Dans la presse...

 L’enterrement de Blanqui

L’enterrement de Blanqui

Le Figaro — 5 janvier 1881

Ce n'est qu'hier soir, à six heures, que l'administration des Pompes funèbres a été informée, par la mairie du treizième arrondissement, de l'heure officielle des obsèques de Blanqui et de la classe choisie par la famille, pour le corbillard et les tentures.

L'heure de onze heures indiquée par la plupart des journaux avancés est inexacte, mais c'est évidemment à dessein que cette erreur a été commise. En imposant une heure d'attente à la foule, on espère la rendre plus compacte. Le convoi ne quittera la maison mortuaire, 25, boulevard d'Italie, qu'à midi précis.

Le corbillard, est un corbillard de cinquième classe, celui qui vient immédiatement avant le char des pauvres. Il est à galerie bronzée, avec une petite garniture argent. Trois berlines ou voitures de deuil, de même classe, suivront le char. Ces voitures sont réservées à la sœur de Blanqui, Mme Antoine, à sa nièce, Mme Barrelier, et aux autres femmes qui doivent accompagner le cortège.

Dès dix heures du matin, le corps de Blanqui, qui a été mis en bière hier soir, sera exposé, soit dans l'allée de la maison mortuaire, soit dans une des pièces du logement qu'il occupait, au cas où l'allée serait reconnue trop étroite pour y faire cette exposition. A quelque parti que l'on s'arrête, d'ailleurs, la devanture de l'allée sera tendue de noir.

Mme Antoine-a passé toute la journée d'hier auprès du corps, de son frère, recevant elle-même les personnes qui venaient s'inscrire et dont le nombre a considérablement augmenté depuis la veille. Toutes les personnalités de la Commune, rentrées à Paris depuis l'amnistie, ont cru de leur devoir d'accomplir hier le pèlerinage du boulevard d'Italie et d'apposer leurs noms sur le registre dont nous avons parlé. Plusieurs couronnes, envoyées de province, sont arrivées dans l'après-midi et ont été déposées sur le lit où repose Blanqui, une couronne de feuilles de chêne vert au-dessus de la tête, et deux palmes en or sur les pieds.

Le lieu de l'inhumation est maintenant définitivement arrêté. Après de nombreuses démarches et de non moins nombreuses hésitations, on s'est décidé pour le cimetière du Père-Lachaise.

La maison mortuaire, 25 boulevard d'Italie. Blanqui est mort dans une petite pièce au 5e étage
Le boulevard d'Italie prendra le nom de Blanqui en 1905

Dès avant-hier, dans l'après-midi, deux amis du défunt, MM. Martinet et Granger, se sont présentés au bureau du conservateur du cimetière, où ils ont demandé divers renseignements touchant le prix d'acquisition d'un terrain et les formalités à remplir. Munis de ces renseignements, ils se sont retirés en promettant de revenir le lendemain, et ils sont effectivement revenus hier, à midi.

On sait que depuis plusieurs années on n'enterre plus dans les anciens cimetières que les personnes déjà propriétaires d'un terrain à perpétuité.

On a laissé, il est vrai, aux familles qui n'en ont pas, la faculté d'en acheter un, mais à la condition de le payer comptant ; l'ancien délai de cinq ans donné aux acquéreurs est supprimé.

Pour se conformer à la nouvelle loi, MM. Martinet et Granger ont versé hier entre les mains du conservateur du Père-Lachaise la somme de cinq cent vingt-huit francs, soit cinq cents francs pour le prix du terrain, et vingt-huit francs pour les frais.

Moyennant cette somme, la famille Blanqui devient propriétaire à perpétuité d'un terrain dont l'emplacement reste à choisir, et sur lequel, une fois choisi, elle fera, à son gré, creuser un caveau et élever un monument.

Mais en attendant, cette acquisition lui donne le droit de faire, dès à présent, enterrer Blanqui dans un caveau provisoire du cimetière, et c'est dans ce caveau provisoire que Blanqui sera enterré aujourd'hui.

