La bande des « Deux-Moulins ».
Le Matin — 5 octobre 1907

Nous avons déjà eu à entretenir nos lecteurs de la bande d'apaches connue sous le nom de bande des « Deux-Moulins ». Cette cohorte de bandits, quand elle n'attaque pas des passants à main armée, se livre à des dépravations de tous genres, au détriment des commerçants et des propriétaires. Quand ces intéressants jeunes gens sont à bout de ressources, ils ne dédaignent pas non plus de pratiquer le cambriolage pour se procurer quelques menues sommes.
Aussi, les inspecteurs de la Sûreté Bayle et Cousseau soupçonnent-ils fort la bande des « Deux-Moulins » de n'être point étrangère à un cambriolage commis en plein jour, avant-hier, au préjudice de Mme veuve Gradelot, âgée de cinquante-sept ans, établie bouchère, 42, rue des Cinq-Diamants.
Il était deux heures de l'après-midi quand Mme Gradelot eut à monter dans son appartement, situé juste au-dessus de sa boutique. Sa surprise fut extrême de trouver la porte ouverte et forcée à l'aide d'une pince-monseigneur. Craignant que les voleurs ne fussent encore chez elle, Mme Gradelot appela un de ses garçons, et, avec lui, pénétra dans son logis. Les meubles étaient bouleversés, et l'armoire, dans laquelle la bouchère avait caché, sous une pile de linge, une somme de 14,000 francs en billets de banque de cent francs et en pièces de vingt francs, avait été fracturée.
Bien entendu, billets bleus et louis avaient disparu. En outre, les cambrioleurs avaient fait main-basse sur une certaine quantité de linge et sur une montre en or d'une valeur de 500 francs.
Tout fait supposer que ce vol a dû être commis par des malandrins de la bande des « Deux-Moulins », lesquels fréquentent assidûment la rue des Cinq-Diamants, la place de la Butte-aux-Cailles et les rues avoisinantes. Aussi ne désespère-t-on pas de retrouver promptement les coupables.
Les apaches dans le 13e
Le terme d'"apache" désignant un certain type de délinquants fit son apparition dans les années 1900-1901 avec l'émergence des activités d'une bande s'étant auto-dénommée "Les apaches de Belleville". Son emploi de renforça avec l'affaire "Casque d'Or" et la popularité accordée à Joseph Pleigneur (19 avril 1876, Paris - 1936, Cayenne) plus connu sous le nom de "Manda" que l'on surnommait, avec exagération de son autorité réelle, le chef des "Apaches de la Courtille" lequel était opposé à François Leca présenté comme le chef des "Apaches de Charonne".
Dans son numéro du 12 décembre 1900, le quotidien Le Matin, sous la signature d'Henry Fouquier, donnait une première définition de l'apache :
« Je n'entends pas parler des derniers survivants de la grande tribu des Peaux-Rouges qui portaient ce nom et qui errent encore, chaque jour moins nombreux, sur les confins du Mexique et des Etats-Unis, assez volontiers qualifiés de bandits et de pillards par les Européens qui leur ont pris leurs territoires. Ces Apaches-là ne sont pas d'actualité. Par contre, nous avons l'avantage de posséder, à Paris, une tribu d'Apaches dont les hauteurs de Ménilmontant sont les Montagnes-Rocheuses. Ceux-ci font beaucoup parler d'eux. Ils ne sont point de haute stature et bons cavaliers commis leurs homonymes d’Amérique et ne se mettent pas de plumes dans leur chevelure insolemment relevée en chignon pour défier le scalp de leurs ennemis. Ce sont des jeunes hommes pâles, presque toujours imberbes, et l'ornement favori de leur coiffure s'appelle les rouflaquettes. Tout de même, ils vous, tuent Leur homme comme les plus authentiques sauvages, à ceci près que leurs victimes ne, sont pas des étrangers envahisseurs, mais leurs concitoyens français. »
D'autres suivirent, nombreuses et variées avant que la mode des "apaches" ne disparaisse progressivement à partir de 1910.
Études, citations et autres article
- Verlaine à la Butte-aux-Cailles (1905)
- Les apaches de la rive gauche (1907)
- La tournée des édiles (1909)
Apaches et bandes d'apaches
- Le meurtre de l'avenue d'Italie - 1904
- Fiancialles d'apaches - 1904
- La pègre - 1907
- Agents attaqués - 1907
- La bande des « Deux-Moulins » - 1907
- La bande de « Saute-aux-Pattes » - 1907
- Les « Pirates de la Glacière » - 1908
- Rue de Tolbiac, un voyageur est tué par des Apaches - 1908
- La défense de la chiffonnière - 1909

