Dans la presse...

 paris-treizieme.fr — Le monde de la hotte

Le monde de la hotte

Le Gaulois — 20 août 1898

Elles disparaissent peu à peu les pittoresques et grouillantes cités de chiffonniers, ces capharnaüms parisiens où viennent s'entasser pêlemêle les déchets et les rebuts de la grande ville.

Au nom de l'hygiène, une déesse toute puissante aujourd'hui, on fait place nette de toutes les agglomérations qui menacent de compromettre la santé publique, on éventre des quartiers insuffisamment aérés, on rase des pâtés de maisons insalubres, on déblaie les terrains où campent dans une promiscuité sans morgue hommes, femmes, enfants, animaux et détritus de toutes sortes, en un mot, on jette à flots l'air et la lumière dans les plus petits recoins de Paris.

Qui s'en plaindra ? Personne, si ce n'est les pauvres diables que l'on exproprie de leurs cahuttes et quelques amateurs de pittoresque à la Callot qui regrettent te temps où Paris était agrémenté d'une ou plusieurs cours des Miracles.

Parmi les agglomérations humaines qui attirent l'attention toute spéciale de l'administration, il faut citer les « villas ou, pour mieux dire, les cités de chiffonniers. Depuis quelques années, on en a fait une véritable hécatombe. Et ce n'est pas fini, car bientôt ce sera te tour d'une des plus populeuses cités de chiffonniers de Paris, la cité Tolbiac, qui est située dans te voisinage de la place d'Italie. La cité Tolbiac est l'un des derniers refuges, à Paris, du monde de la hotte.

Illustration publiée dans La Patrie

Elle donne abri à une population de douze-cents êtres qui vivent uniquement du commerce des chiffons. Ce caravansérail est divisé en plusieurs quartiers il y a le quartier du Tonkin, le quartier de Madagascar, le quartier du Singe. Tous ces pauvres gens se lamentent depuis qu'on les a prévenus qu'ils devront s'en aller le 1er janvier prochain. La plupart vivent dans des constructions qu'ils ont eux-mêmes édifiées, et dame il leur en coûte de partir, de pérégriner à la recherche d'un autre emplacement qu'ils ne trouveront, d'ailleurs, qu'en dehors de l'enceinte de Paris, c'est-à-dire bien loin de leur centre d'opération.

*
*     *

Le chiffonnier est heureusement pourvu d'une dose de philosophie qui lui permet de considérer avec sérénité les traverses et les tracas de la vie. On l'a bien vu à l'époque du fameux arrêté de M. Poubelle, en 1883, qui prescrivait l'emploi des boites à ordures. C'était en quelque sorte décréter la mort du chiffonnier, puisque défense lui était faite en même temps de fouiller ou de rechercher toute espèce de débris propres à son industrie. Pas un seul instant le ferment de la révolte ne germa dans le cerveau de ces gens, auxquels cet arrêté impitoyable enlevait en quelque sorte le pain de bouche. Ils firent seulement entendre des doléances respectueuses, et le Gaulois ne fut pas le dernier à défendra leur cause puisqu'il organisa une collecte en leur faveur et s'inscrivit pour la somme de cinq cents francs.

Les chiffonniers de Paris eurent même l'honneur d'être défendus à la Chambre par le duc de Bisaccia qui appela sur eux la sollicitude des pouvoirs publics et rendit justice à leur réputation proverbiale d'honnêteté.

Il y a à Paris environ 20,000 chiffonniers dont une grande partie, depuis la démolition des cités qu'ils habitaient, s'est réfugiée au delà des fortifications. C'est la corporation où la statistique constate le plus grand nombre de naissances cela représente une population de 70 à 80,000 personnes, y compris les femmes et les enfants.

