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UNE ÉVOCATION DU 13e ARRONDISSEMENT DE 1860 AUX ANNÉES 30

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Une évocation du 13e arrondissement de 1860 aux années 30

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Le 13e dans la littérature

Littérature

Mary - La goutte de sang

137

LA GOUTTE DE SANG

par
Jules MARY
(1908)


DEUXIÈME PARTIE


La détresse d'une mère

X

[...]

Boutort alla ouvrir.

Ils se trouvèrent en présence de deux personnages d’allure invraisemblable... L’un, blond, maigre à faire peur, eût pu ressembler à l’image qu’on se fait habituellement de la mort — la mort ambulante — le squelette armé de sa faux. Et il était vêtu de haillons sordides, les pieds vaguant à l’aise dans des bottines éculées et ouvertes par où les doigts tentaient de s’affranchir. La tête était coiffée d’un morceau de chapeau. L’air était insolent et cynique. Un mauvais sourire crispait ses lèvres blêmes.

L’autre était mis proprement, habillé d’une redingote noire, d’un pantalon noir et coiffé d’un chapeau haut de forme : c’était le chanteur à la voix vigoureuse. Il avait l’œil faux et méprisant, le visage enluminé, la bouche d’un ivrogne invétéré.

En somme, deux de ces vagabonds redoutables, capables de tous les mauvais coups et qu’on n’aime point à rencontrer, passé minuit, dans les quartiers déserts.

Mirador se reprochait déjà sa condescendance envers l’homme du Midi, lorsque le squelette préluda sur son accordéon, pendant que l’autre attaquait :

Soldats français, chantons Roland,
L’honneur de la chevalerie,
Et répétons, en combattant,
Ces mots sacrés : Gloire et Patrie…

Après quoi, comme Boutort tout à l’heure, ils furent pris d’un fou rire, renversés dans des fauteuils, les mains comprimant le ventre.

— Chevillat ! Marchenoir !

— Excusez, mon capitaine, dit le squelette, — qui était Chevillat — de nous présenter à vous sous cet uniforme... Nous n’avons, Marchenoir et moi, qu'un costume propre pour nous deux et nous le mettons à tour de rôle... C’est son tour aujourd'hui, ce sera mon tour demain... À moi, demain, le chapeau de soie, et la redingote, et le grimpant. À moi, les bottes... à lui les guenilles...

— Vous êtes méconnaissables, dit Mirador... Je vous en fais mes compliments.

— Et, à partir d'aujourd’hui, on ne s’appelle plus de noms de chrétiens... Ainsi, moi, dit Boutort, je suis devenu Dingue-Dingue...

— Moi, dit Marchenoir, je suis l'Amidon, à cause que j’ai le nez qui trognonne.

— Et moi, on m'appelle Montre-Tout, dit le Squelette, parce que je ne cache rien.

Le valet de chambre de Mirador faillit tomber à la renverse en voyant son maître en pareille compagnie : Poum n’avait connu de sa vie, même parmi ses compatriotes de la brousse, des êtres aussi hideux.

Il apportait une lettre que le concierge venait de monter

— Tiens, dit l'officier surpris, cette lettre revient de la Chalade... et c’est une écriture de femme, que je ne connais pas...

Il décacheta, parcourut, et la tendit à Renaud en murmurant :

— Les pauvres filles !

Puis, aux trois compagnons :

— Voici une lettre qui va simplifier le service que j’attends de vous... En effet, j'avais compté vous employer à retrouver le meurtrier de Richard et à découvrir dans Paris, où elles sont perdues, le refuge de Modeste et de Valentine... Or, cette lettre est de Modeste, Voici ce qu’elle dit simplement, — hélas ! avec tant de douloureuse éloquence : « Nous sommes dans la plus profonde misère et nous avons recours à vous... »

Une ligne en post-scriptum indiquait une adresse : 32, rue des Peupliers...

— J'irai ! fit. Mirador... J'irai dès demain matin... La misère est fertile en mauvais conseils... et il faut, en vérité, que ces enfants...

Il s'arrêta. Renaud examinait la lettre et l’interrompit d’un geste.

— Non, Jean, vous n’irez pas. Ce serait inutile…

— Et pourquoi ?

Parce que cette lettre n’est pas de Modeste…

 — De Valentine, alors ?

