Dans la presse...



La Mie de Pain

L’Éclair — 8 janvier 1906

Dans l’un des quartiers les plus déshérités de Paris, au delà de la place d’Italie, derrière la Butte-aux-Cailles, voici quinze hivers que, par l’inlassable dévouement d’un homme de bien, la Mie de Pain vient en aide à des milliers et des milliers de malheureux.

C’est, en effet, pendant le rude hiver de 1891, que M. P. Enfert, directeur du patronage de Saint-Joseph de la Maison-Blanche, songea à utiliser et à grouper le zèle charitable des apprentis et des jeunes ouvriers de son patronage : ceux-ci, déjà, parcouraient les masures et les mansardes du quartier, visitant les vieillards, les infirmes, tous ceux qu’abattait la misère, leur portant, prélevé sur leur modeste salaire, le petit secours, quelquefois le morceau de pain qui empêche de mourir de faim.

M. Enfert voulut rendre régulier et quotidien l’exercice de cette charité et il convia les enfants de son patronage à venir, la journée de travail terminée, se mettre au service des malheureux pour leur préparer, chaque soir, une soupe réconfortante.

Et voilà quinze hivers que des générations successives de jeunes ouvriers, ne regardant pas, puisque c’est pour le bien, à prolonger de quelques heures la journée déjà si longue et si dure, se mettent gaillardement à l’ouvrage, épluchent les pommes de terre, taillent le pain, préparent de vastes bassines de bouillon, qu’ils vont servir eux-mêmes tout à l’heure aux malheureux.

Ce sera dans un réfectoire, vaste salle dont les murs blanchâtres portent pour tout ornement un crucifix que surmonte cette inscription : « Aimez-vous les uns les autres » et, dans le fond, entre deux affiches contre l’alcoolisme, sur un écusson, ces mots : « Dieu et Patrie ».

Cent cinquante malheureux peuvent prendre place autour de longues tables où viendront s’aligner les gamelles qu’y apportent les jeunes gens, en tablier blanc, le béret sur la tête, empressés à servir ceux qui souffrent. Puis, leur frugal repas absorbé, M. Enfert leur dit quelques réconfortantes paroles, et ils s’en vont, sans poussée ni tumulte, faisant place à ceux qui, dehors, attendent leur tour : chaque soir, il en vient ainsi de cinq cents à huit cents et chaque hiver, la Mie de Pain distribue de 50,000 à 60,000 litres de soupe.

Mais l’œuvre de M. Enfert ne se borne pas là : Où dormiront ces malheureux ? On pensa d’abord à leur offrir un gîte dans le patronage même, mais on dut y renoncer à cause du personnel et du matériel qui auraient été nécessaires. M. Enfert distribue simplement, à ceux qui n’ont pas d’abri, des bons de logement grâce auxquels ils sont accueillis dans les garnis du quartier.

Telle est l’œuvre admirable qui, depuis tant d’années, a sauvé des milliers de malheureux. Mais si les dévouements ne manquent point à la Mie de Pain, c’est de la Providence seule qu’elle attend ses ressources et, pour continuer son œuvre, M. Enfert fait appel à la charité de tous. Il y a deux moyens de collaborer efficacement avec cet homme de cœur : la Mie de Pain a ouvert une loterie dont chaque billet représente une bonne soupe pour quelques malheureux ; on peut encore envoyer une offrande, si petite soit-elle, au 54 de la rue Bobillot, là où se trouve le réfectoire, où, par surcroît, on distribue aux pauvres, des bons de couchage et des bons de pain — là où se trouvent encore un vestiaire, un service de consultations médicales gratuites, un service de bains, douches, hydrothérapie, massage et pansement gratuits, un bureau de correspondance, car cette œuvre qui pourvoit à tous les aspects et à tous les besoins de la misère prolonge ses efforts bienfaisants en rendant leur famille aux malheureux, en leur faisant délivrer leurs papiers d’état-civil, en les rapatriant dans le village où, définitivement, ils retrouveront du travail et du pain.

Mais il est urgent d’intervenir : les ressources manquent et les malheureux ont faim.


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La voiture de « la Mie de pain » - Le Figaro – 5 mars 1897


La Mie de pain aujourd'hui

Saviez-vous que ...

L'image du jour

Les quais de la station Maison-Blanche de la petite ceinture

Vu dans la presse...

