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 Des masures à l’impasse Moret - 1911

Dans les quartiers insalubres

Des masures à l’impasse Moret

Sur les bords de la Bièvre

L’Humanité — 9 juin 1911

L'impasse Moret est, dans le treizième arrondissement une enclave insalubre et sordide qui ne vaut pas mieux, si toutefois elle n'est pire, que les taudis sinistres de l'impasse du Mont-Viso où s'abrite un grouillement de misères et qui font tache dans le quartier de Clignancourt.

Ce petit coin du vieux Paris, où la Bièvre étale encore en plein air ses eaux noires qu'empuantissent les déchets des tanneries dont elle est bordée, présente en ce moment pour les fervents du passé, un vif attrait. Le Conseil municipal l'ayant condamné à disparaître dans un délai rapproché, sur la proposition de notre ami Deslandres qui désire couvrir le lit fétide de la Bièvre et ouvrir une nouvelle percée d'air et de lumière dans l'immense ville, comment ne serait-il pas devenu subitement cher à tous ceux qui veulent avec le crayon, le pinceau ou la plume conserver les reliques du passé ?

L'impasse Moret ayant pris le charme des vieilles choses qui vont mourir, il n'est pas surprenant que les artistes nient voulu la « piger » avant qu'elle ne s'abîme dans une des prochaines expropriations.

Des choses vues

Cette disparition ne nous laissera aucun regret. Il y a là, entre la rue des Cordelières et la ruelle des Gobelins crue prolonge la rue Croulebarbe, un amas de maisons bâties de sable et de crachats dont les architectes élémentaires semblent s'être donné pour règle d'y répandre l'air et la lumière au strict minimum.

L'impasse Moret est formée de trois ruelles dont la première s'ouvre sur la rue des Cordelières, une rue large et bordée de hautes maisons, mais pareille à une rue de ville de province, silencieuse et presque déserte, où les poules se promènent et picorent librement.

Le passage Moret vu de la rue des Cordelières - A. Mafson, photographe (1904)
CC0 Paris Musées / Musée Carnavalet

La première ruelle de l'impasse est bordée à droite par le mur d'une tannerie qui semble abandonnée. Une autre usine où ronflent les machines en plein travail dresse à gauche sa haute paroi, une paroi de planches, munie par endroits d'une sorte de vitrage qui, de temps immémorial, n'a pas été nettoyé et qui ne semble avoir pour fonction que d'intercepter la lumière.

Cette lamentable paroi est plutôt blanche cependant. Des flocons de neige, une neige sale, les détritus du travail des meules de la tannerie, volent dans l'air. Ce sont eux qui, du haut en bas, s'y sont collés et l'ont tapissée.

Un bras de la Bièvre que l'on va couvrir traverse la ruelle. On le passe sur un pont. Ah ! comme l'on a eu raison de masquer d'un barrage, de chaque côté, cette eau noire où stagnent des plaques d'écume jaune et qui exhale des odeurs nauséeuses !

Pont de bois sur la Bièvre dans le passage Moret - Eugène Gossin, Photographe (1910)
CC0 Paris Musées / Musée Carnavalet

Une vieille lanterne pend au mur de droite. Il y a dedans une lampe à huile, que le concierge de l'impasse allume à la nuit tombante. C'est l'éclairage des habitants de l'impasse, un éclairage que l'on peut, au temps de l'électricité, qualifier de préhistorique.

Je croise et je questionne un ouvrier de la tannerie. Nous causons cordialement.

— Alors c'est vrai, me dit-il, que l'on va démolir ce coin-là pour couvrir la Bièvre, on va donner des indemnités au patron, et nous autres, qui seront condamnés au chômage, quand le « singe » aura mis la clef sous la porte, est-ce qu'on ne va pas nous donner quelque chose, à nous aussi ?

Ah ! bien sûr le « turbin » est rude. On n'est pas au paradis. Mais on gagne sa vie tout de même avec ses quatorze sous de l'heure. Demandez donc dans votre journal que l'on nous donne aussi quelques sous. Nous travaillons dans ces saletés, c'est vrai ! Mais où irons-nous, si l'expropriation nous expulse ? Ça n'est pas juste, tout de même, que le patron ait la bonne indemnité et que nous autres « on se brosse », tout simplement.