— Pas plus de l’une que de l’autre... Je connais leur écriture... J’affirme.

Ils restèrent silencieux tous les cinq ; après quoi l’officier se mit à rire.

— Eh bien, j’irai quand même, car voici l'occasion cherchée, attendue... Un piège ! Nous leurs rendrons la monnaie de la pièce... Vous vouliez, camarades, entrer en relations avec les bandits qui, décidément, se déclarent nos adversaires ?... Vous êtes servis...

Ils se concertèrent jusqu’à minuit, À minuit ils se séparèrent.

*
*     *

Le lendemain, dans le courant de la matinée. Mirador se faisait déposer en voiture non loin de la porte de Bicêtre, renvoyait sa voiture et se dirigeait à pied vers la rue des Peupliers. Il s’assura qu’il n'était pas suivi, s’arrêta à plusieurs reprises, se mit en embuscade. Non, la solitude était presque complète dans ces parages. De rares passants. Aucune figure suspecte.

La porte de Bicêtre vue depuis la route militaire

Il passa devant la maison, peinte de deux couleurs violentes, rouge et bleu, et qui était isolée entre des terrains vague. Au rez-de-chaussée, un mastroquet avec un comptoir, quatre ou cinq tables vides. Et à la porte d’un corridor se balançait un écriteau jaune indiquant qu’on trouvait là des chambres meublées à prix très réduit.

Maison sinistre qui sentait son coupe-gorge d’une lieue.

Vraiment l'endroit était bien choisi pour un guet-apens.

Il entra, s’assit sur une table, frappa avec sa canne à plusieurs reprises. Mais il eut la sensation qu’on l’avait vu entrer, que sa présence, sans doute inattendue à pareille heure, avait dû surprendre des gens qui se cachaient, et il crut percevoir des voix mystérieuses dans un cabinet au fond du débit de vins.

Enfin, le patron se décida à se montrer, s’avança, essuya la table avec une serviette grasse et noire, et avec un sourire obséquieux demanda :

— Que faut-il servir à monsieur ?

— Rien, mon brave, je ne consomme pas.

— Alors ? fit le patron, dont l’œil eut comme une menace.

— Alors, c’est un renseignement que je désire... Vous êtes le gérant de la maison meublée ?

— Oui...

— Vous avez chez vous deux jeunes filles...

L’homme ne broncha pas.

— Modeste Le Brioude et Valentine Thibaudier...

— Non. Il y a erreur. Voici mon registre, Je n’ai pas ces noms-là...

Il tendit un registre crasseux que Mirador ouvrit.



Jules Mary, regardant le 13e arrondissement

Victor Anatole Jules Mary, plus connu sous le nom de Jules Mary, est né le 20 mars 1851 à Launois-sur-Vence et est décédé le 27 juillet 1922 à Paris.Il était écrivain, dramaturge et feuilletoniste français.

Ses œuvres les plus connus sont Roger-la-Honte et la Pocharde, adaptées au théâtre puis au cinéma.

La Goutte de sang

La Goutte de Sang, grand roman dramatique en trois parties, parut en feuilleton dans le Petit-Parisien à partir du 11 octobre 1908.

Deuxième partie : La détresse d'une mère

  • La Porte de Bicêtre et la rue des Peupliers à proximité de la rue Brillat-Savarin et de la poterne

Troisième partie : Perdues dans Paris

  • La rue des Peupliers

Le 13e en littérature

La Butte-aux-Cailles

Madame Sept-Quatre

par
William Cobb
(Jules Lermina)

En tournant le dos à la Seine, à la hauteur du pont des Arts, et en s'engageant en ligne droite sur la rive gauche, on laisse à droite le cimetière Montparnasse et on parvient aux anciens boulevards extérieurs. Là se trouve le boulevard d’Italie et l’ex barrière du même nom.
À deux pas, un peu sur la droite, s’étend l’un des quartiers les plus curieux et les moins connus de Paris.
C’est la butte aux Cailles.

(1873)

Lire


De la place d'Italie à la Bièvre via l'avenue de la soeur Rosalie et la ruelle des Reculettes

Le faiseur de momies

par
Georges Spitzmuller et Armand Le Gay

Dans ce roman paru en feuilleton dans Le Matin, Georges Spitzmuller et Armand Le Gay emmènent leur lecteur sur la piste de M. Ducroc, chef de la sûreté, pour qui le XIIIe arrondissement n'avait pas de secret.

