Dans la presse...

 L’ouverture du chemin de fer de ceinture - 1867

L’ouverture du chemin de fer de ceinture

Le Petit-Journal — 1er mars 1867

— Un billet pour le chemin de fer de Ceinture.

La buraliste vous regarde en souriant.

— Tout le tour, monsieur ? Elle a deviné que vous n'êtes qu'un curieux et que vous avez voulu être un des premiers à suivre ce chemin qui ne va nulle part, puisqu'à l'arrivée vous êtes, à peu de chose près, revenu au point de départ.

Le train est tout brillant ; la machine est neuve, les voitures également ; on part.

De la gare Saint-Lazare à Auteuil rien ne vous frappe, chacun a fait ce voyage, agrémenté par les coins des bastions des fortifications et quelques maisons de campagnes.

Le train longe Passy.

— Connais-tu cette villa ? dit un voyageur en blouse et coiffé d'une casquette à son voisin, ouvrier comme lui.

— Tiens ! c'est celle du maestro Rossini ; lui- même a dessiné ce potager.

Le peuple tiendra toujours un peu de ses ancêtres, les Athéniens.

C'est à Auteuil que commence la partie nouvelle de la ligne circulaire et en même temps l'intérêt de l’excursion.

Le, train s'engage sur le magnifique viaduc du Point-du-Jour qui traverse la Seine sur un pont élégant, après avoir passé à côté des ruines prématurées du triste palais d’Exposition permanente d’Auteuil.

Le coup d’œil est magnifique, surtout sur l'impériale, d'où l'on domine le fleuve d'une hauteur de plus de vingt mètres. Á droite se développent les coteaux de Meudon et de Saint-Cloud ; à gauche le panorama de Paris, l'immense ovale de fer de l'Exposition universelle, le dôme des Invalides, les hauteurs de Montmartre, et plus bas la masse de l'arc de l’Etoile.

La voie continue à s'avancer sur des ponts-viaducs et des remblais considérables. Dans ce voyage au long cours, on salue de loin comme une vieille connaissance l'omnibus qui stationne au bout de la rue de Sèvres et qui vous a éclaboussé sur le boulevard, en montant vers Batignolles.

Une ligne vient, à gauche, se souder la voie ; c'est le petit embranchement qui conduit au Champ de Mars. On s'arrête à Grenelle, puis à Vaugirard.

Tout à l'heure, nous marchions à des hauteurs vertigineuses, maintenant, nous entrons dans des tranchées profondes ; ce chemin n'est pas fait comme les autres… en effet, il n'y a pas un seul passage à niveau : on traverse les voies de terre et de fer sur ou sous les ponts. La ligne forme une véritable collection. Il y en a de toutes sortes : des ponts, des ponceaux, des passerelles et de simples arceaux, ponts droits, en biais, à plein cintre, elliptiques, tubulaires, en fer, en pierre, en bois ; on n’en compte pas moins de trente-et-un sur le parcours de la section nouvelle d'Auteuil à la gare de Bercy, pour une longueur de12 kilomètres.

Les voyages du premier jour avaient tout l'air d'une répétition générale ; les décors n'étaient pas, encore complètement posés. Ça et ta les maçons terminaient un pan de mur, les peintres mettaient en couleur les réverbères, ou achevaient une marquise qui abritera les voyageurs. Tout avait un air de fête ; les stations, les murs de soutènement, les ponts ne sont pas encore noircis par la fumée ; les abords des gares étaient remplis de curieux qui venaient voir les premiers trains de ceinture ; le voyage lui-même se faisait en famille entre habitants de la même ville.

Quand deux convois se croisaient, c'était des cris et des saluts. Quand ils stationnaient en même temps, les conversations s'établissaient, on se passait du feu de l'impériale d'un convoi à l'autre.

On entre dans le tunnel de Vaugirard, la vapeur court et se déchire en lambeaux qui flottent comme des spectres dans l'obscurité ; il faut deux minutes ,pour traverser le souterrain les gens nerveux n'ont guère le temps d'avoir peur ; mais il se trouve toujours quelque voisin qui leur lance à point nommé, on ne sait pourquoi, la phrase consacrée :

— S'il arrivait un accident là-dessous, cela ne serait pas gai.

Mais déjà nous avons revu le jour et les hautes murailles entre lesquelles la voie file ; on traverse le chemin de fer de l'Ouest les gens qui vont à Versailles descendent ici.

On passe sous la station de Montrouge, à cheval sur la ligne, à une telle hauteur qu'on descend près de quatre-vingts marches pour arriver au quai de départ, puis on entre dans le souterrain de Montsouris, établi au milieu de plusieurs étages de catacombes, et dont la construction est une merveille de conception et d'exécution.

La tranchée d'Arcueil à travers ce qui n'était pas encore le Parc Montsouris

On sort du souterrain. S'il y a un géologue dans le train, il doit palpiter de bonheur ; des deux côtés de la tranchée il peut voir à l'aise les différentes couches qui forment ce sol tourmenté.

Le terrain s'abaisse et la vue s'élargit ; voici le chemin de fer de Sceaux, puis la Glacière, Gentilly et en face une échappée de Paris, puis un coin tranquille, tout champêtre, presque silencieux, où coule la Bièvre, cette rivière parisienne ignorée.

Le viaduc de la Bièvre au passage de la Poterne des Peupliers
(vue vers la barrière de l'octroi)

Nous sommes arrivés à la traversée du chemin d'Orléans ; encore un pont, encore une gare immense, puis nous retraversons la Seine sur le pont Napoléon.

Ici commence la fraction depuis longtemps terminée d'Ivry à Clichy-la-Garenne.

