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 paris-treizieme.fr — La maison hantée ou les esprits « frappeurs »

La maison hantée ou les esprits « frappeurs »

Le Petit Parisien — 7 avril 1920
La rue de Patay en direction de la porte de Vitry. Le 87 est sur la droite.

C'est au 87 de la rue de Patay.

Là, dans un appartement, modeste de deux pièces encombré de meubles et de penderies — ce dernier détail a peut-être son importance — est installée, depuis plus d'une année, une famille composée du père, un sexagénaire, ébéniste, de sa belle-sœur qui fut infirmière, et de son jeune fils, âgé de seize ans, électricien. Braves gens qui avaient une excellente réputation dans le quartier. Mais, s'ils avaient l'estime des vivants, ils étaient, devenus tout à coup en butte aux facéties étranges de malins esprits…

Le 14 juillet dernier, cela commença par de singulières fantaisies sur les horloges et pendules. C'étaient toutes les aiguilles qui, tout à coup, rétrogradaient de trois heures. Puis une pendule elle-même qui trônait sur une cheminée disparut. On la retrouva dans le buffet, tapie sous un paquet de chiffons. Cela se compliqua bientôt de bris de verres, de tasses. Tandis que nos gens étaient à table, dans la salie à manger, au soir, des verres, venant de la cuisine, dont la porte était fermée, allant folâtrer un instant au plafond, tombèrent dans les assiettes pour s'y briser. On eût été frappé à moins. C'est à la nuit, vers neuf heures, que commençaient ces mystérieuses fantaisies, et elles se prolongeaient jusque vers dix, onze heures.

Les esprits, d'ailleurs, ne s'en tenaient pas là. Le père, le fils, à qui ils paraissaient particulièrement s'en prendre, recevaient tout à coup des coups envoyés par d'invisibles points. Couchés, ils recevaient des coups d'oreiller. D'autres fois, au contraire, les esprits, sans doute en de meilleures dispositions, leur passaient les mains d'une façon caressante sur la poitrine, « comme pour les masser », disaient-ils !... Ils affirment, d'ailleurs, avoir aperçu un bras, des bras, avec des mains fines et soignées… Des fois, ils ont voulu saisir ces étranges apparitions, mais un coup violent sur le poignet les arrêtait…

Puis, quand la séance est terminée, c'est une main qui leur prend la main encore en manière d’adieu… ou d'aurevoir. Un vrai film…

Et bien d'autres incidents en qui le mystère le dispute au pittoresque. C'est un œuf enfermé dans un placard qui s'échappe et vient s'écraser contre la glace. C'est une petite somme 200 francs, déposée un instant sur le buffet, qui s'évanouit, pour reparaître un mois plus tard' cousue dans la doublure du veston du vieil homme. Étrange !...

Mais écoutons le concierge de l'immeuble :

— Moi, je ne suis pas de ceux qui s'en laissent conter, monsieur. Et pourtant. Je disais à ma femme : « Tu es folle avec tes histoires... » Puis j'ai voulu en avoir le cœur net. Un soir, je suis monté chez ces gens. Je leur ai dit : « Ne vous occupez pas de moi, mangez... » Je m'installe. J'ai l’œil aux aguets partout. Une demi-heure se passe. Rien. Je commençais à triompher… « Parbleu ! ce sont des blagues… » Tout à coup, au moment où l'on venait de débarrasser la table, voilà celle-ci qui « part en promenade ». Je me lève. Et v'lan ! Un grand coup de poing dessus. Et je crie : « Si t'es un esprit, ça va bien, dis-nous une bonne fois ce que tu veux, et que cela finisse… » Mais la table ne s'arrête pas du coup.

Enfin elle se calme. Bon, je prends une chaise, je relève la toile cirée qui couvre la table, et je ne perds pas celle-ci de l'œil. Vingt minutes se passent. Soudain elle bondit sur moi, et je la reçois sur le ventre…

J'en avais assez vu pour être édifié. « II y a du mystère là-dedans, en effet » que j'avoue. Et, je m'apprête à sortir. Au moment où j'ouvre la porte, je sens quelque chose qui me passe près de la figure — si c'est un esprit, il vise mal — et, qui s'en va cogner contre le mur du palier en face. C'était une bobine de fil blanc, — cette malice !

