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UNE ÉVOCATION DU 13e ARRONDISSEMENT DE 1860 AUX ANNÉES 30

Littérature

 Assassins!!! - 6

6

ASSASSINS !!!

par
Louis Dagé et Paul Vernier
(1881)


PREMIÈRE PARTIE


La Masure du Corbeau-Rouge


III
M. Polydor

Cependant Sans-Malice avait rejoint François-le-Carrossier, dont la voiture, on s’en souvient, stationnait au dehors, et s’étalant sur les coussins, en vrai sybarite avait jeté à son ami cette indication : « Chez M. Polydor. »

Le véhicule partit à fond de train.

Dans la rue du Fer-à-Moulin, tout près de la Halle-aux-Cuirs, s’était établi récemment, au rez-de-chaussée d’une maison d’extérieur respectable, un personnage d’allures énigmatiques.

Il ne faisait à son domicile que des apparitions peu fréquentes et n’y séjournait que deux ou trois jours au plus quand il y venait Le reste du temps il voyageait pour son commerce.

Dans le quartier, on appelait cet individu M. Polydor.

Était-ce là son vrai nom ? Bon nombre de gens en doutaient.

Quelle était sa profession, nul n’aurait pu le dire au juste. Il passait pour brocanteur, et ses voisins prétendaient tout bas, sans oser et même sans pouvoir l’affirmer tout haut, que les principaux et peut-être les seuls clients de M. Polydor étaient les filous et les escarpes de toute catégorie qui lui vendaient les objets adoptés un peu partout.

Mais, comme cet individu ne faisait de tort à personne, payait exactement son terme et ses contributions ; comme il rendait volontiers service dans un pressant besoin, aux autres locataires de la maison ; comme la concierge l’avait en grande estime, parce qu’il savait être généreux et qu’elle faisait son ménage, il s’en suit qu’il était quand même considéré. On disait de lui : « C’est un brave homme ! » et nul ne s’était avisé de pousser plus loin des investigations désobligeantes, ni même de lui reprocher ses accointances vraies ou fausses avec le monde des voleurs.

— C'est son métier, disait-on, et ça ne nous regarde pas !

Au physique, M. Polydor, avec ses lunettes bleues, sa casquette dont la visière verte simulait un abat-jour, ses cheveux blancs, sa barbe grise et sa vieille houppelande, réalisait le type du juif de Francfort. Il parlait, du reste, avec un accent allemand très prononcé.

Il faut croire que, ce soir-là, le brocanteur avait fort à faire, car, à deux heures du matin, on apercevait encore de la lumière dans sa chambre.

Usant du procédé simple et peu coûteux qui a fait la célébrité du Diable-Boiteux, entrons dans son appartement et voyons si réellement il travaille, s’il met à jour ses écritures.

Tenez ! le voilà assis sur un antique canapé en velours rouge, usé, râpé et démodé ; ii fume un excellent cigare. En face de lui se trouve un tout jeune homme paraissant dix-huit à vingt ans à peine, malgré son avachissement. Il est hébété et malingre, tant l'habitude de la débauche et des plaisirs fatigants l'a delà marqué au front du sceau indélébile de la lassitude et du dégoût.

Tel est, au moral et au physique, le portrait de l’hôte de M. Polydor.

Ces deux personnages causaient quand nous les avons surpris en tête à tête.

— Deux heures sonnent, mon cher baron ; et rien encore !

— D'abord, mon cher Lucien, ici je ne suis plus baron ; appelez-moi simplement M. Polydor.

— C’est juste ! j’avais oublié votre recommandation ; excusez-moi !

— Quant à votre observation en elle-même, elle part, cher vicomte, d’un sentiment d’impatience que je m’étonne de constater chez vous, si froid d’ordinaire...

Est-ce que les charmes de Mlle d’Évry auraient, à ce point, fait impression sur votre esprit ! ricana M. Polydor.

— Ah ! la bonne plaisanterie ! répondit en riant le jeune homme, que son interlocuteur a désigné par le nom de Lucien et ensuite par le titre de vicomte ; ah ! la bonne plaisanterie ! Moi, sensible ? Ce serait à se tordre, si ce n’était monstrueux à force d’invraisemblable !

— À la bonne heure !

— Ce que j’en disais, c’était par crainte que l’expédition n’eût échoué.