On voit la grille du bois de Vincennes, puis Saint-Mandé, les colonnes de la barrière du Trône. On franchit la gare de Lyon, la ligne de Vincennes à Bel-Air, le chemin court le long des maisons ; pour peu que vous ayez un ami dans le quartier, vous pouvez le saluer en passant s'il est à sa fenêtre.

Puis viennent de nouveaux tunnels sous le cimetière du Père-Lachaise, sous Belleville ; voici les Buttes Chaumont, le chemin de Strasbourg et du Nord… La machine siffle une dernière fois, c'est Clichy-la-Garenne.

Le voyage s'arrête là ; la courte section pour rejoindre la gare de Saint-Lazare, à travers Courcelles, demande des travaux exceptionnels et assez longs.

Vous avez fait trente kilomètres et voyagé pendant sept quarts d'heure. Total 60 centimes.

GEORGES STENNE.
(1820-1879)

 

La gare de la Maison-Blanche


Saviez-vous que ...

Alors que la voie de 15 mètres de large qui devait remplacer la ruelle des Reculettes dont la largeur variait de 2 à 7 mètres, aurait pu recevoir un autre nom, c'est sur l'insistance de la commission du vieux Paris pour conserver ce nom pittoresque cinq fois séculaire et sur l'intervention de M. Émile Deslandes conseiller municipal du XIIIè arrondissement que le conseil municipal de Paris décida, en 1930, de substituer simplement la dénomination de rue à celle de ruelle, pour constater cet élargissement décidé en 1910.

L'image du jour

Abattoirs de Villejuif, boulevard de l'Hôpital

Vu dans la presse...

1913

La reconstitution des Gobelins

On sait que la reconstitution partielle des Gobelins fut entreprise, il y a près de deux ans, sous l'habile direction de MM. Formigé et Jossely.
La façade du nouveau, bâtiment est déjà en partie débarrassée, de ses échafaudages. (1913)

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1907

La passerelle de la Maison-Blanche

Tout un coin du quartier de la Maison-Blanche est en fête : dans quelques jours on inaugurera solennellement la nouvelle et légère passerelle métallique qui, passant au-dessus des voies du chemin de fer de Ceinture, à la Glacière, relie maintenant entre eux deux points jusqu'à présent fort éloignés l'un de l'autre. (1907)

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1910

Une masure s'effondre au « Camp marocain »

À deux pas de la porte d'Italie, dans un grand espace situé rue Bobillot, se trouve une succession de masures misérables qui furent habitées, il y a une vingtaine d'années, par des nomades africains, prompts à jouer du couteau. (1910)

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1869

Les quartiers pauvres

Les quartiers pauvres et populeux de Paris sont négligés ou dédaignés par l'administration, tandis que les quartiers élégants sont « embellis » à grands frais.
Cette iniquité, à laquelle personne ne songe, et dont beaucoup de citoyens ont malheureusement à souffrir, a fini par provoquer les plaintes légitimes des habitants du 13e arrondissement, c'est-à-dire du coin abandonné qui comprend la route d'Italie, les Gobelins, la Bièvre et la Butte-aux Cailles. (1869)

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1925

La catastrophe de la Cité Doré

La cité Doré, entre le boulevard de l'Hôpital et la rue Jeanne-d'Arc, refuge misérable des biffins les plus pauvres, était jusqu'à présent un coin pittoresque de reportage.
C'est maintenant le lieu d’une catastrophe douloureuse qui compte cinq morts, qui aurait pu tuer plus de personnes encore, si, par un malheureux hasard elle s'était produite, une heure plus tôt. (1925)

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1882

La cité des Kroumirs

II y a un an, les Kroumirs étalent absolument inconnus en France ; aujourd’hui, comme les Cosaques et les Bédouins, ils ont pris place dans le vocabulaire populaire. Kroumir est passé expression de mépris. La cité des Kroumirs n’est donc pas bien vielle, et son aspect n’a rien qui puisse exciter l’envie. (1882)

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1906

On reconstruit l'Hôpital de la Pitié

M. Justin Rochet, l'architecte chargé des travaux, nous explique dans quelles conditions sera construit le nouvel établissement... (1906)

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1913

M. Poincaré inaugure le nouvel hôpital de la Pitié

M. Poincaré a présidé ce matin l'inauguration du nouvel hôpital de la Pitié. (1913)

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1914

L'achèvement de la rue Jeanne d’Arc

Le Bulletin Municipal a enregistré l'expropriation, pour cause d'utilité publique, d'un certain nombre de maisons du 13° arrondissement, situées rue Jenner, boulevard de l'Hôpital, rue Esquirol, passage Crouin, place Pinel, cité Doré, avenue Constance, avenue Constant-Philippe et boulevard de la Gare. (1914)

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1923

Une promenade à l’ancienne Butte-aux-Cailles

Ce serait un petit concours à ouvrir : « Quel est le quartier de Paris, qui a le plus changé depuis quinze ans ? » Et il y a gros à parier que le quartier de la Glacière, alias de la Butte-aux-Cailles, se rangerait dans le peloton de tête. (1923)

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1934

L'oasis et le cloaque

Il y a des quartiers de Paris qui n'ont vraiment pas de chance ! Le quartier de la Gare, dans le treizième arrondissement, par exemple... (1934)

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1893

Un métier inconnu

Rue Xaintrailles, derrière l'église Jeanne d'Arc, demeure une pauvre vieille grand'maman qui nourrit sa fille et ses petites-filles de crottes de chiens cueillies à l'aube sur les avenues qui rayonnent de la place d'Italie. (1893)

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