Il y a un gardien de la paix qui habite la maison, je le convoque le lendemain, et nous emmenons avec nous deux témoins, deux commerçants voisins. Nous passons trois heures dans l'appartement. Première heure, rien. Les amis que j'avais amenés là commençaient à me regarder d'un air narquois. Soudain, voici un petit plat à barbe qui dégringole du plafond, cogne la suspension et s'écrase sur la table. L'agent dit : « Tout de même ! ... » Puis c'est une tasse qui, venant de la chambre voisine, s'en va ricocher sur un mur, tombe sur le bras de l'agent et se brise à terre, — ces esprits-là doivent avoir partie liée avec un marchand de vaisselle — les débris en étaient brûlants. J'étais accoudé sur le buffet. Monsieur, j'ai vu cela comme je vous vois. Voilà-t-il pas qu'un encrier dégringole de l'étagère, près de ma main, rebondit, saute sur la table, et roule sur le plancher…

Nous étions partis, suffisamment instruits, quand, encore sur le palier, et la porte refermée, nous entendons un brouhaha, un cri. Le pauvre homme de père venait de recevoir sur la tête un oignon, parti d'un placard fermé, et qui venait, en fin de course, de casser un carreau de la fenêtre…

Eh bien ! monsieur, il n'y a pas de doute, il y a là-dedans « du spirite » et du « médium ». On raconte... mais, n'est-ce pas, ce ne sont sans doute que des on-dit... qu'il y a dans la famille un parent avec lequel celle-ci est assez mal, et qui fait du spiritisme. Ces pauvres gens croient plutôt que ce sont des « morts » qui viennent ainsi troubler leur tranquillité et qui ont quelque chose à leur dire…

Entre nous, ils devraient bien, une bonne fois, raconter ce qu'ils ont dire. En attendant, les « victimes » ont décidé de s'adresser à une confrérie de spirites, pour essayer de percer le mystère… Il y a bien la police aussi… mais y verra-t-elle bien clair, dans cette affaire avec des êtres invisibles ?...

Et tout le quartier ne s'entretient que de la maison hantée. On vient de la place d'Italie et même de la Bastille pour la voir.

Mystère ou mystification ?...

M. B.


Sur la rue de Patay

Historique

  • La rue de Patay (695 mètres, entre le boulevard Masséna, et la rue de Domrémy, 25) fut ouverte par arrêté préfectoral du 21 novembre 1855, sous le nom de boulevard de Vitry.
    Par décret du 2 octobre 1865, elle reçut sa dénomination présente, à cause du voisinage de la place Jeanne-d'Arc, et en mémoire de la victoire que Jeanne remporta sur les Anglais de Talbot en 1429. (Petite histoire des rues de Paris, 1913)

En lien avec la rue de Patay

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Dès les années 1880, l'envoûtement de la Bièvre pour des raisons sanitaires était à l'ordre du jour mais on reculait car cela signifait la mise à mort de toutes les industries qui utilisaient l'eau de la Bièvre et faisaient vivre le quartier Saint-Marcel.

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Le 25 janvier 1892, 24 vaches et 3 juments étaient en vente à la suite d’une décision judiciaire au 22 de la rue Corvisart. Il y avait certainement un nourrisseur à cette adresse. En tout cas, en 1921, c’était plutôt une mégisserie.

L'image du jour

Percement de l'avenue des Gobelins (1868)

La vue est prise de la place d'Italie dont on abaisse le niveau de près de deux mètres pour la pente de la nouvelle avenue soit moins forte. La construction métallique à droite, c'est le marché couvert des Gobelins. Il fonctionnera jusqu'à la fin du siècle avant d'être remplacé par le marché Blanqui. Avec l'ouverture de la rue Primatice, le marché couvert sera coupé en deux. La partie côté Gobelins sera démolie ; la partie côté boulevard de l'Hôpital subsistera jusqu'aux années 1970.  ♦