Le nouveau puits artésien
Le Siècle — 18 aout 1869
Nous avons annoncé dernièrement qu'un nouveau puits artésien venait d'être creusé sur le boulevard de la Gare, dans la raffinerie de M. Say ; c'est le 26 juillet, à dix heures du matin, que l'eau a commencé à jaillir de ce forage, qui a été exécuté sous les ordres de MM. Dru, ingénieurs civils. Paris possède donc maintenant trois puits artésiens, qui tous trois traversent la couche de craie pour arriver à la nappe des grès verts. Le puits de Grenelle, qui est le plus ancien, a été foré par M. Mulot, au milieu de difficultés innombrables résultant de l'imperfection de l'outillage, ainsi que de l'incertitude où l'on était et de la profondeur qu'il fallait atteindre et de la nature des couches qu'il fallait traverser. Ce puits a jailli en 1851.
Le puits de Passy, affecté à l'alimentation du bois de Boulogne, a été terminé vingt ans plus tard ; il a été creusé par M. Kind. Le résultat obtenu par ce second forage a vérifié les présomptions de certains ingénieurs, tant sur l'étendue que sur la continuité des grès verts sous Paris, et il a révélé l'existence, de deux nappes jaillissantes dans la partie supérieure de cette formation aquifère, formation qui du reste n'a jamais été traversée entièrement.
Les conjectures sur la composition du sous-sol ayant fait place à la certitude, M. Say résolut de faire chercher dans le terrain même de son usine l'immense quantité d'eau qui lui est nécessaire ; il confia l'entreprise aux habiles Ingénieurs dont nous avons cité le nom en commençant, et la réussite est venue couronner l'œuvre. Ce dernier sondage a confirmé ce que les deux autres avaient révélé déjà, c'est-à-dire que le gisement des couches est extrêmement régulier. C'est au point qu'au puits de Grenelle la première couche des sables verts a été rencontrée à 546 mètres 50 de profondeur, et qu'au puits de Passy, en tenant compte des différences de niveau, on l’a trouvée à 577 mètres, d'où on avait conclu que, chez M. Say, on la rencontrerait entre 562 et 565 mètres ; or, on l'y a trouvée, à 563 m. 74 c. Il était difficile d'être plus précis.
Quant au débit, ces trois puits sont loin d'être équivalents : celui de Grenelle, qui primitivement fournissait 2,200 litres à la minute au ras du sol, n'en a plus débité que 665 à l'altitude de 33 mètres, qui est cette de l’orifice de sa colonne. Ce débit a été réduit de 460 litres après le percement du puits de Passy, et il vient de, descendre à 400 litres par le fait de l'ouverture du puits de la Gare.
Le puits de Passy a d'abord, fourni 15,000 mètres cubes en vingt-quatre heures, soit plus de 10 mètres par minute ; mais bientôt l’imperfection de son tubage rendit son débit, presque nul. Cependant, par une réparation, on est parvenu à lui rendre un débit de 6 à 7,000 mètres par vingt-quatre heures ; mais il n'a pu recouvrer son rendement normal.
Quant au puits de M. Say, il fournit à peu près 4.000 Iitres à la minute ; toutefois, comme on se propose d’élever une colonne hydraulique pour le service de l'usine, il est probable que son débit définitif sera de 3.000 litres par minute, ou deux millions cent soixante mille litres par 24 heures. Trouble d'abord et fortement saturée de sable, cette eau a commencé à s'éclaircir au bout de quelques heures, et maintenant elle est d'une extrême limpidité.
La couche des grés verts est la plus abondante en eau que l’on connaisse, celle où l’eau jaillit le mieux. Cela provient de l’altitude des endroits où elle prend naissance, c'est-à-dire où elle affleure au sol. Or, cet affleurement ayant lieu sur les hauteurs qui séparent le bassin de la Meuse de celui de la Seine, à 200 mètres au-dessus du niveau de la Seine, ou à 148 mètres au-dessus du niveau moyen de Paris, l'eau qu'absorbe cette couche et qui s’y est formée en nappe peut monter à 90 mètres au-dessus du sol de l'abattoir de Grenelle et à 80 mètres au-dessus du pavé de la cour de M. Say.
Dans quelques années, Paris possédera deux puits artésiens de plus : celui de la place Hébert, dans le dix-huitième arrondissement, et le puits de la Butte-aux-Cailles, dans le treizième arrondissement. Le forage de ce dernier est encore confié aux soins de MM. Dru.
Aller ainsi chercher les eaux jusques dans leurs retraites les plus cachées, aller puiser dans ces rivières souterraines qui sont étagées dans les profondeurs du globe, voilà où doit tendre la science moderne.
Ce procédé a le double mérite d’être plus économique que celui des dérivations et de ne déposséder aucune contrée des cours d'eau que la nature lui a donnés.
Charles Louft
La raffinerie Say
Lorsqu'on regarde des plans de Paris de la première moitié du XIXè siècle, on constate qu'un "cimetière du sud-est" est souvent dessiné à droite de la barrière de Fontainebleau en sortant de Paris. Ce cimetière, qui ne verra jamais le jour, devait être le pendant de celui, créé celui-là, qui deviendra le cimetière du Montparnasse. Dès lors, le coin nord-ouest du futur quartier de Gare, changera de destin, restant pour quelques années encore la partie la plus excentrée d'Ivry mais vivant de sa proximité immédiate de Paris.
La nouvelle raffinerie de la Jamaïque
En 1828, une raffinerie de sucre dite la "nouvelle raffinerie de la Jamaïque" sise "boulevard de l'hôpital extérieur" sur la commune d'Ivry, est à vendre sur licitation. On ignore quand cette raffinerie a été créée mais on sait qu'en 1826, un inventaire de succession en témoigne, elle était dans le patrimoine d'un nommé Jean-Amable de Juré (1773-1826), né à Nantes, colon réfugié de Saint-Domingue et qu'elle était exploitée par un nommé J.-J. Prévost qui possédait une autre raffinerie de sucre à Paris et qui se désintéressa, en 1830, de celle d'Ivry.
Cette vente sur licitation fut de toute évidence infructueuse, mais il est sûr qu'après de retrait de J.-J Prévost, la raffinerie devint en 1831 la propriété de Louis Say qui exploitait déjà une raffinerie à Nantes. Louis Say décèdera en 1840. La raffinerie sera exploitée ensuite par Constant Say, puis Henri Say qui s'associera avec Ernest Cronier.
En 1905, ce dernier tentera une opération de manipulation du cours des sucres qui échouera. Ce sera le "Krach des sucres". Il y laissera sa fortune et la vie puisqu'il se suicidera devant le désastre.
La raffinerie Say vue en 1890
Les articles publiés lors du "Krach des sucres"
- Histoire de la raffinerie Say (La Gazette de France - 2 septembre 1905)
- Histoire de la raffinerie Say (La Gironde - 5 septembre 1905) - plus complet que le précédent
- A la raffinerie Say (L'Illustration - 9 septembre 1905)
L'accident de 1908
Voir aussi
La raffinerie Say se dota en 1869 d'un puits artésien construit en moins de 2 ans sans aucun problème tandis que le puits artésien de la butte-aux-Cailles, lancé 5 ans plus tôt s'enfonçait dans les difficultés. Un second puits fut creusé en 1936.










La première boucherie de viande de cheval a été ouverte le lundi 9 juillet 1866, boulevard d'ltalie, 3, ancienne barrière de Fontainebleau. Le prix de cette viande, qui était vendue sans os non adhérents aux morceaux (sans réjouissance), était d'environ deux tiers moins élevé que celui du bœuf.