le voleur et disparaissent, quoi de plus simple ?

La justice n’était-elle pas saisie de l’affaire plus inexplicable de ce gentleman qui dévalisait les hôtels particuliers en plein jour, sous les regards indifférents des concierges devant lesquels on passait, sans la moindre gêne, des tableaux, des bronzes, des ballots de fourrures ?

Non, l’étonnant n’était pas dans l’audace du vol, mais dans la similitude des meubles disparus à l’occasion de deux ventes publiques.

C’était sur ce point que se fixait l’attention de l’inspecteur Pratti.

La valeur, la rareté et le caractère même des objets dérobés en faisaient de dangereuses acquisitions, d’un placement fort difficile en France.

Quant à leur exode à l’étranger, une dépêche-circulaire, que la Sûreté allait lancer aux postes douaniers des ports et des frontières, suffirait à empêcher la fuite de cette marchandise encombrante qui ne se dissimulait pas comme un collier de perles.

 

Le 13e en littérature

La Butte-aux-Cailles

Coeur d'enfant

par
Charles de Vitis

— Voyons d’abord du côté de la Butte-aux-Cailles, pour tâcher de trouver un logement.
Jacques connaissait l’endroit pour y être venu avec Fifine, une fois ou deux, du temps qu’il vivait chez ses parents.
C’était un quartier misérable situé à proximité de la place et du boulevard d’Italie ; on y arrivait par la rue du Moulin-des-Prés.

(1899)

Lire


L'entrée de la Bièvre dans Paris en 1859

L'oeuvre du démon

par
Adolphe Favre

Effectivement, le lendemain de la mort du marguiller, la police retirait un cadavre de la Bièvre, au point où elle entre à Paris ; ce cadavre, c’était celui d’Armand Lambert...

(1859)

Lire


La rue du Banquier

Madame Gil-Blas

par
Paul Féval

Le fiacre tournait court l'angle de la rue du Banquier.
Cela s'appelle une rue, mais c'est en réalité une manière de chemin pratiqué entre des murs de jardins. Il n'y a pas une âme en plein jour.

(1856)

Lire


La Barrière des Deux-Moulins

Les Chifffonniers de Paris

par
Turpin de Sansay

En suivant les rues Saint-Victor, du Marché-aux-Chevaux et de Campo-Formio, on arrivait à la barrière des Deux-Moulins, située de l'autre côté du boulevard extérieur.

(1861)

Lire


La Barrière des Deux-Moulins

Causerie d'un camarade

par
Jean Loyseau

Allez un dimanche, ou , même , un lundi soir , du côté de l'ancienne barrière des Deux-Moulins : regardez, respirez et écoutez, si vous en êtes capables , tout ce qui frappe à la porte de vos cinq sens : votre odorat percevra je ne sais quelle odeur nauséabonde et méphitique, dans laquelle se mêlent indistinctement la fumée de tabac ; les exhalaisons du cabaret, qui forment , à elles seules, tout un arsenal d'infection...

(1862)

Lire


Le boulevard Saint-Marcel

Les Baisers rouges

par
Montfermeil

A travers Paris jusqu'à la rue Coypel...

(1900)

Lire


La rue de la Vistule

La fille du fusillé

par
Paul Samy

Huit heures du soir sonnaient à l’horloge de l’hôpital Marie-Lannelongue, située à l’angle de la rue de Tolbiac et de l’avenue d’Ivry, quand une automobile, arrivant par l’avenue d’Italie, tourna dans la rue de la Vistule et s’arrêta devant une petite grille terminant un mur, derrière lequel s’élevait une maisonnette.

(1924)

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Un Treizième à découvrir dans...

Coeur d'enfant

par
Charles de Vitis
(1899)

Les Chifffonniers de Paris

par
Turpin de Sansay
(1861)

L'oeuvre du démon

par
Adolphe Favre
(1859)

Madame Gil-Blas

par
Paul Féval
(1856)

La Butte-aux-Cailles

— Voyons d’abord du côté de la Butte-aux-Cailles, pour tâcher de trouver un logement.
Jacques connaissait l’endroit pour y être venu avec Fifine, une fois ou deux, du temps qu’il vivait chez ses parents.
C’était un quartier misérable situé à proximité de la place et du boulevard d’Italie ; on y arrivait par la rue du Moulin-des-Prés.

La Barrière des Deux-Moulins

En suivant les rues Saint-Victor, du Marché-aux-Chevaux et de Campo-Formio, on arrivait à la barrière des Deux-Moulins, située de l'autre côté du boulevard extérieur.

L'entrée de la Bièvre dans Paris en 1859

Effectivement, le lendemain de la mort du marguiller, la police retirait un cadavre de la Bièvre, au point où elle entre à Paris ; ce cadavre, c’était celui d’Armand Lambert...

La rue du Banquier

Le fiacre tournait court l'angle de la rue du Banquier.
Cela s'appelle une rue, mais c'est en réalité une manière de chemin pratiqué entre des murs de jardins. Il n'y a pas une âme en plein jour.