Les chiffonniers se divisent en deux catégories les placiers et les coureurs-ou rouleurs. Les premiers, avant l'installation des boites dites Poubelle, avaient leurs maisons attitrées dans lesquelles ils avaient seuls le droit de pénétrer. Les autres, les coureurs, travaillaient au dehors. Par suite de l'arrêté du préfet de la Seine, ordonnant que les boites fussent déposées un quart d'heure seulement avant le passage des tombereaux, les chiffonniers ont vu leurs habitudes complètement modifiées. Ils ne travaillent plus la nuit, ils arrivent de grand matin avec leur hotte et leur crochet, et fouillent dans les récipients dont ils versent souvent le contenu par terre pour opérer un triage plus sérieux.

Malheureusement, ils ont parfois des concurrents en la personne des concierges qui, pour réaliser un petit bénéfice, ne craignent pas de se transformer en chiffonniers amateurs.

Jadis un chiffonnier pouvait se faire dans les sept à dix francs par jour. C'est à peine, aujourd'hui, s'il gagne la moitié de cette somme. Cette baisse est due en grande partie à la dépréciation subie par les vieux chiffons, les os, les verres.

Le vieux papier et le chiffon n'ont pour ainsi dire plus de prix. Le chiffon servait autrefois pour la fabrication du papier aujourd'hui, cette matière première a été remplacée par le bois, car on fabrique de très beaux papiers avec du bois. La hotte la plus riche se vend 75 centimes ; d'ailleurs, elle a fait place à la voiture à bras que l'on voit traînée par des chiens. Les boites de sardines, dont les chiffonniers avaient un placement très lucratif, se vendent fort mal. Il faut en ramasser 100 kilos pour toucher la modique somme de 2 fr. 50. Quant aux os et aux croûtons de pain, ils sont généralement mis de côté par les concierges.

*
*     *

Sa récolte achevée, le chiffonnier retourne dans sa cahutte et commence te tri des objets qu'il a rapportés. Il faut avoir pénétré dans une de ces cabanes pour se faire une idée des choses hétéroclites qui s'y trouvent et qui ne fleurent pas précisément le « new-mownhay ».

Il se ramasse ainsi chaque matin, dans Paris, de 120 à 130,000 kilos de matières propres à l'industrie chiffonnière ; à la fin de l'année cela fait un produit de près de quatre millions. Ces matières sont achetées par les chiffonniers en gros qui sont environ 200 à Paris. Quelques-uns de ces négociants achètent tous les jours aux chiffonniers de 18 à 20,000 kilos d'os et 3 à 4,000 kilos de chiffons. La plupart possèdent pignons sur rue et gagnent de 50 à 60,000 francs par an.

Les dernières cités de chiffonniers auront probablement disparu dans une dizaine d'années. Celles qui subsistent sont situées principalement dans les onzième, treizième, dix-huitième et dix-neuvième arrondissements. Les plus célèbres sont la cité Doré, la cité du Soleil, la cité Potain, sur la route de la Révolte, et la cité Tolbiac qui aura vécu dans quelques mois. Ces cités présentent un tableau fort pittoresque. C'est un grouillement de femmes, d'hommes, d'enfants, de chiens, de chats, de poules. Tout ce monde vit côte à côte, dans la plus grande familiarité. Quelques rares plantes embellissent ces peu champêtres séjours. Dans toutes tes cités de chiffonniers, il y a toujours des tournesols, c'est la fleur préférée des hôtes de ces lieux. Remarque qui a son importance : le chiffonnier aime beaucoup les animaux. Quand il a un cheval il te soigne, le dorlote et a pour lui des attentions touchantes. Le chien est son meilleur compagnon et le premier souci de ce dernier est de lui donner à manger. Lui, passe après.

Le rêve de tout chiffonnier économe — ils le sont peu généralement — est d'acquérir un lopin de terre sur lequel il puisse bâtir une … maison ou quelque chose qui y ressemble vaguement. Il y a même des exemples de chiffonniers ambulants devenus, à force d'économies, d'opulents marchands en gros. Faut-il l'avouer ? Le « biffin » a un faible pour la dive bouteille ou, plutôt, pour le petit verre d'alcool, cet alcool frelaté connu sous le surnom caractéristique de « tort boyau », qui fait flamber les gosiers et qui incendie les poitrines. Mais, hélas ! le métier est dur et le « biffin » ne peut pas s'offrir de la fine-champagne à 1 fr. 25 le verre.