(1912)

Lire


La rue du Dessous-des-Berges

La dame de pique

par
Jules de Gastyne

Il existe à Paris, dans les quartiers perdus, des rues mornes et désertes qu'on traverse avec un sentiment de stupeur.

(1906)

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A travers la Maison-Blanche

Les apaches de la Butte-aux-Cailles

par
Lucien Victor-Meunier

Un instant plus tard, elle était dehors dans le terrain vague qui descendait en pente rapide vers la vallée de la Bièvre...

(1907)

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La poterne des Peupliers

La vague rouge

par
J. H. Rosny Ainé

Un homme s'arrêta sur la route, près de Gentilly. Il considéra le paysage misérable et puissant, les fumées vénéneuses, l'occident frais et jeune comme aux temps de la Gaule celtique.
Si l'auteur nomme une poterne des Tilleuils, c'est bien de la poterne des Peupliers dont s'agit.

(1910)

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La rue des Peupliers

Perdues dans Paris

par
Jules Mary

Un des coins de Paris, misérable et sinistre. La longée des fortifications plantées d'arbres en double ou triple rangée, le côtoie pourtant de verdures plaisantes durant la belle saison, mais, en réalité, sépare pour ainsi dire cette région parisienne du reste du monde. Du haut de la rue des Peupliers...

(1908)

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Le quartier Croulebarbe

Les esclaves de Paris

par
Émile Gaboriau

C'est là un quartier étrange, inconnu, à peine soupçonné de la part des Parisiens...
Où Emile Gaboriau fait découvrir le quartier Croulebarbe à ses lecteurs.

(1868)

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Un Treizième à découvrir dans...

Les Loups de Paris

par
Jules Lermina
(1877)

Les apaches de la Butte-aux-Cailles

par
Lucien Victor-Meunier
(1907)

La petite Miette

par
Eugène Bonhoure
(1889)

La criminelle

par
Jules Lermina
(1881)

La Butte aux-Cailles

Il est sur la rive gauche de la Seine, au-delà de la rue Mouffetard et de la Montagne-Sainte-Geneviève, un lieu étrange, sauvage...

La Butte-aux-Cailles

Très peu de Parisiens, assurément, connaissent la « Butte-aux-Cailles ». C'est très loin, très loin, passé la place d'Italie, au diable dans ces régions où l'on ne va pas...

En remontant le boulevard de l'Hôpital

Ce jour-là, 3 octobre 1886, le train express de Bordeaux — deuxièmes et troisièmes classes — avait eu plus d'une heure de retard et le service de l'arrivée s'en ressentait...

La rue des Cinq-diamants

Un plus érudit découvrira l'origine de ce nom singulier, la rue des Cinq-Diamants.
L'étude consciencieuse qui a été faite pour le vieux Paris tentera quelque explorateur des anciennes banlieues annexées : et quel champ plus vaste sera offert à sa curiosité que l'étrange et hideux quartier de la Butte-aux-Cailles ?


Madame Sept-Quatre

par
William Cobb
(Jules Lermina)
(1873)


Les apaches de la Butte-aux-Cailles

par
Lucien Victor-Meunier
(1907)


Le faiseur de momies

par
Georges Spitzmuller et Armand Le Gay
(1912)


La dame de pique

par
Jules de Gastyne
(1906)

La Butte-aux-Cailles

En tournant le dos à la Seine, à la hauteur du pont des Arts, et en s'engageant en ligne droite sur la rive gauche, on laisse à droite le cimetière Montparnasse et on parvient aux anciens boulevards extérieurs. Là se trouve le boulevard d’Italie et l’ex barrière du même nom.
À deux pas, un peu sur la droite, s’étend l’un des quartiers les plus curieux et les moins connus de Paris.
C’est la butte aux Cailles.

A travers la Maison-Blanche

Un instant plus tard, elle était dehors dans le terrain vague qui descendait en pente rapide vers la vallée de la Bièvre...

