Un jour dans le 13e

Le Figaro ― 22 octobre 1915

La catastrophe de la rue de Tolbiac

Le Figaro ― 22 octobre 1915

Sur la demande du Bureau de la presse, nous avons dû nous abstenir, hier, de faire connaître la façon réelle dont s'était produite l'explosion qui a causé, rue de Tolbiac, tant de victimes et tant de désastres, il paraît que cette réserve n'est plus nécessaire aujourd'hui, car voici ce que dit notre excellent confrère le Journal des Débats :

L'usine ne fabriquait pas des grenades, comme on l'a dit. Les grenades lui venaient d'une fabrique voisine où elles étaient filetées, et elle était exclusivement destinée au chargement. A ce travail était employé un personnel d'environ cent cinquante ouvriers, dont quatre-vingts femmes et jeunes filles, la plupart âgées de moins de quinze ans. Quelques-unes de ces fillettes sont parmi les victimes.

Et le Journal des Débats publie en même temps ces justes réflexions :

La terrible explosion qui s'est produite hier rue de Tolbiac et qui a fait malheureusement tant de victimes mérite d'avoir un retentissement durable. Nous n'accusons, nous n'incriminons personne : nous nous bornons, comme c'est notre devoir et notre droit, à tirer une leçon des faits eux-mêmes. Il ne suffit pas de plaindre les victimes ; il faut éviter qu'il y en ait d'autres et prévenir le retour d'accidents semblables par la surveillance la plus rigoureuse et les mesures de précaution les mieux concertées dans la fabrication des explosifs.

Le choix et la surveillance du personnel employé à cette fabrication ; la guerre constante au relâchement, à l'accoutumance qui risquent d'émousser l'attention des hommes et peuvent amener des étourderies fâcheuses ou des négligences déplorables ; le souci quotidien et constant du travail bien fait, dans les conditions techniques les meilleures et sous les yeux des témoins et des juges les plus compétents ; des visites et des inspections fréquentes ; bref, un contrôle incessant et nécessaire : voilà, croyons-nous, les points principaux essentiels sur lesquels doit porter l'attention de tous ceux, quels que soient leur grade et leur poste, qui ont non seulement à s'occuper, mais à s'inquiéter de ces choses.

C'est une lourde responsabilité que celle des vies humaines.

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Revenons aux faits eux-mêmes :

Les pompiers ont passé toute la nuit à fouiller les décombres. Au cours de ces recherches; une boite restée intacte a fait explosion, blessant deux personnes, le major de 2è classe Desandrés et l'adjudant Lejeune. Leurs blessures sont heureusement sans gravité.

Sur l'emplacement de ce qui fut l'usine, ce ne sont que décombres, tas de grenades, planches calcinées, armatures de fer tordues. Dans le voisinage immédiat, tout est détruit.

Aux environs de la place d'Italie, dans un rayon de deux ou trois kilomètres, les maisons portent les traces de l'explosion. L'école de. la rue Vandrezanne ne possède plus aucun carreau. Rue du Moulin-des-Prés., rue de la Butte-aux- Cailles, rue Bobillot, dans les rues avoisinant la place Paul-Verlaine, toutes les vitres ont volé en éclats. An commissariat de police, une forte porte en chêne et une canalisation de fonte ont été sérieusement endommagées.

Dans la matinée, MM. Laurent, préfet de police ; Lescouvé, procureur de la République ; Boucard,  juge destruction ; les docteurs Socquet et Dervieux, médecins légistes, et M. Mouton, directeur de la police judiciaire, se sont rendus à la Morgue. Il y a là quarante-trois cadavres. Sept seulement ont pu être identifiés. Huit blessés qui ont succombé à l'hôpital portent à cinquante et un le chiffre des morts.

D'autre part, on compte cinquante- sept personnes blessées grièvement. C'est donc, jusqu'ici, cent deux victimes que la catastrophe aurait faites.

Au commissariat du quartier de la Maison-Blanche, rue Bobillot, des scènes douloureuses se sont produites pendant toute la matinée. De nombreux parents, des hommes, des femmes, des enfants même venaient s'informer si telle ou telle personne avait été blessée ou tuée par l'explosion.

Toute la journée, ce triste défilé a continué.

Dans l'après-midi, de Président de la République et M. Malvy, ministre de l'intérieur, se sont rendus auprès des blessés soignés à l'hôpital Cochin et au Val-de-Grâce.

M. Poincaré s'est immédiatement préoccupé devenir en aide aux familles que la catastrophe a le plus éprouvées. Il a distribué à titre personnel des secours s'élevant à 5,000 francs.

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On nous prie de faire savoir que l'Association nationale des Orphelins de la guerre (permanence centrale, 40, quai d'Orléans) a décidé de considérer comme orphelins de la guerre les enfants des victimes de la catastrophe de la rue de Tolbiac et de les admettre dans ses colonies.

La catastrophe de la rue de Tolbiac - 20 octobre 1915


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L'accident du 23 juillet 1915

Saviez-vous que... ?

En janvier 1904, la Préfecture de police interdisait à la « Goulue » (Mme Louise Weber épouse Droxeler), dont la ménagerie était installée boulevard Kellermann, de continuer ses exercices, tant qu'elle n'aurait pas procédé aux réparations qui lui avaient été prescrites. La sécurité des cages n'était pas, paraît-il, suffisante.

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Le dernier étang du quartier de la Glacière fut comblé en août 1881 enprévision de la construction de la gare de marchandises connue des habitants sous le nom de gare de Rungis mais dont le nom officiel était « gare de la Glacière-Gentilly ».

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La Butte-aux-Cailles culmine à plus de 60 mètres au dessus du niveau de la mer tandis que le point le plus haut du reste du quartier Maison Blanche n'est qu'à 53 mètres. Le vrai point culminant du 13e est en réalité avenue de la porte de Gentilly ou rue Vandrezanne si l'on s'en tient à l'intérieur de l'arrondissement.

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Le 14 juillet 1906, on pouvait aller en métro de la place d'Italie à la gare de Lyon sans changement.
A cette date, la ligne 5 se raccordait à la ligne Porte Maillot- Vincennes.

L'image du jour

L'image du jour
Une crue de la Seine, quai de la Gare, en janvier 1920

La vue est orientée vers l'aval. On distingue le viaduc du métro du pont de Bercy.