*
*     *

M. le comte d'Haussonville et M. Louis Paulian, qui ont étudié avec précision le monde de la hotte, déclarent qu'il n'est pas de corporation plus travailleuse que celle des chiffonniers. C'est aussi l'opinion d'un haut fonctionnaire qui a essayé d'améliorer, tant au point de vue moral qu'au point de vue matériel, le sort des chiffonniers. M. Enfert disons son nom a fondé il y a deux ou trois ans, dans le quartier de la Maison-Blanche, la Villa des Chiffonniers. Sa louable initiative ne s'est pas bornée à cette fondation. M. Enfert a également créé la Mie de Pain et, dans le quartier de Malmaisons, il a acheté un vaste terrain, sur lequel il a fait édifier un immense hangar, où les petits chiffonniers viennent s'amuser et s'instruire chrétiennement. Cela s'appelle le Patronage de Saint-Joseph. Cette œuvre de moralisation a déjà donné d'excellents résultats et l'on ne peut que souhaiter la diffusion de créations de ce genre.

Tout-Paris


Dans la presse...


Renseignement bien donné, circulation améliorée

Les boulevards qui font le tour de Paris ont été aménagés, élargis. De nombreux passages souterrains leur permettent d'éviter le croisement avec les routes nationales lorsqu'elles pénètrent dans la capitale. (1938)

Lire la suite


L’ouverture du chemin de fer de ceinture

Le terrain s'abaisse et la vue s'élargit ; voici le chemin de fer de Sceaux, puis la Glacière, Gentilly et en face une échappée de Paris, puis un coin tranquille, tout champêtre, presque silencieux, où coule la Bièvre, cette rivière parisienne ignorée. (1867)

...


Les eaux thermales de la Butte-aux-Cailles

Nous avons pu rencontrer ce matin le sympathique conseiller municipal du treizième arrondissement, M. Henri Rousselle, sur l'initiative de qui les travaux avaient été poursuivis et qui, tout heureux du résultat obtenu, nous a donné sur le puits artésien de la Butte-aux-Cailles les renseignements suivants... (1903)

...


Le dispensaire Emile-Loubet

Le quartier de la Gare était en fête hier, et la population de travailleurs qui l'habite a chaleureusement manifesté au Président de la République les sentiments de gratitude qu'elle nourrit à son égard pour la nouvelle preuve de sollicitude qu'il vient de lui donner en faisant édifier l'établissement philanthropique qui portera désormais son nom. (1905)

...


Trois îlots à détruire d'urgence

Avant que d'être un égout, la Bièvre, semblable en cela à tant d'autres cours d'eau avait eu ses caprices, et avait formé, entre ce qui est maintenant le boulevard Arago et l'avenue des Gobelins, un îlot coquet, au milieu duquel poussait, au hasard des apports du vent, une flore des plus variées. (1923)

...

Saviez-vous que... ?

Le 21 octobre 1894, le quotidien La Croix informait ses lecteurs et déplorait que le concile laïc, qu’on nomme officiellement « conseil municipal de Paris » et officieusement « Kaperdulaboule », avait débaptisé la rue Saint-François de Sales, Paris 13e, pour lui donner le nom de Daviel et, dans le même temps, changé les dénominations de la rue Sainte-Marguerite et du passage Saint-Bernard.

*
*     *

Le XIIIème arondissement comptait 72.203 habitants en 1876 et 92.221 en 1881 soit une augmentation de 20.018 habitants. Paris, en totalité en comptait 1.988.806 et 2.225.910, ces mêmes années.

*
*     *

La piscine de la Butte aux Cailles a été inaugurée le 4 mai 1924.

*
*     *

Le raccordement du boulevard Kellermann aux rues Damesme et du Moulin-de-la-Pointe par des rampes à pente douce et par un escalier vers la vallée de la Bièvre fut décidé en 1882 en même temps que l'on décida de porter sa largeur au cabarit standart de 40 mètres.

L'image du jour

La folie Neubourg, boulevard d'Italie (Auguste Blanqui)