De la place d'Italie à la Bièvre via l'avenue de la soeur Rosalie et la ruelle des Reculettes

Dans ce roman paru en feuilleton dans Le Matin, Georges Spitzmuller et Armand Le Gay emmènent leur lecteur sur la piste de M. Ducroc, chef de la sûreté, pour qui le XIIIe arrondissement n'avait pas de secret.

La rue du Dessous-des-Berges

Il existe à Paris, dans les quartiers perdus, des rues mornes et désertes qu'on traverse avec un sentiment de stupeur.

Saviez-vous que... ?

En janvier 1904, la Préfecture de police interdisait à la « Goulue » (Mme Louise Weber épouse Droxeler), dont la ménagerie était installée boulevard Kellermann, de continuer ses exercices, tant qu'elle n'aurait pas procédé aux réparations qui lui avaient été prescrites. La sécurité des cages n'était pas, paraît-il, suffisante.

*
*     *

Initialement, le boulevard Arago devait s'appeler Boulevard de la Santé.

*
*     *

L'église Saint-Hippolyte, œuvre de l'architecte Jules Astruc (1862-1935), a été construite entre 1909 et 1924, grâce notamment à la générosité de la famille Panhard.

*
*     *

C’est le mardi 11 juin 1946 que la ligne d’autobus n° 67, Place de Rungis-Place Pigalle, était mise en service. Les principaux points desservis étaient : Place d'Italie, Boulevard de l’Hôpital, Place Jussieu, Hôtel-de-Ville. Châtelet, Louvre, Grands Boulevards, carrefour de Châteaudun.
En mars 1951, le terminus de la ligne fut reporté de la place de Rungis à la porte de Gentilly.

L'image du jour

L'image du jour
Une crue de la Seine, quai de la Gare, en janvier 1920

La vue est orientée vers l'aval. On distingue le viaduc du métro du pont de Bercy.

© paris-treizieme.fr pour la transcription du texte

HISTOIRE DES QUARTIERS

  • La Salpêtrière
  • La Gare
  • Maison Blanche
  • Croulebarbe

ACCES PAR NOM

  • Nomenclature des rues
  • Liste des auteurs

LES DRAMES DU 13e

  • Le drame de la rue Albert
  • Le drame de la rue de l'Espérance
  • Le drame de la rue Vandrezanne
  • Le drame du quartier de la Gare
  • Un drame du terme
  • Tous les drames...

LE TREIZIÈME AVANT LE 13e

  • Le Petit-Gentilly (1820)
  • De la difficulté d’être le treizième arrondissement
  • La bergère d'Ivry (1827)
  • L'abattoir de Villejuif (1812)
  • Sommaire complet

LE TREIZIÈME EN 1860

  • Notice administrative, historique et municipale sur le XIIIe Arrondissement par Ph. Doré fils

ACCÈS THÉMATIQUES

  • L'aménagement du 13e
  • Les grandes voies du 13e
  • La petite ceinture dans le 13e
  • Le Métropolitain dans le 13e
  • Les tramways dans le 13e
  • La gare d'Austerlitz
  • Le puits artésien de la Butte-aux-Cailles
  • La place d'Italie
  • La cité Doré
  • La cité Jeanne d'Arc
  • Le passage Moret
  • L'asile Nicolas-Flamel
  • Les hôpitaux de la Pitié et de la Salpêtrière
  • Les fouilles archéologiques dans le 13e
  • Le Siège de Paris (1870-71)
  • Le 13e sous la Commune
  • La catastrophe de la rue de Tolbiac (20 oct. 1915)
  • Le jardin des Gobelins
  • La manufacture des Gobelins
  • La "Folie Neubourg"
  • Le marché aux chevaux
  • Les grandes eaux du boulevard Kellermann
  • Ateliers, fabriques et petits métiers du XIIIe
  • Chiffons et chiffonniers
  • Bals de Paris, bals de barrière, cabarets, bouges et assommoirs
  • L'épidémie de la Maison-Blanche (1890)
  • Les étrangleurs des Gobelins
  • Sur les communes limitrophes
  • La zone dans le 13e

VIDÉOS

  • Auguste Lançon et le 13e
  • Marville, la rue de Tolbiac
  • Quai de la Gare, janvier 1910
  • La place Nationale
  • Le marché aux chevaux

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  • Assassins !!!
  • Le cadavre de la Maison-Blanche

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