Lieux et monuments

 La ruelle des Reculettes et la Bièvre + 1914

La ruelle des Reculettes et la Bièvre

Le Journal des débats politiques et littéraires — 25 avril 1914

« Un jour de cave descend par une boutique de marchand de vin, à la mine pluvieuse, à la devanture éraillée, frippée de pochons de fange puis l'on arrive à une porte à moitié fermée et sur le fronton de laquelle on lit en caractères effacés ces mots « Respect à la loi et aux propriétés. »

Ainsi débute Huysmans dans le récit de la piquante promenade à la ruelle des Reculettes.

La pittoresque voie est condamnée à disparaître prochainement, nous apprend le Bulletin municipal, la Ville vient d'acquérir une partie des immeubles qui la bordent, et une voie nouvelle va être tracée à travers les vieux logis et les arbres sauvages de ce coin typique des Gobelins.

« Mais si on lève la tête, poursuit l'auteur de La Bièvre et Saint-Séverin, on aperçoit au-dessus des murailles de vieux arbres, et par le judas d'une ouverture condamnée, des fossés de verdure, des fouillis de sorbiers et des lilas, des platanes et des trembles ; pas un bruit dans cet enclos retourné à l'état de nature, mais une odeur de terre humide, un souffle froid de marécage…, un nouveau coude, la sente s'élargit et s'éclaire... c'est la ruelle des Reculettes, un vieux passage de l'ancien Paris, un passage habité par les ouvriers des peausseries et des teintures. Aux fenêtres, des femmes dépoitraillées, les cheveux dans les yeux, vous épient et vous braquent ; sur le pas des portes à loquet, des vieillards se retournent qui lient des ceps de vignes serpentant le long des bâtisses en pisé dont on voit les poutres. La ruelle se meurt, ajoute Huysmans, rue Croulebarbe, dans un délicieux paysage où l'un des bras demeurés libres de la Bièvre paraît…»

Presque intact existe encore ce joli tableau si finement brossé par le pur Parisien qu'était l'auteur de la cathédrale et l'on retrouve alors les lilas et les trembles, et les gitanes et les vieillards travaillant la vigne ! Seule, la pauvre Bièvre se dissimule, honteuse, semble-t-il, et désolée, de sa fin prochaine.

Car, on le sait, elle sera partout enfouie sous terre, sur le territoire de Paris, on ne la verra plus, on ne la sentira plus car le gai ruisselet qui courait en rossignolant, comme disait Benserade, est devenu par le fait des hommes, égout infect, puant, semant la, fièvre et la maladie.

La petite ruelle, à certains endroits n'a que deux mètres de large elle tire son nom d'un lieudit de jadis, des Reculettes. Quelques-uns pensent que le mot a subi des transformations involontaires ou voulues et qu'il s'agirait là d'un petit sentier menant autrefois à quelque terrain appartenant à des Récolettes.

Elle ignore l'éclairage électrique ou les becs de gaz; trois antiques quinquets constituent son maigre éclairage. On arrive, en la suivant, à la vieille rue Croulebarbe, où se voyait encore, en 1840, le fameux moulin de ce nom.

On ne se souvient plus aujourd'hui du drame passionnel qui se déroula là, derrière les palissades en 1827 et qui passionna tout Paris : l'assassinat par jalousie de la bergère d'Ivry.

L'assassin, Honoré Ulbrét (sic), n'avait pas vingt ans ; la bergère en avait dix-sept. Un petit monument commémoratif fut élevé à l'endroit du crime qui disparut avec le temps et fut remplacé par une simple inscription qui se voyait encore, paraît-il, en 1860.

La disparition de la ruelle des Reculettes, l'enfouissement, total de la Bièvre et le tableau aura disparu.

La bergère d'Ivry eut son monument et son inscription qui durèrent plus de 30 années. La Bièvre défunte aura-t-elle sa stèle commémorative, comme le demandait récemment. M. Anatole Béry, dans son petit ouvrage, tout pénétré de fine émotion, intitulé la Bièvre, autrefois et aujourd'hui.

On y pourrait rappeler sa naissance dans la vallée de Trappes, où, fluette, naïade toute petite; elle joue encore- à la poupée sous les saules, comme dit Huysmans, puis son envolée vers Paris, où jadis, liserant les murs et les tours, elle n'entrait point, jouait çà et là sur son parcours avec des petits moulins dont elle se plaisait à tourner les roues puis avec le temps, capturée par les hommes, symbole, ajoute-t-il, de la misérable condition des femmes attirées dans le guet-apens des villes… comme la petite bergère d'Ivry poignardée par Honoré Ulbret.

C. Y.

A lire également

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Marché aux chevaux (1890)


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Hôpital de la Pitié (nouvel) (1910)


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Pont Tolbiac (Inauguration) (1895)


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Raffinerie Say (1905)


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La Salpêtrière (1890)


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Le Théâtre des Gobelins (1869)


Le verger des Gobelins (1914)


La Zone (1931)


La Zone (1933)


Saviez-vous que... ?

L'Eglise Saint-Marcel de la Salpétrière fut construite en 1856 par l'architecte Blot aux frais de l'abbé Morisot qui, en septembre 1865, la céda à la ville de Paris moyennant 275.285 francs.

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Initialement, le boulevard Arago devait s'appeler Boulevard de la Santé.

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Le mardi 7 aout 1923, on découvrit 5 squelettes enterrés au coin de la rue Damesme et de la rue Bourgon.

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Ferdinand Buisson (1841-1932) fut un des fondateurs de la « Ligue des droits de l'Homme » dont il sera le président, après la mort de F. de Pressensé.
Il fut aussi député du 13e arrondissement.
Ainsi, aux élections générales législatives des 27 avril et 11 mai 1902, il se présenta comme candidat radical-socialiste dans la 2e circonscription du 13e arrondissement de Paris, et fut élu au deuxième tour de scrutin, par 8.468 voix contre 7.747 à M. Paulin-Méry, député sortant, nationaliste.
Il retrouva son siège aux élections générales des 6 et 20 mai 1906, au deuxième tour de scrutin, par 8.887 voix contre 7.764 à son ancien adversaire Paulin-Méry.
À celles des 24 avril et 8 mai 1910, il l'emporta encore sur Paulin-Méry, au deuxième tour, par 8.204 voix contre 7.378.
Mais il subit un échec à celles des 26 avril et 10 mai 1914, où il arriva au premier tour en seconde position après le docteur Auguste Navarre, en faveur duquel il s’est désisté et qui, ainsi, lui succéda.

L'image du jour

Boulevard Blanqui à l'angle de la rue du Moulin des Prés, un jour de marché.

Le marché Blanqui fut créé pour prendre la relève du marché couvert des Gobelins qui ne répondait plus aux besoins de la population et qui avait probablement mal vieilli depuis sa construction en 1868. Initialement, le marché se tenait sur le terre-plein central du boulevard. Il a été déplacé sur le trottoir côté Maison-Blanche lors de la construction du métro. Auguste Blanqui est mort dans l'immeuble à gauche de la rue du Moulin-des-Prés, le 1er janvier 1881.