La question de la zone parisienne - 1932

La question de la zone parisienne

Le Journal des débats politiques et littéraire — 27 mai 1932

Ce n'est jamais sans un sentiment de gêne, pour ne pas dire de honte, qu'en arrivait aux portes de la grande, cité parisienne, on franchit cet espace de 250 mètres de largeur qui longe encore en une ceinture presque continue les fortifications ou les immeubles qui en ont pris la place et qu'on appelle la zone. Ici et là, quelques maisons sans doute, mais surtout un chaos de maisonnettes en torchis, de huttes en planches vermoulues et mal jointes, parfois même de voitures cellulaires réformées et de vieux wagons abandonnés, avec quelques, cheminées rudimentaires, sans eau potable, sans égouts, et presque sans lumières.

Cette lèpre ne date pas d'hier, puisqu'elle a pris naissance avec la construction des fortifications. On sait qu'elle doit son existence à une servitude non aedificandi établie par une loi du gouvernement de Louis-Philippe, sur le terrain entourant le talus des fortifications, pour permettre au tir de l'artillerie de défendre Paris, place forte du royaume. Cette servitude, qui souleva d'ailleurs plus d'une fois les protestations des zoniers, propriétaires ou locataires des terrains sur lesquels ils voulaient construire ne tarda pas à être méconnue. Une tolérance qui date de 80 ans les laissa construire, en violation de la toi, sur les terrains compris entre le glacis des fortifications et les faubourgs. Ce qui ne fut pas construit continua à être occupé de la façon la plus hétéroclite.

La zone dans le nord de Paris vers 1930

Après la guerre de 1914, lorsqu'on eut définitivement reconnu l'inefficacité de l'enceinte fortifiée pour la défense de la Ville, une loi intervint, le 19 avril 1919, qui remettait la zone à la Ville de Paris, transformant la servitude militaire en une servitude d'hygiène, dont l'utilité n'a pas besoin d'être démontrée On devait dès lors préparer le départ des zoniers, de manière à être en mesure de faire de la zone cette ceinture de verdure, de terrains de jeux, de terrains sportifs et de promenades qu'on a promise. Il est, en effet, devenu nécessaire d'apporter de l'air, de la lumière et de la propreté à tous ces immeubles à loyers moyens, à ces habitations à bon marché, construits sur les anciennes fortifications, qui dressent maintenant leurs longues et hautes murailles en une nouvelle enceinte presque continue, au mépris des promesses qui avaient été faites de réserver à des espaces libres une Importante proportion de terrain. Pouvons-nous espérer du moins que les engagements pris pour l'aménagement de la zone seront mieux tenus ?

La loi de 1919

En vertu de cette loi de 1919, la zone doit donc être expropriée dans un délai de quinze ans à dater du 1er janvier 1931. La procédure est celle du droit commun : c'est le jury d'expropriation qui estime les différentes propriétés et attribue une indemnité à certaines catégories de zoniers.

Pour les terrains nus, la Ville verse une somme pour la possession, et, s'il y a un locataire, il a le choix entre une indemnité ou son maintien dans les lieux jusqu'à l'expiration, de son bail. Quant aux terrains bâtis antérieurement à 1919, car ce sont ceux-là seulement qui ont droit à une indemnité, la Ville consent à leurs propriétaires des allocations égales aux indemnités fixées par le jury et arbitrées comme si les constructions étaient considérées comme régulières. Ce qui s'est bâti depuis 1919 n'a droit à aucune indemnité, mais n'a pas de loyer à payer.

Il y a lieu d'ailleurs, de distinguer suivant que les constructions appartiennent ou non aux propriétaires du sol. Dans le premier cas, la Ville peut consentir un bail de vingt-cinq ans, le loyer étant calculé d'après le montant de l'allocation. Mais, à tout moment, l'administration peut résilier le bail avec préavis d'une année, et, si elle use de ce droit, le zonier, même après vingt ans de bail, recevra encore l'indemnité compensatrice. Dans le second cas, le locataire qui a construit aura droit à une indemnité de dépossession, et un bail lui sera consenti.

On voit par-là combien la loi s'est montrée large envers les zoniers.

La question des îlots insalubres

Mais il y a dans la zone des îlots insalubres, pour lesquels on ne pouvait admettre les longs délais accordés par ailleurs. Ceux-ci doivent être évacués dans un délai de deux ans après que l'insalubrité en a été déclarée par le Conseil municipal. L'administration a déterminé les emplacements de ces îlots et demandé l'autorisation pour quatre-vingts hectares. La zone de Saint-Ouen et celle de la porte de Bicêtre font actuellement l'objet des études de l'administration.

Voici le document vraiment édifiant dû à une délibération du Conseil d'hygiène et de salubrité publique relative à cette zone de Saint-Ouen :

« Cette zone est actuellement habitée par environ six mille personnes, dont les habitations se composent de cabanes innommables en bordure de sentiers de terre, sans air, sans lumière, construites dans un désordre absolu et sans souci de l'aménagement de voies directes suffisantes. Aucun système de vidange n'y existe, de simples trous en terre en tiennent lieu.

« Les eaux usées restent stagnantes. L'eau potable est fournie par les bouches de lavage des ruisseaux donnant de l'eau de Seine brute, c'est-à-dire un véritable poison.

