Les postes de pompes à vapeur
Le texte qui suit, est précédé d'une longue introduction permettant de contextualiser le sujet : lire ici
Le poste de la rue Jeanne-d’Arc

Le poste modèle de la rue Jeanne-d'Arc, que nous allons examiner en détails, a été construit sur des terrains concédés par les propriétaires de la raffinerie C. Say, en l'espace de cinq mois. Il a coûté quatre-vingt-dix mille francs. Une vingtaine de mille francs de moins que celui de la rue de Rome.
Vu de l'extérieur le poste de la rue Jeanne-d'Arc est d'un aspect très simple. On comprend de suite que l'esprit qui a présidé à son édification, esprit d'économie pratique, a tout sacrifié à l'utile, à l'indispensable. C'est une construction rectrangulaire, de dix-huit mètres de façade sur quatorze de profondeur et dix de hauteur.
Comme tous ceux auxquels il doit servir de modèle, il n'est distant que de cinq cents mètres du poste-caserne du régiment. Composé d'un rez-de-chaussée et d'un premier étage avec entresol formant soupente et servant de magasin à fourrage et de dépôt au matériel de rechange.
Au milieu du bandeau qui sépare les fenêtres du premier étage des larges et hautes portes à demi-vitrées, qui s'ouvrent de plain-pied sur la rue, est placé l'écusson aux armes de la ville ; de chaque côté sont gravées, dans la pierre, ces deux inscriptions : « Sapeurs-pompiers de la ville de Paris. Poste de pompe à vapeur. » Au-dessous de l'écusson, un gros timbre extérieur, mis en mouvement par la sonnerie d'alarme, est destiné à prévenir les passants que les attelages sont sortis à toute vitesse, qu'ils aient à se ranger.
Les quatre portes-cochères du rez-de-chaussée sont destinées, celle de gauche, à la voiture de tuyaux ou grand dévidoir ; les deux suivantes, à la pompe à vapeur et à l'attelage des échelles de combat. Toutes les voitures sont placées immédiatement derrière les portes et sur rails en creux ; il est donc impossible, quelle que soit la précipitation de la sortie, d'accrocher au passage. La quatrième porte, la seule qui s'ouvre du dehors, est celle du poste-vigie où se tient le sapeur télégraphiste ; elle donne aussi passage, à travers le bureau, au petit dévidoir, qui sort lorsque l'importance du feu ne nécessite pas l'envoi d'une pompe à vapeur.
Les quatre grandes portes sont flanquées de deux plus petites celle de gauche, destinée aux hommes de l'équipe ; celle de droite, conduisant, par un escalier de vingt-cinq marches, au logement particulier du sergent-chef-mécanicien qui se trouve au premier étage et dont la fenêtre est celle qui, sur notre dessin, a ses volets fermés.

À chacune des extrémités du bâtiment, une grille en fer, scellée dans la muraille et assez semblable à celles que l'on voit à la terrasse de certains cafés, se développe sur le trottoir à hauteur d'appui. Ces grilles sont placées là pour empêcher les passants distraits de se trouver devant les portes et d'être culbutés par les chevaux au moment où l'attelage débouche du remisage.
On voit que rien n'a été négligé pour éviter, dans les limites du possible, les accidents que pourrait amener la rapidité d'exécution d'un service dans lequel les secondes se comptent comme des heures. Voilà pour l'extérieur.
Entrons maintenant.
La porte du poste-vigie est indiquée par une inscription spéciale, placée sur la lanterne rouge qu'on voit à droite, et aussi par la sonnette d'alarme, surmontée d'une plaque également indicative, placée au-dessous de cette lanterne.
C'est ici qu'il devient indispensable, pour le lecteur, de consulter le plan, très clair d'ailleurs, exécuté, ainsi que les dessins qui l'accompagnent, avec un soin que tous les spécialistes se plairont à reconnaître par notre excellent collaborateur, M. Ferat.
Le poste-vigie est isolé par une mince cloison dans laquelle, en face de la porte d'entrée, est percée la porte de communication dont nous avons déjà parlé , pour l'usage du petit dévidoir (Voir le plan, lettre R.).
Ce poste-vigie ne diffère des postes avertisseurs récemment créés sur tous les points de la ville, à cinq cents mètres des postes-casernes, que par la présence, sur la table télégraphique, placée à gauche, d'un bouton d'appel (voir le plan, chiffre 1) et contre la muraille, à portée de la main, d'un petit levier. Nous expliquerons plus loin la raison d'étre et le fonctionnement de l'un et de l'autre.
En franchissant la porte de communication, nous entrons dans le remisage.
Le remisage
Devant nous, prêts à sortir au premier signal, ces superbes engins destinés à rendre de si grands services dans le nouveau plan de défense et de secours contre les incendies.

Le matériel, reluisant de propreté, est entretenu avec ce soin tout militaire que l'on remarque sur les navires de l'Etat. On devine que le sapeur-mécanicien aime sa pompe, comme le marin le pont de son navire. Les cuivres de la chaudière éclatent comme de l'or poli dans la lumière qui tombe des hautes fenêtres ; les casques disposés sur les sièges des voitures, et sur des tablettes spéciales, piquent la demi-obscurité de la remise de points lumineux, que font valoir encore la couleur sombre des autres engins, l'échelle de combat et le grand dévidoir, peints en vert. Çà et là, disposés dans chaque retrait des murs, diverses pièces de rechange, roues, palonniers, etc. Chaque coin a été utilisé pour l'entrepôt d'un accessoire quelconque.
Les ferrures qui garnissent les boiseries des stalles, les râteliers de fer, les chaînes, tout ce qui est métal, enfin, est fourbi avec une constance qui trouve sa récompense dans le coup d'œil admiratif du visiteur. Les stalles sont lavées à grande eau, deux fois par jour. L'entretien tout particulier de cet intérieur, à la fois remise et écurie, est des plus remarquables ; pas un brin de paille ne sort de la stalle qui ne soit aussitôt ramené sous les pieds des chevaux. Ceux-ci sont, pour l'apparence, semblables aux chevaux d'omnibus entrés dans la compagnie depuis quinze jours seulement, quoique paraissant plus vigoureux, et plus impatients à faire feu des quatre fers sur le pavé de la ville. L'avoine ne doit pas leur être ménagée.
Ce côté du remisage rappelle involontairement les écuries du cirque, entretenues spécialement pour l'œil des spectateurs de l'entr'acte, bien que, certainement, ce ne soit point pour la galerie que l'équipe tienne son poste en un tel état de propreté ; car il est difficilement accessible au public.
La hauteur de la remise est de 5 mètres ; dans la partie correspondante aux stalles, cette hauteur est réduite à 3 mètres par la présence de l'entresol que nous avons signalé, lequel est divisé en trois compartiments égaux.
Le compartiment de gauche sert de grenier à fourrage et communique avec le rez-de-chaussée au moyen d'une trappe pour le passage du grain et de la paille, et d'une trémie pour celui de l'avoine. Les deux autres compartiments sont convertis en atelier et dépôt de pièces de rechange du matériel. Nous allons, au fur et à mesure qu'un des engins de ce poste se présentera à nos regards, donner un rapide précis de l'histoire de son installation ; que le lecteur se rassure, nous serons bref.









