Les « Pirates de la Glacière ».
Le Matin — 5 novembre 1908
S'ils n'ont rien à envier à leurs confrères apaches des autres quartiers quant aux vols, attaques nocturnes et autres méfaits, ils ont au moins ceci de particulier que leur haine contre les agents se traduit par des armes moins meurtrières que le revolver ou le couteau. C'est ainsi que, la nuit dernière, trois agents cyclistes du treizième arrondissement, qui passaient boulevard Masséna, furent soudain criblés d'une grêle de projectiles dont l'odeur nauséabonde leur révéla incontinent la nature. Une véritable pluie d'œufs pourris, lancés avec une rare adresse, accueillit leur descente précipitée de machine.
Escaladant les talus des fortifications, d'où semblaient provenir les projectiles, ils réussirent, après une course échevelée, à mettre la main sur trois-des assaillants qui, jusqu'à, la dernière minute, n'avaient pas cessé leur singulier bombardement. Conduits au commissariat par les agents, dont les tuniques disparaissaient sous une épaisse couche de glu jaunâtre et nauséabonde, ils ont déclaré se nommer Lucien Pitot, dix-sept ans, rue Clisson ; Jules Marinier, seize ans, rue des Cinq-Diamants, et Félix Gagnât, dix-huit ans, rue Nationale.
Ils ont avoué qu’ils faisaient partie de la bande des « Pirates de la Glacière », dont la spécialité était le vol à la roulotte. En dévalisant un épicier qui se rendait à un marché de la banlieue, ils étaient tombés une caisse d'œufs avariés et, ne pouvant s'en défaire, ils avaient aussitôt décidé de l'utiliser contre les agents.
M. Simard, commissaire de police, les a envoyés au Dépôt.
Les apaches dans le 13e
Le terme d'"apache" désignant un certain type de délinquants fit son apparition dans les années 1900-1901 avec l'émergence des activités d'une bande s'étant auto-dénommée "Les apaches de Belleville". Son emploi de renforça avec l'affaire "Casque d'Or" et la popularité accordée à Joseph Pleigneur (19 avril 1876, Paris - 1936, Cayenne) plus connu sous le nom de "Manda" que l'on surnommait, avec exagération de son autorité réelle, le chef des "Apaches de la Courtille" lequel était opposé à François Leca présenté comme le chef des "Apaches de Charonne".
Dans son numéro du 12 décembre 1900, le quotidien Le Matin, sous la signature d'Henry Fouquier, donnait une première définition de l'apache :
« Je n'entends pas parler des derniers survivants de la grande tribu des Peaux-Rouges qui portaient ce nom et qui errent encore, chaque jour moins nombreux, sur les confins du Mexique et des Etats-Unis, assez volontiers qualifiés de bandits et de pillards par les Européens qui leur ont pris leurs territoires. Ces Apaches-là ne sont pas d'actualité. Par contre, nous avons l'avantage de posséder, à Paris, une tribu d'Apaches dont les hauteurs de Ménilmontant sont les Montagnes-Rocheuses. Ceux-ci font beaucoup parler d'eux. Ils ne sont point de haute stature et bons cavaliers commis leurs homonymes d’Amérique et ne se mettent pas de plumes dans leur chevelure insolemment relevée en chignon pour défier le scalp de leurs ennemis. Ce sont des jeunes hommes pâles, presque toujours imberbes, et l'ornement favori de leur coiffure s'appelle les rouflaquettes. Tout de même, ils vous, tuent Leur homme comme les plus authentiques sauvages, à ceci près que leurs victimes ne, sont pas des étrangers envahisseurs, mais leurs concitoyens français. »
D'autres suivirent, nombreuses et variées avant que la mode des "apaches" ne disparaisse progressivement à partir de 1910.
Études, citations et autres article
- Verlaine à la Butte-aux-Cailles (1905)
- Les apaches de la rive gauche (1907)
- La tournée des édiles (1909)
Apaches et bandes d'apaches
- Le meurtre de l'avenue d'Italie - 1904
- Fiancialles d'apaches - 1904
- La pègre - 1907
- Agents attaqués - 1907
- La bande des « Deux-Moulins » - 1907
- La bande de « Saute-aux-Pattes » - 1907
- Les « Pirates de la Glacière » - 1908
- Rue de Tolbiac, un voyageur est tué par des Apaches - 1908
- La défense de la chiffonnière - 1909

La statue de Jeanne d'Arc située boulevard Saint-Marcel est due au sculteur Émile-François Chatrousse renommé pour être représentatif de l'art du Second Empire.