« Les ordures ménagères déposées à même le sol restent sur place... Enfin, cet entassement de cabanes en bois reste sous la menace constante d'un incendie dont les conséquences seraient catastrophiques. »

Dix-huit cas de peste ont été relevés entre 1923 et 1926 dans cette zone ou dans son voisinage immédiat.

On conçoit l'urgence de débarrasser Paris de: ce danger. Si, pour les autres parties de la zone, le péril est moins grand, il n'en reste pas moins que le délai de vingt-cinq ans envisagé pour l'évacuation de la zone tout entière est beaucoup trop tong. Et c'est fort justement que, dans une des dernières séances de la session récente du Conseil municipal. M. Georges Prade a saisi l'administration d'une question en ce sens, sue laquelle nous aurons l'occasion de revenir.

GILBERT DE CASTELLAN


Sur la Zone...

Le commencement de la fin de la Zone

Les articles d'Émile Condroyer

La capitale démantelée (1930)

Autres textes d'Émile Condroyer

Dans l’étau des grands buildings (Série d'articles de Pierre Humbourg - 1931)

Divers aspects de la zone dans les années 30

Les Zoniers

Faits divers

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Vu dans la presse...

1885

Cuir de Russie

La Butte-aux-Cailles, ce n'est plus Paris; ce n'est pas, non plus, la banlieue, encore moins la province : c'est la Butte-aux-Cailles, et voilà tout. (1885)

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1898

Un quartier qui s'écroule

Un fait fort curieux se produit en ce moment dans la partie du quartier de la Maison-Blanche, comprise entre les rues de Tolbiac, de la Providence et de l'Espérance. (1898)

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1858

Les futures grandes voies du 13e arrondissement

Le système d'ensemble des grands travaux de la ville de Paris, rive gauche, touche par des points trop nombreux aux intérêts de la population et de la propriété parisiennes pour que son étude ne soit pas, pour le Siècle, l'objet d'un sérieux examen.
Nous analyserons successivement chacune des grandes lignes appelées à ajouter à la splendeur et au bien-être de la ville, et nous allons commencer ce travail par les voies qui doivent régénérer le douzième arrondissement le plus pauvre jusqu'ici et le plus délaissé. (1858)

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1873

La basilique et les nécropoles de Saint-Marcel

Sur le flanc méridional des coteaux qui dominent le ruisseau de la Bièvre et en face du plateau sur lequel est assis le Panthéon, on voyait, à la fin du siècle dernier, un peu avant la construction du mur des fermiers généraux, une sorte de petite ville, distincte de la grande, ayant ses rues, ses places, ses marchés, ses remparts, ses fossés, ses églises et ses juridictions. (1873)

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1394

Un nouveau groupe scolaire parisien a été inauguré hier

La Ville de Paris a inauguré, hier matin, rue Kuss, dans le 13e arrondissement, un groupe scolaire ultra-moderne, édifié en dix-sept mois, sur la proposition de M. Louis Gélis, conseiller municipal du quartier. (1394)

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1939

Jeanne d'Arc et sa lèpre

J'ai souvent parcouru en voisin cette rue que Jeanne d'Arc a baptisée, il y a soixante-quinze ans, à l'époque de l'annexion de l'ancienne banlieue, la commune d'Ivry en faisait partie. (1939)

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1937

Voyage dans le dernier tramway de Paris

Dans quelques jours, le 123-124, dernier spécimen des multiples tramways qui, il y a peu de temps encore, occupaient les rues de Paris, va disparaître. Il fera son dernier voyage, le 15 mars et sera remplacé, le lendemain, par un autobus. (1937)

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1903

Le Métro passe la Seine : Place d’Italie - Nation

La rive gauche réclamait son Métro : on va le lui accorder. Ainsi disparaîtra bientôt toute cause de jalousie entre les deux rives de la Seine. Il était grand temps qu'un peu d'équité intervint dans la répartition des lignes ! (1903)

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1942

99, boulevard Masséna où les zoniers apprennent la vie bourgeoise

Ce sont, à deux pas de la porte de Choisy, trois étages de pierres que le plan de Paris et les gens du quartier appellent le bastion 89. (1942)

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1900

Éclairez S.V.P.

Depuis longtemps les habitants des quartiers Croulebarbe et de la Maison-Blanche réclamaient l’achèvement de la rue Auguste Lançon, pour pouvoir se rendre sans un long détour à la gare du Parc-Montsouris. Enfin, c’est fait ! (1900)

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1864

L'état des projets pour le XIIIe arrondissement

Les travaux commencés l'année dernière pour le raccordement des boulevards d'Italie et des Gobelins sont sur le point d'être terminés. On achève le macadam et les trottoirs de la dernière fraction du parcours. (1864)

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1868

Le boulevard Saint-Marcel

Avant de commencer mon article sur le treizième arrondissement, je crois utile de parler spécialement de sa ligne frontière, du boulevard Saint-Marcel, qui en constitue la limite septentrionale.
Cette grande voie, qui a coupé le marché aux chevaux, écorné l'ancien cimetière de Clamart et absorbé la petite place de la Collégiale, a été enfin tracé onze ans après avoir été décrété d'utilité publique (17 août 1857). Mais a-t-elle été exécutée de manière à donner satisfaction aux intérêts des quartiers qu'elle traverse, aux intérêts des propriétaires et des habitants qui se trouvent dans son voisinage ? (1868)

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