— Oh ! je ne redoute rien, de ce côté ; maîtres Sans-Malice et Négriot sont des gaillards dont je connais la résolution et l’habileté. Je leur ai, du reste, promis, en cas de succès, une prime respectable.

— Combien ?

— Quinze mille francs.

— Si nous réussissons, ce ne sera pas trop cher. L’affaire vaut bien cette somme.

— Parbleu ! Une fortune superbe qui va vous échoir !

— Et que nous partagerons ; car c’est vous, cher ami, qui avez combiné le plan et préparé les moyens d’exécution.

— En effet ! Je crois même avoir assez bien manœuvré.

— D’une façon splendide, tout simplement !

— Vous voyez que le jour où je vous ai promis la richesse, je ne vous trompais pas.

— Vous êtes un grand homme.

— Ma foi, il y a des moments où je le pense.

— Et vous avez raison !... Pourtant je vous avoue avec franchise que, dans votre gentille machination, il existe un point où votre sagesse, sans être en défaut, m’impose néanmoins une corvée désagréable.

— Le mariage, peut-être ?

— Vous l’avez deviné !

— Ah ! dam ! il était impossible d’agir autrement ; force vous est donc d’en passer par cette fâcheuse obligation.

— Au fait je saurai bien m’affranchir du servage matrimonial et secouer les liens conjugaux, observa avec désinvolture le vicomte Lucien.

— Évidemment ! appuya M. Polydor. Du reste, ajouta-t-il, en cette circonstance, le mariage constituait le seul moyen possible d’accaparer la fortune du vieux marquis d’Évry.

— Je sais bien !

— Parbleu ! s’il ne s’était agi que d’un caprice, vous pouviez faire de Mlle Aimée votre maîtresse ; mais cette satisfaction d’une passion éphémère ne nous eût point donné la richesse.

— Oh ! vous avez parfaitement raison, je le sens.

— En ce cas, songeons au dénouement.

— Eh bien ! c’est très simple : Je ravis à la fillette la fleur de son innocence... comme je m’exprime bien !... et elle sera trop heureuse ensuite que je veuille l’accepter pour épouse.

— Eh ! Là, là ! quelle impétuosité ! Vous parlez avec l’ardeur de la jeunesse ; et, avec son inexpérience aussi, vous ne doutez de rien... Raisonnons, s’il vous plaît, mon très cher !

— Soit !

M. Polydor s’arrangea commodément sur le canapé, et continua en ces termes :

— Si, contrairement à votre espérance, Mile d’Évry allait vous prendre en horreur !... Ah ! toutes possible ! Il y a des jeunes filles pleines de préjugés : un attentat à leur vertu les rend ennemies irréconciliables du ravisseur de leur innocence, ainsi que vous le disiez adorablement tout à l’heure. Elles ne comprennent pas les emportements de la passion ; elles ne pardonnent rien à celui qui les a aimées assez pour les... déshonorer.

— Mais la réparation ! Les nobles demoiselles y tiennent en général.

— Sauf quand la haine les domine exclusivement ! Si Mlle d’Évry est une de celles-là, adieu le mariage et par conséquent la fortune.

— Que faire, alors ?

— À votre place, j’essaierai autre chose.

— Quoi donc ?

— Par exemple, un sauvetage dans toutes les règles de lait dramatique. Ainsi, en ce moment, Mlle Aimée se morfond de peur ; elle a tout à redouter des scélérats qui l’entourent ; et, entre nous, elle n’a pas tout à fait tort... je vous dis cela parce que c’est un détail qui vous est bien indifférent... Or, supposez que vous tombiez comme un libérateur au milieu de ces bandits, quel effet !... Si vous parvenez ensuite à soustraire la jeune fille à ses persécuteurs, pensez-vous qu’elle n’aura pas pour vous une reconnaissance éternelle ! Mais si, positivement !

— Vous êtes épique, baron !

— Encore une fois, appelez-moi Polydor.

— Pardon !... L’habitude !

— Je poursuis mon raisonnement : après avoir arraché la victime à ses bourreaux, après lui avoir conservé l’honneur, une niaiserie ! mais il y en a qui y tiennent… pour le monde... grâce aux prodiges faciles d’un courage qui ne risque rien, vous apparaissez, aux yeux de votre protégée, avec l’auréole d’un ange sauveur sur le front. C’est ainsi quelle elle vous voit dans ses rêves ; et si elle aperçoit, par hasard, quelque chose d’humain en vous, c’est seulement votre indomptable bravoure.