Le citoyen Deslandres, conseiller municipal du quartier, me félicitera, j'en suis sûr, d'avoir répondu à l'ouvrier que ses camarades et lui ne seraient pas oubliés dans la répartition des indemnités d'expropriation.

Le Conseil municipal n'aura pas la cruauté insigne d'oublier les travailleurs et les pauvres que les nécessaires travaux d'assainissement réduiront au chômage.

La ruelle des chiffonniers

C'est une petite cité de chiffonniers qui s'est réfugiée dans les masures basses de la seconde ruelle, la ruelle du milieu, longue d'une cinquantaine de mètres. Les malheureux « biffins » ont de la peine à trouver un abri. Ceux-là ont fait de la cour de la ruelle la remise de leurs paniers et de leurs sacs pleins de papiers sales et de chiffons gras.

Les enfants jouent dehors, au long des seuils minables, un peu plus propres que ceux de l'impasse des Kroumirs. Il y a dans l'impasse une commune petite fontaine qui donne de l'eau de Seine tout bonnement. Et c'est tant-pis si les microbes du grand fleuve ont prise sur les visages. La Ville n'a pas encore accordé l'eau potable aux habitants de l'impasse Moret.

Il y a là cependant un puits d'eau pure, profond de seize mètres, mais il appartient à l'un des locataires qui se désole de voir que la pompe ne fonctionne pas. Ceux qui veulent avoir de l'eau fraîche et saine vont la puiser ailleurs. Pas de service d'eau potable. C'est la Bièvre qui sert de tout à l'égout. Les odeurs nauséabondes qu'elle dégage, prouvent qu'elle s'acquitte fort bien de ses fonctions.

Les chiffonniers logent dans des taudis qu'ils paient fort cher, d'autant plus cher que leurs refuges sont de plus en plus rares. Un pauvre vieux qui n'a plus qu'une jambe habite avec sa femme dans une pièce étroite et sombre qu'il paie 200 francs par an. Il a une petite voiture qui reste dehors et un maigre bourriquet. On m'a certifié que le bourriquet avait pour écurie le logis du maître qui l'attache tous les soirs au pied de son lit.

Le passage Moret en 1925 par Eugène Atget

Il y a dans la ruelle des chiffonniers un maître d'hôtel qui vend aussi des liquides au comptoir. Le rez-de-chaussée de son « garno » contient une chambre où les sans-logis trouvent un asile à cinq sous la nuit. Ils s'alignent sur des paillasses, dans la promiscuité du dortoir commun.

Vers l'autre issue

La troisième ruelle de l'impasse a des maisons qui, m'assure-t-on, sont assez logeables, bien que les façades noires et les escaliers étroits et tortueux qui descendent jusqu'au seuil soient de mauvais augure. Il y a là une haute baraque en planches, délabrée et branlante, et qui semble du dehors ouverte à tous les vents. C'est le logement d'un bouquiniste et d'un marchand de bric-à-brac qui doivent avoir du mal à se défendre contre l'hiver et les intempéries.

Et toutes ces masures pourries sont pleines de vermine. Les punaises y pullulent dans les chaleurs de l'été. Ce n'est pas miracle que les pauvres bougres trouvent un abri pour 200 francs au moins par an sous des toits pareils.

Dans cette troisième ruelle on est à l'autre bout de l'impasse qui s'ouvre sur la ruelle des Gobelins que traverse le second bras de la Bièvre, aussi noire dans cet endroit, mais moins puante. L'usine qui longe la rivière paraît abandonnée.

Une constatation

Est-ce que la mortalité est grande dans l'impasse ? C'est la question que j'ai posée avant de partir à une personne qui habite ce quartier depuis vingt ans.

Il ne se passe pas de semaine qu'il n'y ait un mort dans d'impasse, m'a-t-elle répondu, sans compter les malades qui s'en vont mourir à l'hôpital.

Nous laissons aux statisticiens le soin d'évaluer et de conclure.

A.-M. Maurel

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C’est en 1884 que l’on décida de donner le nom de Martin-Bernard, né à Montbrison le 17 septembre 1808 et mort à Paris, dans la maison de santé Dubois où il résidait, le 22 octobre 1883 à la voie nouvelle en construction reliant la nouvelle rue Bobillot à la rue de Tolbiac.
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L'image du jour

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