La raffinerie Say
La Gazette de France — 2 septembre 1905
Le Conseil d’administration de la raffinerie Say a tenu, comme nous l’avons déjà dit, une réunion dans laquelle il a nommé M. Peytel administrateur provisoire. Ils ont en même temps décidé d’avancer immédiatement chacun une somme de cinq cent mille francs (soit un total de cinq million») pour assurer la marche de l’exploitation, si c'était nécessaire. Mais on ne croit pas qu’il faudra recourir à cette mesure.
Voici quelques détails sur cet important établissement :
Au début de l’année 1832, M. Louis Say, qui était raffineur à Nantes sous la raison sociale Louis Say et Cie, vint à Paris dans le but de fonder une raffinerie de sucre. Son attention se porta immédiatement sur les terrains qu’on appelait alors la plaine d’Ivry, vaste étendue occupée par des maraîchers et des horticulteurs. Ce terrain se trouvait en dehors de l’enceinte de Paris, les fortifications n’existant pas encore, au hameau des Deux-Moulins, nom dû à la présence de deux moulins de l’hôpital général, aujourd’hui la Salpétrière.
La situation de la nouvelle raffinerie, à une époque où les chemins de fer n’existaient pas, semblait fort bien choisie, à la porte de Paris, mais en dehors des limites de l’octroi, à proximité de la Gare d’eau, de façon à se rapprocher des grandes villes du centre de la France, en même temps qu’elle pouvait recevoir un approvisionnement facile en sucres de canne des colonies françaises ou du Brésil, par Nantes et le Havre, au moyen des canaux et des fleuves.
Le 1er août de la même année, les travaux étaient en partie terminés et la nouvelle raffinerie fonctionnait sous la raison sociale : Louis Say père et fils et Cie.
M. Louis Say incorporait à la nouvelle maison de Paris son ancienne maison de Nantes, en même temps qu’il réservait l’avenir pour ses trois fils, bien jeunes encore : Constant, Adolphe et Louis.
L’usine fut baptisée : « Raffinerie de la Jamaïque. »
Les lettres s’adressaient alors :
MM. Louis Say père et fils et Cie,
Raffinerie de la Jamaïque,
près et
hors la barrière des Deux-Moulins, Ivry.
Le 21 février 1834, la société se modifiait par l’entrée de M. Constant Duméril, parent du savant professeur au Muséum d’histoire naturelle, et dont le nom a été donné à l’ancienne rue du Marché-aux-Chevaux. La raison sociale devenait « Say père et fils et Duméril.»
À la mort de M. Louis Say père, en juin 1840, la société est reconstituée ; elle comprend M. Constant Say, M. Duméril, M. Adolphe Say, M. Louis Say et un cinquième associé non dénommé, M. Delaroche.
Le bilan du 30 juin 1846 n’a plus que deux signatures : MM. Constant et Louis Say.
M. Louis Say fils se retire en octobre 1848 et, à partir du 1er novembre, M. Constant Say reste seul à la tête de la Raffinerie.
M. Constant Say mourut à Biarritz le 17 août 1871, à l'âge de cinquante-six ans.
La Raffinerie continua à fonctionner sous la direction de Mme veuve Constant Say, mais pour bien peu de temps, car elle mourait huit mois après son mari, le 14 avril 1872. Elle n’avait eu que le temps de confirmer les institutions de prévoyance créées par M. Say.
En mourant, Mme Say laissait trois enfants, dont deux mineurs. Pour réserver leurs intérêts, il y eut d’abord liquidation provisoire du mois d’avril au 30 juin 1872 ; puis, par acte du 23 juillet de la même année, la Raffinerie fut placée sous cette nouvelle formule :
Société anonyme de la raffinerie-Constant Say au capital de 14 millions de francs.
En mars 1873, M. Ernest Cronier entre à la raffinerie et prend spécialement la direction technique de l’usine ; il devient actionnaire de la société.
M. de Forcaville prenant sa retraite au mois de mars 1877, pour des raisons de santé, M. Cronier est nommé membre du Conseil d’administration et administrateur délégué.
La société anonyme créée pour une période de neuf années fut prorogée successivement en 1881 et en 1890. La société comprit, en 1892, les petits-fils de M. Constant Say, puis, le 25 mai 1895, M. Henry Say, réalisant le vœu fondamental de son père et de sa mère, créait une nouvelle société sous la dénomination :
Raffinerie C. Say Henry Say et Cie.
