Paris-Apache
Agents attaqués
Le Matin — 29 septembre 1907

Avant-hier, après-midi, quelques commerçants de la place Nationale se plaignaient qu'une demi-douzaine d'apaches vinssent bouleverser leurs étalages et projeter leurs marchandises sur la chaussée.
Le gardien de la paix Daniel, du treizième arrondissement, eut donc à intervenir et somma les malandrins de déguerpir au plus tôt.
Sans tenir aucun compte des observations de l'agent, les mauvais drôles se ruèrent sur lui, le frappant cruellement à coups de pied et de poing. Un autre gardien de la paix, l'agent Weiss, accourut pour porter secours à son collègue, mais les apaches l'attaquèrent pareillement et l'étendirent d'un coup de tête sur la chaussée. Après quoi, ils prirent la fuite. M. Yendt, commissaire de police, faisant l'intérim du quartier de la Gare, mis au courant des faits, demandait deux inspecteurs au service de la Sûreté, et les chargeait de retrouver les coupables.
Hier matin, les agents de M. Hamard, MM. Laurence et Chérié, parvenaient à arrêter deux des malfaiteurs, Lucien Labbé, vingt ans, dit « la Gauffre » et Emile Callot, dix-neuf ans, dit « Topette », demeurant tous deux 29, rue Lahire.
Amenés au commissariat et interrogés par M. Fédée, secrétaire, ils ont reconnu faire partie de la bande, qui, la veille, avait attaqué les gardiens de la paix. Comme ils montaient dans le « panier à salade », Labbé et Callot ont proféré des injures contre les gardiens de la paix, à qui, en guise d'adieux, ils ont adressé cette menace :
— C'est bien, nous sommes faits aujourd'hui, mais quand nous reviendrons, nous « brûlerons » ceux qui nous ont arrêtés !
Les apaches dans le 13e
Le terme d'"apache" désignant un certain type de délinquants fit son apparition dans les années 1900-1901 avec l'émergence des activités d'une bande s'étant auto-dénommée "Les apaches de Belleville". Son emploi de renforça avec l'affaire "Casque d'Or" et la popularité accordée à Joseph Pleigneur (19 avril 1876, Paris - 1936, Cayenne) plus connu sous le nom de "Manda" que l'on surnommait, avec exagération de son autorité réelle, le chef des "Apaches de la Courtille" lequel était opposé à François Leca présenté comme le chef des "Apaches de Charonne".
Dans son numéro du 12 décembre 1900, le quotidien Le Matin, sous la signature d'Henry Fouquier, donnait une première définition de l'apache :
« Je n'entends pas parler des derniers survivants de la grande tribu des Peaux-Rouges qui portaient ce nom et qui errent encore, chaque jour moins nombreux, sur les confins du Mexique et des Etats-Unis, assez volontiers qualifiés de bandits et de pillards par les Européens qui leur ont pris leurs territoires. Ces Apaches-là ne sont pas d'actualité. Par contre, nous avons l'avantage de posséder, à Paris, une tribu d'Apaches dont les hauteurs de Ménilmontant sont les Montagnes-Rocheuses. Ceux-ci font beaucoup parler d'eux. Ils ne sont point de haute stature et bons cavaliers commis leurs homonymes d’Amérique et ne se mettent pas de plumes dans leur chevelure insolemment relevée en chignon pour défier le scalp de leurs ennemis. Ce sont des jeunes hommes pâles, presque toujours imberbes, et l'ornement favori de leur coiffure s'appelle les rouflaquettes. Tout de même, ils vous, tuent Leur homme comme les plus authentiques sauvages, à ceci près que leurs victimes ne, sont pas des étrangers envahisseurs, mais leurs concitoyens français. »
D'autres suivirent, nombreuses et variées avant que la mode des "apaches" ne disparaisse progressivement à partir de 1910.
Études, citations et autres article
- Verlaine à la Butte-aux-Cailles (1905)
- Les apaches de la rive gauche (1907)
- La tournée des édiles (1909)
Apaches et bandes d'apaches
- Le meurtre de l'avenue d'Italie - 1904
- Fiancialles d'apaches - 1904
- La pègre - 1907
- Agents attaqués - 1907
- La bande des « Deux-Moulins » - 1907
- La bande de « Saute-aux-Pattes » - 1907
- Les « Pirates de la Glacière » - 1908
- Rue de Tolbiac, un voyageur est tué par des Apaches - 1908
- La défense de la chiffonnière - 1909