Ledit caveau est situé au rond-point, dit le rond-point de Casimir Périer. Il appartient à un entrepreneur nommé Debergue.et fait exactement face à la statue de l'ancien ministre de Louis-Philippe. Il est encadré à droite par un monument élevé à la famille Mallet et à gauche par le monument des familles Fortin et Fortin-Beaulieu. Une simple pierre plate le recouvre. Cette pierre disparaissait presque en entier hier sous les bouquets et sous les fleurs déposées par les parents d'autres morts qui y reposent déjà ; elle sera naturellement enlevée ce matin pour laisser libre l'entrée du caveau.

Par une coïncidence assez singulière, la tombe qui se dresse de l'autre côté du rond-point, juste en face le caveau provisoire de Blanqui, et regardant le dos de la statue de Casimir Périer, est la tombe de Raspail. Les deux fameux révolutionnaires, les deux éternels ennemis de la police et des Jésuites vont donc, pendant quelque temps reposer en face l'un de l'autre.

Nous avons dit que le convoi quitterait la maison mortuaire à midi précis. Il suivra pour se rendre au Père Lachaise l'itinéraire suivant :

Le boulevard d'Italie, la place d'Italie, le boulevard de l'Hôpital, la place Walhubert, le pont d'Austerlitz, la place Mazas, le boulevard Contrescarpe, la place de la Bastille et la rue de la Roquette.

Il n'est guère probable que le cortège arrive au cimetière avant une heure et demie.

Quelle sera l'attitude de la foule qui suivra le char ? Quelle sera l'attitude de la foule sur son passage ? Ce sont là des questions auxquelles il est impossible de répondre aujourd'hui. Nous voulons espérer que tout se passera le plus tranquillement du monde et que les amis de Blanqui seront les premiers, à empêcher toute manifestation révolutionnaire de quelque nature qu'elle soit. Nous devons ajouter cependant qu'on était assez inquiet hier soir dans les bureaux de rédaction des journaux les plus intransigeants, relativement aux intentions des manifestants et aux incidents qui pourraient en résulter. On se souvient qu'en 1848 dans les clubs, Blanqui a déclaré ne reconnaître qu’un drapeau : le drapeau rouge...

Toutefois, on espère encore que la présence de M. Clémenceau, député de Montmartre, qui a décidément accepté de marcher en tête du cortège et de prononcer un discours sur la tombe de Blanqui, empêchera toute manifestation dangereuse.

MM. Laisant et Rochefort ont aussi promis, nous assure-t-on, d'assister aux obsèques.

Outre le discours- de M. Clémenceau, on parle toujours d'un discours de l'ex-général Eudes et d'un discours de la citoyenne Louise Michel… sans compter l'imprévu, c'est-à-dire l'inquiétant.

X.

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En 1930, les Primistères parisiens avaient des magasins aux adresses suivantes : Rues, des Cinq-Diamants, 33 et 56 ; du Château-des- Rentiers, 54 et 135 ; Bourgon, 19 ; Nationale, 151 ; du Moulin-des-Prés, 9 ; de Patay, 92 ; Albert, 67 ; Baudricourt, 75 ; avenues : d'Italie, 52, 100, 198 et 180; d'Ivry, 41 ; de Choisy, 39 ; de Tolbiac, 169; boutevard de la Gare, 132 et 171.

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En 1865, les frères Goncourt passaient une journée dans le 13e :
« Jeudi, 16 mars. — Nous avons passé la journée chez Burty, rue du Petit-Banquier, dans un quartier perdu et champêtre, qui sont le nourrisseur et le marché aux chevaux. Un intérieur d’art, une resserre de livres de lithographies, d’esquisses peintes, de dessins, de faïences ; un jardinet ; des femmes ; une petite fille ; un petit chien, et des heures où l’un feuillette des cartons effleurés par la robe d’une jeune, grasse et gaie chanteuse, au nom de Mlle Hermann. Une atmosphère de cordialité, de bonne enfance, de famille heureuse, qui reporte la pensée à ces ménages artistiques et bourgeois du dix-huitième siècle. C’est un peu une maison riante et lumineuse, telle qu’on s’imagine la maison d’un Fragonard. »

L'image du jour

Une crue de la Seine, quai de la Gare, en janvier 1920

La vue est orientée vers l'aval. On distingue le viaduc du métro du pont de Bercy.