M. Ernest Cronier prenait le titre de directeur général de la raffinerie, et conservait comme collaborateurs MM. Pélissier, de Temmerman et Lefort.
À la mort de M. Henry Say, la société reprit sa forme précédente, avec un capital de 32 millions de francs, porté ensuite à 38 millions 250.000 francs.
C’est sous la direction de M. Cronier que la raffinerie Say prit les développements qui en ont fait le premier établissement de l’Europe dans sa spécialité.
La raffinerie Say a une exportation considérable, car les grands mangeurs de sucre, ce n’est pas nous pourtant, c’est l’Anglais : il lui en faut ses 30 kilos par an. Ensuite viennent les États-Unis avec 29 kilos, le Danemark 22 kilos, la Suisse 22, la Suède et la Norvège 15, la France 12, l’Allemagne 12, la Hollande 11, l’Italie et la Belgique 10, l’Autriche 8 kilos.
C’est la Russie qui en consomme le moins : 6 kilos par an et par tête, lui suffisent.
La consommation totale du sucre s’élève environ à 12 millions de tonnes par an, dont un peu plus de la moitié est fournie par la betterave. Si l’on veut bien considérer que cette énorme production est centralisée dans quelques mains, on comprendra le jeu effréné qui est permis à la spéculation et qui fait qu’un Cronier, par exemple, qui gagnait vingt millions, il y a quelques semaines, en perdait quatre-vingt ou cent, il y a quatre jours et sautait.
La raffinerie Say a été fermée hier et avant-hier, tant pour les obsèques de M. Cronier que pour l’inventaire annuel obligatoire.
La raffinerie de la Jamaïque préexistait à l'arrivée de Louis Say à Paris. Les affirmations de l'article sont sont à recevoir avec prudence. (NdE)
La raffinerie Say
Lorsqu'on regarde des plans de Paris de la première moitié du XIXè siècle, on constate qu'un "cimetière du sud-est" est souvent dessiné à droite de la barrière de Fontainebleau en sortant de Paris. Ce cimetière, qui ne verra jamais le jour, devait être le pendant de celui, créé celui-là, qui deviendra le cimetière du Montparnasse. Dès lors, le coin nord-ouest du futur quartier de Gare, changera de destin, restant pour quelques années encore la partie la plus excentrée d'Ivry mais vivant de sa proximité immédiate de Paris.
La nouvelle raffinerie de la Jamaïque
En 1828, une raffinerie de sucre dite la "nouvelle raffinerie de la Jamaïque" sise "boulevard de l'hôpital extérieur" sur la commune d'Ivry, est à vendre sur licitation. On ignore quand cette raffinerie a été créée mais on sait qu'en 1826, un inventaire de succession en témoigne, elle était dans le patrimoine d'un nommé Jean-Amable de Juré (1773-1826), né à Nantes, colon réfugié de Saint-Domingue et qu'elle était exploitée par un nommé J.-J. Prévost qui possédait une autre raffinerie de sucre à Paris et qui se désintéressa, en 1830, de celle d'Ivry.
Cette vente sur licitation fut de toute évidence infructueuse, mais il est sûr qu'après de retrait de J.-J Prévost, la raffinerie devint en 1831 la propriété de Louis Say qui exploitait déjà une raffinerie à Nantes. Louis Say décèdera en 1840. La raffinerie sera exploitée ensuite par Constant Say, puis Henri Say qui s'associera avec Ernest Cronier.
En 1905, ce dernier tentera une opération de manipulation du cours des sucres qui échouera. Ce sera le "Krach des sucres". Il y laissera sa fortune et la vie puisqu'il se suicidera devant le désastre.
La raffinerie Say vue en 1890
Les articles publiés lors du "Krach des sucres"
- Histoire de la raffinerie Say (La Gazette de France - 2 septembre 1905)
- Histoire de la raffinerie Say (La Gironde - 5 septembre 1905) - plus complet que le précédent
- A la raffinerie Say (L'Illustration - 9 septembre 1905)
L'accident de 1908
Voir aussi
La raffinerie Say se dota en 1869 d'un puits artésien construit en moins de 2 ans sans aucun problème tandis que le puits artésien de la butte-aux-Cailles, lancé 5 ans plus tôt s'enfonçait dans les difficultés. Un second puits fut creusé en 1936.