Causerie d'un camarade

par
Jean Loyseau
(1862)


La main trouée

par
Montfermeil
(1901)


Les Baisers rouges

par
Montfermeil
(1900)


La fille du fusillé

par
Paul Samy
(1924)

La Barrière des Deux-Moulins

Allez un dimanche, ou , même , un lundi soir , du côté de l'ancienne barrière des Deux-Moulins : regardez, respirez et écoutez, si vous en êtes capables , tout ce qui frappe à la porte de vos cinq sens : votre odorat percevra je ne sais quelle odeur nauséabonde et méphitique, dans laquelle se mêlent indistinctement la fumée de tabac ; les exhalaisons du cabaret, qui forment , à elles seules, tout un arsenal d'infection...

Croulebarbe et la ruelle des Reculettes

Le quartier Croulebarbe est un de ceux que n'a pas encore assainis la pioche du démolisseur, un des recoins restés sordides du vieux Paris.

Le boulevard Saint-Marcel

A travers Paris jusqu'à la rue Coypel...

La rue de la Vistule

Huit heures du soir sonnaient à l’horloge de l’hôpital Marie-Lannelongue, située à l’angle de la rue de Tolbiac et de l’avenue d’Ivry, quand une automobile, arrivant par l’avenue d’Italie, tourna dans la rue de la Vistule et s’arrêta devant une petite grille terminant un mur, derrière lequel s’élevait une maisonnette.

Saviez-vous que... ?

En janvier 1904, la Préfecture de police interdisait à la « Goulue » (Mme Louise Weber épouse Droxeler), dont la ménagerie était installée boulevard Kellermann, de continuer ses exercices, tant qu'elle n'aurait pas procédé aux réparations qui lui avaient été prescrites. La sécurité des cages n'était pas, paraît-il, suffisante.

*
*     *

Pour aménager la Place d'Italie, une fois les pavillons Ledoux abattus, il fallut abaisser le niveau d'un des côtés de plus d'un mètre et exhausser l'autre d'autant. L'idée était également de diminuer ainsi la pente de la rue Mouffetard, future avenue des Gobelins, qui se révélait impraticable aux engins lourds dans ses derniers mètres.

*
*     *

Dans la semaine du 15 au 22 mars 1929, le cinéma Clisson Palace (61-63 rue de Clisson) jouait "Trois jeunes filles nues", un film avec la charmante Jeanne Helbling que celle-ci avait tourné avec l'excellent Nicolas Rimsky. Jeanne Helbling partageait la vedette avec Mmes Jenny Luxeuil Jeanne Brindean et Annabella.

*
*     *

Le 2 aout 1929, place d’Italie, les passants observaient un aigle planant majestueusement au-dessus d’eux à une altitude variant de 30 à 50 mètres. Le royal oiseau venait de s'échapper du Muséum d'histoire naturelle. Il n’a pu être rattrapé.

L'image du jour

L'image du jour
Une crue de la Seine, quai de la Gare, en janvier 1920

La vue est orientée vers l'aval. On distingue le viaduc du métro du pont de Bercy.

© paris-treizieme.fr pour la transcription du texte

HISTOIRE DES QUARTIERS

  • La Salpêtrière
  • La Gare
  • Maison Blanche
  • Croulebarbe

ACCES PAR NOM

  • Nomenclature des rues
  • Liste des auteurs

LES DRAMES DU 13e

  • Le drame de la rue Albert
  • Le drame de la rue de l'Espérance
  • Le drame de la rue Vandrezanne
  • Le drame du quartier de la Gare
  • Un drame du terme
  • Tous les drames...

LE TREIZIÈME AVANT LE 13e

  • Le Petit-Gentilly (1820)
  • De la difficulté d’être le treizième arrondissement
  • La bergère d'Ivry (1827)
  • L'abattoir de Villejuif (1812)
  • Sommaire complet

LE TREIZIÈME EN 1860

  • Notice administrative, historique et municipale sur le XIIIe Arrondissement par Ph. Doré fils

ACCÈS THÉMATIQUES

  • L'aménagement du 13e
  • Les grandes voies du 13e
  • La petite ceinture dans le 13e
  • Le Métropolitain dans le 13e
  • Les tramways dans le 13e
  • La gare d'Austerlitz
  • Le puits artésien de la Butte-aux-Cailles
  • La place d'Italie
  • La cité Doré
  • La cité Jeanne d'Arc
  • Le passage Moret
  • L'asile Nicolas-Flamel
  • Les hôpitaux de la Pitié et de la Salpêtrière
  • Les fouilles archéologiques dans le 13e
  • Le Siège de Paris (1870-71)
  • Le 13e sous la Commune
  • La catastrophe de la rue de Tolbiac (20 oct. 1915)
  • Le jardin des Gobelins
  • La manufacture des Gobelins
  • La "Folie Neubourg"
  • Le marché aux chevaux
  • Les grandes eaux du boulevard Kellermann
  • Ateliers, fabriques et petits métiers du XIIIe
  • Chiffons et chiffonniers
  • Bals de Paris, bals de barrière, cabarets, bouges et assommoirs
  • L'épidémie de la Maison-Blanche (1890)
  • Les étrangleurs des Gobelins
  • Sur les communes limitrophes
  • La zone dans le 13e

VIDÉOS

  • Auguste Lançon et le 13e
  • Marville, la rue de Tolbiac
  • Quai de la Gare, janvier 1910
  • La place Nationale
  • Le marché aux chevaux

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