1921

La piscine de la Butte-aux-Cailles sera le type des piscines futures

D'une architecture utilitaire, le bâtiment accolé aux bains-douches, place Paul-Verlaine, aura son entrée spéciale conduisant à trois étages de 50 cabines chacun. Chaque étage aura sa couleur particulière, à laquelle répondront les couleurs des caleçons. (1921)

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1883

Effondrement d'une maison place Pinel

Mercredi matin, vers dix heures, a eu lieu un accident qui aurait pu prendre les proportions d'une véritable catastrophe.
Une maison à plusieurs étages, située place Pinel, près de la barrière d'Italie, et portant le numéro 3, a subi soudain un affaissement assez considérable, et une profonde excavation s'est produite.
On sait que tout ce quartier est construit sur les catacombes... (1883)

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1912

Un Meeting des Locataires de la Cité Jeanne-d’Arc

L'on sait que l'Assistance Publique a racheté la cité Jeanne-d'Arc pour faire démolir les noires masures qui la composent et édifier à leur place, sur les cinq mille mètres carrés qui s'étendent là, au fond de ce populeux quartier de la Gare, entre les rue Jeanne-d'Arc et Nationale, des maisons ouvrières à bon marché, gaies, saines et claires. (1912)

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1923

Tonneaux !... Tonneaux !...

Cet après-midi, à 15 heures, boulevard de la Gare, s'est disputée une originale compétition : la course des « rouleurs de futailles ». (1923)

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1901

L'orage

Un orage d'une violence extraordinaire s'est abattu hier après-midi sur Paris. Vers une heure, des nuages lourds venant du Sud-Est s'amoncelaient, et à deux heures et demie de grosses gouttes de pluie commençaient à tomber. (1901)

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1929

La transformation de Paris-Austerlitz

Depuis la mise en service, pour les messageries de Paris-Austerlitz, des vastes hangars, d'aspect solide, modernes, édifiés en bordure de la rue du Chevaleret, et dont l'entrée se trouve, ainsi que, nous l'avons dit, boulevard de la Gare, à Paris, une armée de travailleurs fait disparaître les anciens quais couverts de la rue Sauvage, ce qui aura pour, avantage de donner à ce coin plus d'air et, avec de petits bâtiments coquets, un cachet plus artistique. (1929)

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1873

De Paris à Paris par le chemin de fer de ceinture

La ligne de fer se relève aux environs de la MAISON BLANCHE, nom charmant qui s'applique à une contrée peu connue et d'un aspect étrange. C'est assurément le coin de Paris le moins fréquenté Ces solitudes attendent un historien et un géographe, et nous espérons les explorer un jour avec nos lecteurs (1873)

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1934

Les trains de voyageurs de la Petite Ceinture cesseront de fonctionner dimanche prochain

Le train à voyageurs dont le terminus est la station Maison-Blanche, qu'il atteint un peu avant 23 heures, sera le dernier à rouler sur ces voies, dimanche soir. Saluons-le, nous ne le reverrons plus ! (1934)

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1926

Un abreuvoir pour chevaux et pour chiens a été inauguré ce matin

Les badauds sont rares dans le quartier de la Gare et lorsqu'une inauguration y amène des officiels et dû « beau monde », l'assistance est aussi clairsemée que pittoresque : c'est devant une dizaine de marmots, quelques garçons bouchers et deux ou trois ménagères que la fontaine, offerte par la S.P.A. à la Ville de Paris pour étancher la soif des chevaux et des chiens, a été remise à M. Morain, préfet de police. (1926)

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1906

Le foyer d’infection de l’avenue de Choisy

Signalons, en plein Paris, un foyer d'infection « qui défie toute concurrence : 15, avenue de Choisy, entre le boulevard Masséna et la rue Gandon, existe un dépôt d'ordures ménagères. Les chats et les chiens crevés y achèvent paisiblement leur transformation dernière sous les chauds rayons du soleil de juillet. (1906)

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1883

L’accident de la place Pinel

Hier matin, vers dix heures, la concierge de la maison du n° 3 de la place Pinel descendait à la cave, une bougie à la main. Arrivée à la dernière marche de l'escalier, le sol céda sous ses pieds, et elle disparut tout à coup dans une profonde excavation. (1883)

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1877

Un nouveau pont

Un nouveau pont vient d'être construit sur la route militaire qui entoure Paris, entre la porte de la Gare et celle de Vitry. Il est parallèle au boulevard Masséna, et franchit la ligne du chemin de fer d'Orléans. De cette façon, on peut parcourir la ligne stratégique sans rencontrer d'obstacles. (1877)

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