— Oui, oui, je comprends !

— Dans ces conditions, demandez la main de l’héritière des marquis d’Évry, vous l’obtiendrez sûrement.

— Puissamment raisonné ! s’écria avec enthousiasme le jeune homme ; c’est dit ; j’agirai suivant vos conseils.

En ce moment, le roulement d’une voiture retentit sur le pavé.

— Chut ! prononça M. Polydor ; ce doit être Sans-Malice.

Le 13e en littérature

La Butte-aux-Cailles

Les apaches de la Butte-aux-Cailles

par
Lucien Victor-Meunier

Très peu de Parisiens, assurément, connaissent la « Butte-aux-Cailles ». C'est très loin, très loin, passé la place d'Italie, au diable dans ces régions où l'on ne va pas...

(1907)

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La Butte-aux-Cailles

Madame Sept-Quatre

par
William Cobb
(Jules Lermina)

En tournant le dos à la Seine, à la hauteur du pont des Arts, et en s'engageant en ligne droite sur la rive gauche, on laisse à droite le cimetière Montparnasse et on parvient aux anciens boulevards extérieurs. Là se trouve le boulevard d’Italie et l’ex barrière du même nom.
À deux pas, un peu sur la droite, s’étend l’un des quartiers les plus curieux et les moins connus de Paris.
C’est la butte aux Cailles.

(1873)

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De la place d'Italie à la Bièvre via l'avenue de la soeur Rosalie et la ruelle des Reculettes

Le faiseur de momies

par
Georges Spitzmuller et Armand Le Gay

Dans ce roman paru en feuilleton dans Le Matin, Georges Spitzmuller et Armand Le Gay emmènent leur lecteur sur la piste de M. Ducroc, chef de la sûreté, pour qui le XIIIe arrondissement n'avait pas de secret.

(1912)

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La rue du Dessous-des-Berges

La dame de pique

par
Jules de Gastyne

Il existe à Paris, dans les quartiers perdus, des rues mornes et désertes qu'on traverse avec un sentiment de stupeur.

(1906)

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A travers la Maison-Blanche

Les apaches de la Butte-aux-Cailles

par
Lucien Victor-Meunier

Un instant plus tard, elle était dehors dans le terrain vague qui descendait en pente rapide vers la vallée de la Bièvre...

(1907)

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La poterne des Peupliers

La vague rouge

par
J. H. Rosny Ainé

Un homme s'arrêta sur la route, près de Gentilly. Il considéra le paysage misérable et puissant, les fumées vénéneuses, l'occident frais et jeune comme aux temps de la Gaule celtique.
Si l'auteur nomme une poterne des Tilleuils, c'est bien de la poterne des Peupliers dont s'agit.

(1910)

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La rue des Peupliers

Perdues dans Paris

par
Jules Mary

Un des coins de Paris, misérable et sinistre. La longée des fortifications plantées d'arbres en double ou triple rangée, le côtoie pourtant de verdures plaisantes durant la belle saison, mais, en réalité, sépare pour ainsi dire cette région parisienne du reste du monde. Du haut de la rue des Peupliers...

(1908)

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Un Treizième à découvrir dans...

Saviez-vous que... ?

En janvier 1904, la Préfecture de police interdisait à la « Goulue » (Mme Louise Weber épouse Droxeler), dont la ménagerie était installée boulevard Kellermann, de continuer ses exercices, tant qu'elle n'aurait pas procédé aux réparations qui lui avaient été prescrites. La sécurité des cages n'était pas, paraît-il, suffisante.

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Le lundi 6 mai 1878, le cardinal-archevêque de Paris visita et bénit à trois heures, la nouvelle crèche fondée rue de la Glacière, 41, et confiée aux sœurs de Saint-Vincent-de-Paul. Le maire de l'arrondissement, M. Duplessis, et plus de deux cents personnes assistèrent à cette touchante cérémonie.

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La statue de Jeanne d'Arc, dûe au sculpteur Emile-François Chatrousse (1829-1896), installée boulevard Saint-Marcel n'est pas unique. Un second tirage est installé à la Maison de la Légion d'Honneur à Saint-Denis.

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Ce n'est qu'en 1867, que la route de Fontainebleau devint officiellement l'avenue d'Italie.

L'image du jour

L'image du jour
Une crue de la Seine, quai de la Gare, en janvier 1920

La vue est orientée vers l'aval. On distingue le viaduc du métro du pont de Bercy.